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FICHE D’INFO: Combien d’enfants soldats y a-t-il en Afrique?

Par Shirley de Villiers

2014 a été une année « dévastatrice » pour les enfants impliqués dans les conflits armés, selon le Fonds de l’organisation des nations unies pour l’enfance (Unicef).

A l’échelle mondiale, 230 millions d’enfants vivaient dans des pays touchés par des conflits armés, 15 millions étaient mêlés à des conflits violents, dans des pays comme la République Centrafricaine (RCA), le Soudan du Sud. Des centaines ont été kidnappés, et des milliers recrutés or utilisés par les forces gouvernementales et les groupes armés.

Le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groups armés est l’un des « six graves violations » des droits des enfants identifiées par le Conseil de sécurité des nations unies. La pratique est encore très répandue, en dépit des instruments légaux qui cherchent à protéger les enfants lors des conflits.

African countries where

Les pays africains où les enfants étaient utilises dans les conflits armés (2014)

Qui est enfant soldat?

Un enfant impliqué dans une force gouvernementale ou dans un groupe armé est ‘’toute personne âgée de 18 ans et qui a été recrutée ou utilisée par une force armée ou un groupe armé pout toute compétence, y compris – ce qui n’est pas limité aux enfants, aux garçons, aux filles utilisées comme combattants, cuisiniers, porteurs, messagers, espions ou des raisons d’ordre sexuel’’, selon les Principes directeurs relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés, un accord obtenu lors de la conférence 2007 sur les enfants dans les conflits armés organisé par le gouvernement français et l’Unicef.

Les enfants soldats sont souvent enrôlés de force souvent par la coercition, l’enlèvement ou la menace. D’autres s’engagent volontairement dans des groupes armés.

Toutefois, le bureau du représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour les enfants et les conflits armés a indiqué que ‘’l’enrôlement volontaire’’ est un terme inapproprié. Les enfants se présentent eux-mêmes pour rejoindre les groupes armés dans ‘’une tentative désespérée de survie’’ et pour échapper à la pauvreté et à l’insécurité.

Combien d’enfants soldats y a-t-il?

Des chiffres exacts concernant les enfants soldats à travers le monde sont difficiles à obtenir. Un spécialiste de la protection de l’enfant à l’Unicef, Ibrahima Sesay, a expliqué à Africa Check que l’inaccessibilité des territoires sous le contrôle des groupes armés et la difficulté pour déterminer l’âge des enfants qui n’ont pas d’extraits de naissance ralentissent la recherche.

Toutefois, l’Unicef procède effectivement à des enquêtes dans les Etats et communautés affectés par les conflits.

‘’Le nombre d’enfants recrutés et embarqués dans les structures de commandement des forces armés ou des groups armés est basé sur des estimations réalisées en fonction des emplacements géographiques’’, a dit Sesay.

Les informations sont fournies par diverses sources dont les informateurs, les forces armées et les groupes armés. Les données souvent rassemblées et triangulées (confirmées par plus d’une méthode de collecte de données) pour mesurer leur fiabilité et leur consistance.

En 2007, l’Unicef estimait que 250.000 enfants étaient actifs dans des conflits armés à travers le monde.

L’Unicef n’a pas d’estimations actuelles sur le nombre total d’enfants soldats dans le monde et en Afrique. Une répartition ne sera possible que quand la recherche sera terminée l’année prochaine.

Sesay a cependant souligné que leur recherche évalue à des ‘’dizaines de milliers’’ le nombre d’enfants soldats dans le monde, avec 12.000 enfants actuellement utilisés par des forces armées ou des groupes armés au Soudan du Sud, et 10.000 recrutés en RCA en 2014.

Ce qui est en train d’être fait pour mettre fin à l’utilisation des enfants soldats?

Plusieurs organisations internationales comme Child Soldiers International, War Child et le Comité international de secours s’attèlent à l’élimination du recours aux enfants soldats. Cela se fait à travers la recherche, le contrôle, le plaidoyer une politique de développement, ou à travers un travail à la base avec d’anciens combattants.

L’ONU a commence à contrôler et à rédiger des rapports sur les violations des droits des enfants dans les conflits armés en2005, quand le Conseil de sécurité lui en a donné mandat. A cet égard, le secrétaire général produit un rapport annuel sur la situation des enfants dans les conflits, ainsi que des rapports spécifiques sur les pays.

Le mécanisme de contrôle a été mis en place pour s’assurer que les enfants sont protégés conformément aux standards légaux internationaux. Parmi les plus récentes lois, il y a la Convention sur les droits de l’enfant et le Statut de Rome.

Le Protocole facultatif concernant l’implication denfants dans les conflits armés, entré en vigueur en 2002, oblige les signataires à relever l’âge volontaire de recrutement à 15 ans, et fixe l’âge munimum pour le recrutement obligatoire par les Etats et à la participation aux hostilités à 18 ans.

Le Statut de Rome, qui a créé la Cour pénale internationale (CPI) et est entré en vigueur en 2002, met en place une autre référence en considérant comme crime de guerre l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans, ou leur participation aux hostilités.

En décembre 2014, l’ancien commandant en chef des Forces armées patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), en République Démocratique du Congo (RDC), devient la première personne à être inculpée pour crime par la CPI. Thomas Lubanga Dyilo a été condamné à 14 ans de prison ferme.

L’ONU lance la champagne « Enfants, pas soldats » l’année dernière pour mettre fin au recours aux enfants soldats par les forces gouvernementales à l’horizon 2016. Les pays concernées sont la RDC, la Somalie, le Soudan du Sud et le Soudan, ainsi que l’Afghanistan, la Birmanie et le Yémen.

Comment l’Afrique se porte-t-elle?

Le rapport 2015 du secrétaire général de l’ONU sur les enfants dans les conflits armés énumère 57 parties qui ont recruté ou utilisé des enfants dans des conflits armés l’année dernière. Parmi celles-ci il y a 29 parties dans sept pays africains :

  • Boko Haram au Nigeria,
  • Al-Shabaab en Somalie,
  • l’armée de résistance du Seigneur, active dans les pays d’Afrique central comme le République centrafricaine, la DRC et le Soudan du Sud,
  • plusieurs groups rebelles en RDC, au Soudan du Sud, au Soudan et au Mali,
  • les ex-Séléka et anit-Balaka en RCA et
  • les forces gouvernementales de la RDC, de la Somalie, du Soudan du Sud et du Soudan.

Le Tchad, ancien délinquant, a été rayé de la liste du rapport, après s’être conformé à toutes les mesures édictées dans son plan d’action destiné à mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants.

Le rapport souligne que la RDC, la Somalie et le Soudan du Sud avaient signé ou se sont engages de nouveau dans des plans d’action pour mettre fin à la violation des droits des enfants. Seul le Soudan doit encore signer un plan d’action.

Traduit de l’anglais par Assane Diagne

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