Fiche d'infos et guides

FICHE D’INFO: La contribution de la chasse à l’économie africaine

Par Julian Rademeyer

La chasse au rhinocéros noir en Namibie, l’abattage illégal d’un lion au Zimbabwe et la chasse en voiture dans la province du Limpopo, en Afrique du Sud, ont suscité un débat passionné sur la chasse aux trophées et son rôle dans la protection de la nature.

Beaucoup de déclarations ont été récemment faites sur les avantages économiques de la chasse aux trophées. En Afrique, « le grand jeu de chasse pour le loisir est un grand business » estimé à 200 millions de dollars américains par an, selon certains rapports.

Mais les données sur les retombées économiques’ et les bénéfices de la chasse en termes de protection sont limités et suscitent un débat. Celui-ci met aux prises d’un côté les activistes des droits des animaux et ceux qui proposent une approche protectionniste de la faune et de l’autre, les chasseurs et les protectionnistes qui arguent qu’un ‘’utilisation durable’’ des animaux à travers la chasse est la clé pour des stratégies de protection.

Cette fiche d’information offre une vue d’ensemble des sources de données et des études.

Question autour des 200 millions de dollars

Récemment beaucoup d’articles de presse ont indiqué que la chasse aux trophées génère des revenus de l’ordre de 200 millions de dollars américains sur le continent africain.

La source originelle de ce chiffre est un article publié en 2006 dans la revue académique Bilogical Conservation. A ce jour, c’est la seule estimation sur le revenu généré par la chasse aux trophées en Afrique sub-saharienne.

Les auteurs ont passé en revue les données disponibles sur la chasse en Afrique sub-saharienne et ‘’ont obtenu des statistiques auprès des associations nationales de chasse et des autorités de régulation’’. Ils ont mis l’accent sur une douzaine de pays avec ‘’des industries de la chasse significatives’’, parmi ceux-ci il y a l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Zambie, la Namibie, le Botswana, le Mozambique et la Tanzanie.

L’Afrique du Sud disposait de la plus large industrie ‘’en termes de nombre d’opérateurs, de chasseurs touristes, d’animaux abattus et de revenus générés’’. Mais pour ce qui est de la contribution au PIB, l’article révèle que la chasse aux trophées est plus significative au Botswana, avec 0,13% du PIB, suivi de la Tanzanie avec 0,11% et de la Namibie qui 0,08%. (Remarque : une loi interdisant la chasse commerciale est entrée en vigueur au Botswana depuis janvier 2014).

L’article du Biological Conservation a été critiqué des organisations hostiles à la chasse. L’African Lion Coalition – un groupe de pression composé de The International Fund for Animal Welfare (Ifaw), Humane Society International (HIS) et the Born Free Foundation – ont saisi un think-tank australien, Economists at Large, pour produire une étude qui évalue ‘’la question des 200 millions de dollars américains’’.

Publié en février 2013, le rapport souligne que ‘’le montant de 200 millions de dollars doit être utilisé avec prudence’’ et soutient que l’article est basé sur ‘’des sources et une méthodologie faibles’’. La première critique est que les auteurs se sont basés sur ‘’une littérature publiée et une autre non publiée’’ auxquelles les économistes en général et les chercheurs ne sont pas en mesure d’accéder publiquement ou en ligne.

Combien l’Afrique du Sud tire-t-elle de la chasse ?

Le ministère sud-africain des Affaires environnementales évalue à près de 807 millions de rands en 2012 les revenus générés par la chasse aux trophées et à un peu plus de 1 milliard de rands en 2013 (Remarque : les chiffres de 2014 ne sont pas encore publiés).

Les chiffres sont basés sur les ‘’frais par espèce’’ payés par les chasseurs aux paysans et aux propriétaires terriens pour pouvoir chasser, et sur les taxes quotidiennes prélevées par les guides de chasseurs pour couvrir ‘’les dépenses liées à la nourriture et à l’hébergement’’. La plupart des parties de chasse en Afrique du Sud se déroule sur des espaces de jeu privés.

Le million de rands générés en 2013 est composé des frais pour espèce à hauteur de 757 millions de rands par jour, avec 44.000 animaux chassés pendant cette année.

Les chiffres du ministère ne prennent pas en compte ‘’le revenu indirect généré par la taxidermie et les frais de transport des trophées, les accompagnants non chasseurs ou les activités liées au tourisme pendant le safari’’, a expliqué à Africa Check, le porte-parole du ministère Albi Modise.

Il ne prend pas non plus en considération les informations sur les permis de chasse pour les espèces qui ne sont listées parmi celles ‘’menacées ou protégées’’, comme les frais sont payables à un niveau régional et qu’elle varient d’une province à l’autre, a-t-il ajouté

Une petite enquête révèle 400 millions de rands supplémentaires en 2012

Une étude réalisée le département Tourism Research in Economic Environs and Society (TREES) de l’université North West indique que la chasse a produit environ 1,24 milliard de rands à la fois en revenus directs et en revenus indirects en 2012. L’étude a été commanditée par l’Association sud-africaine des professionnels de la chasse.

Les chercheurs ont pris en compte les dépenses moyennes en permis, matériel et munition s, ainsi que les prix du billet, la nourriture, les vêtements, les frais de port et de manutention du gibier, plus les tours additionnels et les coûts de transport.

La ‘’dépense moyenne’’ a été tirée d’un sondage en ligne sur le site de l’Association des chasseurs professionnels qui a produit 147 ‘’questionnaires utilisables’’. Des interviews ont été également réalisées avec des opérateurs de chasse.

L’un des auteurs du rapport, le Professeur Melville Saayman, a expliqué à Africa Check que même si l’échantillon était petit, il ne croit pas que les résultats changeraient beaucoup si plus de chasseurs avaient répondu aux questionnaires.

‘’Il est toujours difficile de conduire ces genres de recherche. Les chasseurs de trophées sont dispersés à travers le monde. Un échantillon plus grand serait bien mais avec la plupart des recherches que nous avons faites, généralement une fois que vous avez plus de 100 (questionnaires), vous obtenez la tendance’’.

Saayman a dit que le département TREES ‘’n’avait pas de programme pour promouvoir la chasse’’.

‘’Bien évidemment certains diront que nous sommes partiaux. Mais, mais en tant qu’entité universitaire et de recherche, il est nécessaire que nous soyons objectifs. Nous donnons nos impressions, n’en déplaise en certains. Ma passion c’est l’analyse économique et nous avons besoin de comprendre la valeur de l’industrie et ceux qui en tirent profit.

La contribution par rapport au tourisme régulier?

La chasse aux trophées représente une fraction des 323 milliards de rands de la contribution du tourisme au PIB de l’Afrique du Sud en 2013. Environ 8.500 chasseurs de trophées visitent l’Afrique du Sud chaque année, par rapport à environ 9,5 millions de touristes.

L’article du Biological Conservation de 2006 estime qu’au moins 18.500 chasseurs pratiquent la chasse chaque année en Afrique sub-saharienne (en générant un revenu d’environ 201 millions de dollars américains). Les estimations de la Banque mondiale font état de 33,8 millions de visiteurs en 2012, permettant à la région de gagner 36 milliards de dollars américains.

Saayman a précisé que même si le nombre de chasseurs et la contribution au PIB sont petits, les chasseurs de trophées ‘’ont tendance à dépenser beaucoup plus qu’un touriste et dans des zones où les touristes ne se rendent pas d’habitude’’.

Dans un article publié en 2014, lui et deux co-auteurs ont analysé l’impact économique de la chasse dans les provinces du Limpopo, du Cap du Nord et de l’Etat Libre. ‘’La recherche a révélé 17.806 emplois à Limpopo), 9.072 au Cap du Nord et 4.558 dans l’Etat Libre dépendraient de la chasse, en plus des emplois permanents sur les terrains de jeu’’, a souligné Saayman.

Le Docteur Jon Barnes, un économiste spécialisé en ressource, qui a travaillé en Afrique du Sud et mis en place un programme national d’économie environnementale en Namibie, indiquait, dans un article, en 2001, que ‘’les usages de l’économie dérivée des animaux (comme la chasse) sont relativement insignifiants en termes de contribution économique, mais ils constituent le seul usage possible dans les deux tiers les zones les moins dotées en faune’’.

De la même façon, le Docteur John Hanks, un zoologiste et ancien directeur exécutif de la WWF en Afrique du Sud, indique que ‘’là où la faune est dense et les paysages scéniquement attractifs, il y a plus de potentiel pour le tourisme photographique que la chasse aux trophées’’.

‘’Cependant, dans ces zones où les grandes mammifères sont rares et les scènes sont banals, les safaris photographiques ne seront pas viables. Ici la meilleure option d’utilisation des terres pour la protection de la diversité peut souvent être la chasse aux trophées plutôt que les animaux domestiques et l’agriculture’’.

Traduit de l’anglais par Assane Diagne

Lecture addtionnelle (articles en anglais)

Economic and conservation significance of the trophy hunting industry in sub-Saharan Africa (Biological Conservation)

The $200-million question: How much does trophy hunting really contribute to African communities (Economists at Large)

Contribution of wildlife to national economies (CIC Technical Series Publication)

Economic returns and allocation of resources in the wildlife sector of Botswana (South African Journal of Wildlife Research)

Big game hunting in West Africa: What is its contribution to conservation? (IUCN)

Opinion: Hunting narrative tarnishes a vital industry (Business Day)

Opinion: The great trophy hunting debate (Africa Geographic)

Opinion: Is trophy hunting really sustainable? (Daily Maverick)

Opinion: Cecil the lion: Lessons in misplaced outrage (Daily Maverick)

© Copyright Africa Check 2015. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".