ANALYSE : Pourquoi la vieille rumeur sur le vaccin antitétanique persiste?

Une vieille rumeur au sujet d’un vaccin antitétanique qui stérilise les femmes a refait surface, en Afrique de l’Ouest. Cet article explique – comme du reste beaucoup l’ont déjà fait au cours des vingt dernières années – pourquoi cette accusation est fausse et pourquoi il est nécessaire de continuer à la démonter.

Sous le couvert d’une campagne de vaccination antitétanique, l’Unicef et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont été accusées de faire de la «stérilisation de masse» au Kenya.  L’une des dernières campagnes en date a été menée par le site d’informations, Santé Nutrition.

En fait, il s’agit d’une traduction en français d’un article de 2014 du site LifeSiteNews. Ce site canadien anti-avortement et anti-stérilisation indiquait que l’Association kenyane des médecins catholiques a trouvé un antigène à l’origine des fausses couches dans le vaccin administré à 2,3 millions de filles et de femmes par l’OMS et l’Unicef. En conséquence, des prêtres auraient demandé à leurs coreligionnaires de refuser de se faire vacciner.

Les articles de Santé Nutrition sont souvent reproduits par certains sites en Afrique francophone et partagés sur Facebook.

Mais cette accusation de stérilisation date de plus de 20 ans. Elle a été démontée à plusieurs reprises par l’OMS et d’autres organisations.

Une rumeur qui date de 1994

La première campagne contre le vaccin antitétanique a commencé en Inde en  1994, suite à une mauvaise compréhension des résultats d’une étude scientifique.

Par la suite, une organisation américaine qui lutte contre l’avortement, revendiquant le soutien du Vatican, en a profité pour réclamer l’ouverture d’une enquête par le Congrès sur le programme de vaccination au Mexique.

Human life International affirmait que le vaccin contenait du hCG qui pourrait rendre stérile.

Mais l’OMS avait répliqué en précisant qu’il n’y avait aucun lien entre ses programmes de vaccination antitétanique et les essais en Inde, qu’elle n’avait «ni parrainé, ni soutenu ni exécuté».

En Afrique la méfiance vis-à-vis du vaccin vient de l’hôpital d’une mission catholique en Tanzanie. Un médecin de cet hôpital avait lu un article sur les rumeurs sur le vaccin et l’avait partagé lors d’une rencontre régionale en 1994.

Quand la rumeur s’est répandue, des individus ont utilisé des appareils de test de grossesse pour détecter du hCG dans le vaccin antitétanique. Cette méthode est inadaptée, parce qu’elle est destinée à l’utilisation du sérum dans l’urine et dans le sang, et non aux vaccins.

D’ailleurs, dans un communiqué, l’OMS soulignait que «ces rumeurs étaient complètement fausses et dénuées de fondement scientifique».

Quand la rumeur a refait surface au Kenya en 2014, l’OMS a encore divulgué un communiqué indiquant que le vaccin antitétanique était sûr.

Qu’est-ce qui peut donc expliquer le retour de cette rumeur?

Le Docteur Heidi Larson, ancien responsable de la communication des campagne d’immunisation de l’Unicef, actuellement base à la London School of Hygiene and Tropical Medicine insiste sur la gestion des risques et rumeurs autour des programmes et technologies, surtout les vaccins.

« Les faits ne suffisent pas pour empêcher la résurgence des rumeurs », a-t-elle confié à Africa Check. Elle a expliqué que les évêques se sont certainement sentis exclus suite à l’absence du l’église catholiques lors de réunions ministérielles, comme le souligne le communiqué de presse.

De son côté, le Docteur William Schulz de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, chercheur en gestion de la communication sur les programmes de santé, a dit qu’il est bien prouvé que «les histoires de stérilité trouvent un échos favorable dans beaucoup de pays d’Afrique».

«De plus, ces controverses ont tendance à prospérer quand le programme de vaccination est mené ou soutenu par l’ancien colonisateur qui a laissé beaucoup de mauvais souvenirs. Dans ce contexte, un leader d’opinion qui promeut la suspicion sur les vaccins en tire un gain politique, puisqu’il démontre son indépendance vis-à-vis de l’influence extérieure », a-t-il expliqué.

Ces genres de rumeurs peuvent avoir des conséquences néfastes. Elles ont été notées au Nigeria en 2003, au moment où le pays était sur le point d’éliminer la polio.

La campagne avait été menée par des chefs religieux du Nord. Des tests sur les vaccins ont par la suite montré que celles-ci étaient non fondées. Mais le mal était déjà fait puis que les cas de polio ont bondi de 202 en 2002 à 1.122 en 2006.

L’idée de la création d’Africa Check est d’ailleurs partie de cet épisode, selon son fondateur Peter Cunliffe-Jones.

La version anglaise de ce texte a été signée par  Vinayak Bhardwaj d’Africa Check

 

 

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