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FICHE D’INFO – Faux médicaments : Ces remèdes qui font mal

Par Assane Diagne

Le commerce mondial de médicaments contrefaits relève d’un problème global qui touche davantage les pays du Sud, dont ceux du continent africain où ce phénomène a pris de l’ampleur ces dernières décennies. Cette fiche d’information évalue l’ampleur et les causes du problème dans le monde en général, et en Afrique en particulier.

Un mal qui touche tous les pays

Un homme lisant un poster contre les médicaments de la rue à Abidjan. Les faux médicaments tuent chaque année des milliers de personnes dans le monde. Photo: AFP/Kambou Sia

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit un médicament contrefait come «un médicament dont l’identité et/ou l’origine est délibérément et frauduleusement falsifiée», les contrefaçons étant  «des médicaments délibérément et frauduleusement étiquetés pour tromper sur leur identité et/ou sur leur origine ».

Des statistiques de l’OMS, reprises par la Fondation Chirac pour l’accès à une santé et des médicaments de qualité, indiquent que « 15% des médicaments en circulation dans le monde sont faux ».

Au même moment, « le problème de la contrefaçon est le plus aigu dans les régions où les systèmes de réglementation pharmaceutique et de contrôle de son application sont les plus faibles», dans de nombreux pays africains par exemple, ajoute l’OMS sur son site Internet

« 1 million de décès dûs aux faux médicaments »

« La contrefaçon de médicaments est un phénomène mondial, ainsi les faux médicaments concernant le paludisme et la tuberculose seraient présents dans 90 pays et tueraient 700 000 personnes par an. Les zones  les plus touchées étant l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine», note l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM), dans un rapport sur «Contrefaçon de médicaments et organisations criminelles » .

Cette estimation de 700.000 victimes ne concernent en effet que les anti-paludéens et les anti-tuberculeux.

« Selon une étude récente compilant des résultats de 21 pays subsahariens, plus d’un tiers des médicaments collectés et analysés ne satisfaisait pas aux tests chimiques de qualité ou de conformité de l’emballage. Les médicaments antipaludéens seraient les plus touchés. On estime à 1 million le nombre de décès annuels dans le monde dus directement ou indirectement à l’absorption de médicaments contrefaits», fait savoir l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Quels sont les points d’entrée des faux médicaments?

Le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria et une partie de l’Afrique de l’Ouest sont cités parmi les plus concernés par la « criminalité pharmaceutique », selon la terminologie d’Interpol, tandis que l’hémisphère Nord serait plus propice au marché en ligne, lequel connaît encore moins de frontières, signale la Fédération internationale pharmaceutique (FIP).

A preuve, un quart des colis postaux interceptés par les douaniers européens contiennent des faux médicaments, ajoute-t-elle, citant des chiffres de l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM).

«Entre 2009 et 2010, le nombre d’envois interceptés par les douanes a presque doublé : il est passé de 43 500 en 2009 à près de 80 000 en 2010, les produits liés à des enjeux de santé représentant respectivement 18% et 14,5% du total », explique cette organisation.

tZYNa (1) (1)«Globalement, le e-commerce est en forte croissance à l’échelle mondiale et la contrefaçon de médicaments peut donc trouver un réel potentiel de croissance dans le cyberespace.».

Un investissement rentable

Le trafic de médicaments contrefaits serait le premier commerce illicite mondial devant la prostitution et la vente de haschich.  « Le volume du marché mondial de la contrefaçon de médicaments est ainsi estimé par la majorité des sources entre 45 à 75 milliards de dollars par an. Certains avancent même le chiffre de 200 milliards, soit plus que le PIB du Pérou ou de la Hongrie », indique l’IFRI.

« Investir dans les faux médicaments peut être de 10 à 25 fois plus rentable que le trafic d’héroïne, de cocaïne ou de cigarettes. Le marché est en pleine explosion (+90% entre 2005 et 2010), précise cet organisme français, dans une note intitulée « Le trafic de faux médicaments en Afrique de l’Ouest : filières d’approvisionnement et réseaux de distribution (Nigeria, Bénin, Togo, Ghana)».

Le coût des médicaments est un facteur déterminant pour les consommateurs africains, les produits vendus dans les pharmacies agréées étant d’un coût inabordable pour la plupart des citoyens du continent.

«Les médicaments représentent une grande proportion des coûts de santé, en particulier dans les pays en développement, où, selon les estimations, un tiers de la population n’a pas un accès continu aux médicaments essentiels ou ne peuvent les acheter », signale l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM).

Que représente l’Afrique dans ce secteur ?

Le marché africain du médicament représente moins de 2% du commerce mondial de ce secteur, même s’il est en pleine expansion tire par la croissance économique et la croissance du pouvoir d’achat. Il devrait atteindre 5 milliards de dollars en 2018, contre de 2,2 milliards en 2011, souligne l’agence d’information Ecofin.

La valeur totale des importations de produits pharmaceutiques en Afrique de l’Ouest était de 1,5 milliard en 2010. Les ports de Lagos, Cotonou, Lomé, Accra et Cotonou sont les entrées privilégiées des médicaments contrefaits en Afrique de l’Ouest, indique, de son côté l’IFRI.

Pour faire face à ce fléau, en avril 2013, une opération dénomme Biyela, menée par l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et le l’IRACM, avait permis la saisie de 550 millions de doses de médicaments  contrefaits dans 23 pays africains, pour une valeur  de 275 millions de dollars.

Quelles solutions au problème?

Pour sa part, Eugene Badu, responsable de l’ONG mPedigree, spécialisée dans la lutte contre les médicaments contrefaits, estime qu’il y a un certain nombre de choses que les gouvernements et les organisations engagées dans la promotion de l’intérêt public peuvent faire dans ce combat

« Le plus évident, de notre point de vue, est de soutenir les formes de technologie (de lutte) appropriées comme Goldkeys de mPedigree », a-t-il confié à Africa Check au sujet d’une solution informatique de détection de ces faux produits développée par son entreprise basée au Ghana.

Badu cite en exemple les gouvernements du Nigeria, de l’Inde, de l’Ouganda, du Kenya et du Rwanda’’ qui se sont engagés dans cette voie.

Selon lui, la technologie de sérialisation est devenue « non seulement importante mais aussi impérative ».

« Les consommateurs sont formés pour avoir l’habitude simple consistant à regarder les panneaux de codage qui sont recouverts pour cacher des nombres. En grattant la partie revêtue, les chiffres inscrits sont gratuitement envoyés par sms à un court code. Et dans les secondes qui suivent, un message lui est envoyé pour confirmer l’authenticité ou non du produit, avec une assistance téléphoniques via des numéros verts », a-t-il souligné.

« Là où des solutions [techniques] ne sont pas disponibles, a-t-il relevé, les consommateurs doivent être attentifs aux indications comme les numéros de série et les preuves de falsification avec les étiquetages, les prix bizarres, les erreurs typographiques sur les notices ».

Cependant, avertit Badu, « aucune de ces indications n’offre une garantie suffisante mais elles peuvent déclencher une enquête beaucoup plus approfondie ».

 

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