COMMENTAIRE : Les fact-checkers à l’épreuve de la transparence

Ce texte explique les circonstances de la mise en place du code d'éthique du fact-checking. Il donne un aperçu des cinq principes fondateurs et des possibilités désormais offertes aux lecteurs.

On s’acheminait vers la fin d’une rencontre de deux jours réunissant les principales organisations de fact-checking du monde, en juin dernier en Argentine, quand, dans un coin de la salle, le débat vira sur le rôle des arbitres dans le football.

Plus précisément, il portait sur les accusations de partialité qui sont souvent faites en direction de ceux qui officient ce que les fans, comme moi-même, appellent « le beau jeu ».

Les supporters, dans une foule, posent et poseront toujours des questions à ceux qui arbitrent un match. Donc y a-t-il quelque chose que les arbitres font et que nous, organisations de fact-checking, pouvons apprendre d’eux, en tant qu’arbitres du débat public, nous sommes nous demandés ?

La réponse sur laquelle nous sommes tombés d’accord était d’abord d’établir notre version du manuel de l’arbitre, à savoir un code d’éthique du fact-checker que nous pourrions tous signer. Il s’agit, ensuite, de créer un mécanisme pour permettre à nos lecteurs, d’évaluer nos performances par rapport à ces standards.

Photo de famille des participants au 3e Sommet mondial du fact-checking organisé cette année à Buenos Aires. Photo Poynter.

Photo de famille des participants au 3e Sommet mondial du fact-checking organisé cette année à Buenos Aires. Photo Poynter.

Le genre de fact-checking indépendant que toutes ces organisations comme Politifact aux Etats-Unis, Chequeado en Argentine, Full Fact au Royaume-Uni et Africa Check font est un phénomène relativement nouveau dans le journalisme.
Et comme un nombre très important d’organisations non-partisanes de fact-checking a vu le jour ces dernières années, divers groupements partisans et défendant des intérêts particuliers ont commencé à pirater le terme, en donnant une impression d’impartialité dans des interprétations sélectives de l’actualité.

La question relative à la façon dont nous devons travailler et comment ce travail devrait être contrôlé revêt ainsi une importance capitale.

[C’est aussi une sempiternelle question. En juillet 2015, le chef du gouvernement de la province du Cap Oriental en Afrique du Sud, Helen Zille, avait repris, à son compte, la question posée au 2e siècle avant JC par le poète Juvénal pour demander : « Quis custodiet ipsos custodies? » ou : «Qui gardera les gardiens ? ».

Cinq principes

Pour esquisser une réponse à cette question, 35 organisations de fact-checking à travers le monde – dont Africa Check – ont signé, le 15 septembre 2016, un code. Elles s’engagent ainsi à respecter les principes suivants :

  • Impartialité et équité
  • Transparence des sources
  • Transparence des sources de financement et de l’organisation
  • Transparence de la méthodologie
  • Systèmes de correction ouverts et honnêtes

Pendant plusieurs semaines, au cours des trois derniers mois, je me suis retrouvé avec une demi-douzaine de confrères fact-checkers du monde, pour finaliser un accord sur la façon de mettre en oeuvre cela.

Qu’entendons-nous par impartialité et honnêteté ? Comment peuvent-elles être mesurées ? Les fact-checkers travaillant sous des régimes autoritaires peuvent-ils s’engager à être transparents quant aux sources qu’ils citent ? Surtout, comment pouvons-nous garantir que vous, nos lecteurs, pouvez juger notre travail selon ces principes et nous tenir responsables ?

La réponse aux premières questions se trouve dans le paragraphe qui accompagne chacun des cinq principes. Le principe fondamental est dans le mécanisme expliqué en bas de cette page, qui, nous l’espérons, vous permettra de nous pousser à rendre compte.

Rapport public pour les signataires

Les logos de quelques organisations signataires du code du fact-chekcing. Image Poynter.

Les logos de quelques organisations signataires du code du fact-chekcing. Image Poynter.

Jusque-là, chacune des 35 organisations signataires du code consent ainsi à produire – dans un an à compter de la date de lancement du code le 15 septembre 2016 – à produire un rapport public « indiquant comment elle a répondu à chacun des cinq principes » et à répéter l’exercice chaque année.

Africa Check publiera ce rapport sur notre site ainsi que sur celui de Réseau International du Fact-Checking (IFCN). Et comme le dit l’IFCN, cela «permettra aux lecteurs et à d’autres de dire le niveau de conformité du fact-checker avec le code ».

En tant que fan de football, je sais que le fait de disposer d’un manuel clair aide tout le monde à comprendre ce qui se passe autour du jeu.

Maintenant, en nous soumettant un contrôle comme celui-là, nous pourrons, je l’espère, répondre à la question posée, au 2e siècle avant JC par le poète Juvénal. Qui gardera les gardiens ? La balle est dans votre camp.

 

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