Fiche d'infos et guides

FICHE D’INFO : Les facteurs qui rendent l’Afrique vulnérable au changement climatique

Par Sarah Wild

Le panel intergouvernemental des Nations unies sur le changement climatique n’a de cesse d’avertir depuis 2001 que l’Afrique sera particulièrement vulnérable au changement climatique. Certains scientifiques estiment qu’elle sera le continent le plus durement frappé par le changement climatique.

Comme nous l’avons évoqué dans notre précédente fiche d’information, c’est en grande partie dû au fait que l’Afrique s’étend d’un tropique à un autre et dispose de deux zones (aride et semi-aride) des deux côtés des tropiques.

Après la première partie, nous vous présentons ce qui peut arriver avec le réchauffement.

1. Expansion des zones arides

Les zones semi-arides sont considérées comme particulièrement vulnérables au changement climatique, selon le groupe interdisciplinaire Adaptation à l’échelle des régions semi-arides (ASSAR, sigle en anglais) de l’Université du Cap. C’est parce que, du point de vue climatique, ces régions sont déjà touchées avec des hautes températures, une faible pluviométrie et de longues saisons sèches.

« Les écosystèmes semi-arides sont très dynamiques, avec des explosions de productivité pendant la saison des pluies, pendant les bonnes années et [avec] une faible productivité pendant les années sèches. Cela entraîne souvent une dégradation des terres à court ou long terme », indique Mark New, directeur de l’African Climate Development Initiative, sur le site de l’ASSAR.

Le panel de l’ONU sur le changement climatique soulignait, dans le quatrième rapport d’évaluation – publié en 2007 – qu’en 2080, les zones arides et semi-arides d’Afrique devraient augmenter de 5% à 8%, à cause d’un certain nombre de scénarios.

Même si le changement climatique n’affectera pas négativement toutes les régions du continent avec l’expansion des zones arides et semi-arides, plus de personnes seront touchées dans ces zones-là.

2. Compter sur la pluie

L’Afrique compte déjà des pays confrontés à des conditions semi-arides. Ce qui constitue des défis à l’agriculture, relevait le quatrième rapport d’évaluation du panel de l’ONU.

C’est parce que les zones semi-arides et arides sont caractérisées par une pluviométrie faible et irrégulière de moins de 700 mm par an ainsi des cycles de sécheresse, explique l’unité communautaire pour l’adaptation et les moyens de subsistance de l’Institut international pour le développement durable, une organisation internationale à but non lucratif.

« Concernant les systèmes de subsistance, en général, un usage pastoral léger est possible dans les zones arides. L’agriculture pluviale est d’habitude impossible. Dans les zones semi-arides, les récoltes ont de fortes chances d’être irrégulières, même si le pâturage est satisfaisant », ajoute l’unité.

On s’attend à ce que le changement climatique provoque une saison de culture plus courte et pousse une bonne partie de l’agriculture périphérique hors de production, mentionne le quatrième rapport de l’ONU.

L’agriculture pluviale couvre 95% des terres cultivées en Afrique sub-saharienne, selon l’Institut international de gestion de l’eau une organisation scientifique à but non lucratif. Cette pratique « expose la production agricole aux variations saisonnières de la pluviométrie », selon un article publié dans la revue Ecological Economics.

“L’agriculture est une question d’une grande importance, surtout parce que l’agriculture agriculture africaine n’est pas irriguée », écrivait une expert de l’Université de Stellenbosch qui a participé à la rédaction des rapports d’évaluation du panel sur le changement climatique. « [Les paysans africains] cultivent également le maïs, qui n’est pas bien adapté au contexte africain ». C’est parce que cette spéculation est sensible à la sécheresse et aux températures extrêmes.

La production de maïs devrait baisser avec le changement climatique, comme le montre cet article. La moyenne prévue pour le continent africain et l’Amérique Latine est de 10%, mais certaines régions pourraient enregistrer des baisses plus grandes.

Midgley décrit le fait que l’Afrique compte sur le maïs comme un ‘’but contre son camp’’. « C’est une tragédie et un dommage que ça se passe comme ça ».

3. Les maladies changent avec le climat

Il y a également de fortes chances que les changements climatiques modifient les formes de maladies. Le paludisme en est la meilleure illustration.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il y a  eu 214 millions de cas de paludisme et 438.000 millions de décès cette année. La maladie causée par le moustique touche de manière disproportionnée l’Afrique sub-saharienne dont on estime qu’elle enregistre 89% des cas de paludisme et 91% des décès, selon l’OMS.

Même si de grands pas ont été faits dans l’éradication du paludisme – au plan mondial, les cas ont baissé de 37% entre 2000 et 2015, selon l’OMS – le changement climatique peut annihiler ces gains.

Par exemple, il a été démontré comment les hausses de températures ont touché le population de moustiques et la façon dont le parasite se développent chez le porteur, expliquent les auteurs de l’article publié dans la revue Science. Ils ont étudié l’incidence du paludisme sur les hauts plateaux de l’Ethiopie et de la Colombie.

Les chercheurs ont en outre relevé qu’il y aura « une augmentation de l’expansion du paludisme en altitude pendant les années plus chaudes. Ce qui veut dire que le changement climatique va provoquer une augmentation des cas de paludisme dans les régions densément peuplées des hauts plateaux d’Afrique et de l’Amérique du Sud ».

4. A une catastrophe de l’extrême pauvreté

La principale raison pour laquelle l’Afrique est exposée au changement climatique est liée au fait beaucoup de ses habitants sont pauvres.

Un rapport de la Banque mondiale publié cette année note que la hausse des températures pourrait pousser 100 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté. Il est intitulé « Ondes de choc: la gestion des impacts du changement climatique sur la pauvreté ». Dans ce document, les auteurs écrivent : « les pauvres vivent dans l’incertitude, juste à une catastrophe naturelle de la perte de tout ce qu’ils ont ».

C’est parce que les catastrophes liées au climat – une catastrophe naturelle, un échec dans la récolte lié à la sécheresse, une augmentation de la maladie ou le cheptel du paysan décimé, par exemple – peuvent être de trop pour que les gens vulnérables en recouvrent.

“De tels événements peuvent enrayer des décennies de dur labeur et d’accumulation de richesses et laisser les gens avec des conséquences irréversibles sur leur santé”, notait le rapport.

Les communautés s’adaptent pour elles-mêmes

Dans le cinquième rapport, le panel de l’ONU sur le changement climatique mentionnait que ‘’la plupart des gouvernements nationaux [en Afrique] sont en train d’initier des systèmes de gouvernance pour l’adaptation”. Par exemple, l’Initiative du bassin du Nil a réuni les gouvernements des 11 régions traversées pour coordonner tous les programmes et activités de développement sur le fleuve.

Le climatologue Bob Scholes, un éminent professeur de l’Institut de recherché sur le changement global et la durabilité de l’Université de Witwatersrand, croit que si les gens soutiennent que ‘’l’Afrique sera plus durement touchée par le changement climatique’’, ils veulent dire par là que le continent a une faible capacité pour faire face au désastre climatique.

“Les réponses du gouvernement et la société civile [dans beaucoup de pays] ne sont aussi fortes que dans d’autres’’, a-t-il dit. « Mais même si [la faible capacité de faire face] est avérée au niveau gouvernemental, elle ne l’est pas au niveau du village ou de la ville ».

« A cause du manqué de soutien du gouvernement, je trouve que les sociétés africaines sont tout à fait résilientes », a-t-il ajouté.

Sarah Wild est une journaliste scientifique et auteur qui a remporté plusieurs prix. Retrouvez ses publications sur le site www.wildonscience.com. Certains liens contenus dans cet article renvoient à des documents rédigés en langue anglaise.

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