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Ces faux remèdes contre le Sida : Angel Zapper, Garani MW1, Topvein, SF 2000

Les faux «remèdes» contre le Sida ont longtemps été dans le collimateur des activistes qui luttent pour l’accès au traitement. Nous en avons découvert un nouveau «remède» et vérifié ceux qu’on avait démontés bien avant.

Par Vinayak Bhardwaj et Assane Diagne

Si vous tapez «VIH Sida» dans Google ces temps-ci, vous avez plus de chance d’être dirigé vers une explication basée sur la science qu’une thérapie non appuyée par celle-ci.

Comme nous l’avons récemment souligné, il n’y a pas encore de remède contre le virus, mais d’intéressantes expériences ont poussé les chercheurs vers de nouvelles directions.

Des informations sur des « remèdes » continuent de faire le tour du monde. Certaines ne sont rien d’autre que des propositions diététiques et peuvent s’avérer inoffensives. Par contre, d’autres vont plus loin et peuvent être dangereuses.

Il y a de cela quelques années, par exemple, le quotidien zambien Daily Dispatch annonçait un  « remède » appelé «Oxygénothérapie» consistant à prendre trois fois par jour cinq gouttes d’une substance contenue dans une bouteille.

Le Daily Dispatch avait alors envoyé la substance au Monitor Laboratories en Afrioque du Sud pour un test. Quand Africa Check a fait le suivi cette semaine, le responsable du labo Kurt Venter a expliqué que l’oxygénothérapie n’était en réalité que du peroxyde d’oxygène, une substance chimique hautement toxique. La consommation de ce liquide peut entraîner la mort.

Déjà, en 2007, le président de la Gambie, Yahya Jammeh, a annoncé qu’il disposait d’un « remède miracle » contre le Sida.

En fait de remède, il s’agit de plantes et une prière basée sur le Coran qui assure, selon lui, la guérison « dans trois à trente jours ». Les acteurs de la lutte contre le Sida se demandent si l’efficacité de cette formule est prouvée, et si elle s’attaque au sida même ou aux maladies opportunistes.

Dès cette annonce, le Dr Antonio Felipe Jr, directeur de l’OMS au Sénégal précisait quil « n’existe pas de traitement du Sida pour le moment.» 

La directrice de l’unité de microbiologie moléculaire de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar a appelé à la prudence. « Vous ne pouvez pas prouver que quelqu’un a été soigné du Sida juste sur un résultat. C’est malhonnête de la part du gouvernement gambien d’utiliser nos résultats de cette manière », avait indiqué le Dr Coumba Touré Kane à Associated Press.

Faux remède #1 : Angel Zapper

A Johannesburg, un site web vend un petit objet ressemblant à une boîte avec deux boutons et une courroie appelée « Angel Zapper ». Il est cédé à 495 rands (2.300 FCFA). Sur le site, un certain « docteur Bob Beck » indique que « quand le virus VIH est exposé à un faible courant (100 microampères), il perd sa capacité d’infecter les globules blancs».

Africa Check a composé le numéro figurant sur le site web pour s’enquérir du fonctionnement du traitement. La personne qui a répondu a dit qu’en plus de l’usage de Zapper, il faut observer «un régime strict ».

Le Monsieur, qui a refusé de décliner son identité, a souligné que « même si Angel Zapper ne soigne pas le Sida, il en réduit les symptômes ». Il conseille de de ne pas arrêter le traitement antirétroviral et d’ajouter au régime de « bons électrolytes ».  Prié de donner plus d’informations, il a répondu que « personne ne sait comment ça marche ».

C’est parce que justement cela ne peut pas marcher, a confié à Africa Check Ed Rybicki, professeur de microbiologie à l’Unité de recherche en pharmaculture de l’Université du Cap. Le Professeur Rybicki a fait plusieurs études sur le VIH.

Il a expliqué que le courant électrique ne peut avoir aucun effet sur l’ADN du VIH qui intègre celui de la personne et se développe à partir de là pour causer une infection. (Lire notre article Q&A sur le VIH/Sida qui explique la transmission du VIH).

Faux remède #2 : Garani MW1

Les premières affirmations sur les vertus thérapeutiques de Garani MW1 remontent à 2013. Un agent du ministère malawite de la Santé le présentait comme une « herbe miraculeuse »  capable de soigner le VIH. Elle avait dit au journal The Nation qu’un malade du VIH l’avait vu en rêve.

Il est prêté à Garani MW1 le pouvoir d’accroître les globules blancs. Ce qui attaque le virus en réduisant ses effets dans le sang. Mais cela n’a jamais été prouvé scientifiquement.

Il semble qu’il n’est plus sur le marché. La dernière mise à jour de la page Facebook de Garani MW1 date de juin 2016. Nos appels répétés sur des numéros malawites et sud-africains figurant sur cette page n’ont pas trouvé de réponses.

Faux remède #3 : Topvein

Topevein, une plante « remède » pour le VIH, est originaire de la Zambie. Mais ses prétendues vertus thérapeutiques contre le VIH  sont erronées.

Comme nous l’avions expliqué dans un autre article, la principale composante de ce remède n’a été testée que sur 11 sujets. Les premières déclarations de personnes se disant guéries ne pouvaient pas être appuyées par le producteur lui-même. Celui-ci a en effet affirmé que son produit n’est « ni un médicament ni un produit pharmaceutique ». Donc, on ne sait pas si on devrait prendre Topvein dans ce cas.

Le site web de Topvein ne marche plus. Et les dernières mises à jour de sa page Facebook datent respectivement d’août 2016 et de février 2016. Africa Check a envoyé un message via Facebook pour demander comment cela marche exactement. Nous vous tiendrons informés.

Faux remède #4 : Sondashi Formula 2000

L’année dernière, Africa Check s’est intéressé au mélange de quatre plantes indigènes de l’avocat et ancien candidat à l’élection présidentielle zambienne Ludwig Sondashi. Ce mélange appelé Sondashi Formula 2000 avait montré des résultats encourageants quand il a été testé dans un laboratoire sud-africain.

La prochaine étape sur le long chemin pour prouver l’efficacité de la SF 2000 est de mener un essai d’observation. Mais lorsqu’Africa Check a contacté Owen Mugemezulu, secrétaire permanent du ministère de l’Enseignement supérieur, il a confié qu’il est peu probable que les fonds nécessaires soient disponibles, cette année.

Sondashi revendique toutefois « plus de cent clients » dans son registre. Il a déclaré à Africa Check qu’ils se portent tous bien, avec plus de 20 qui ont été « complètement guéris ». Il a refusé de donner plus d’informations mais a promis à Africa Check de demander à ses patients s’ils sont disposés à s’adresser au public, selon la journaliste Zarine Geloo.

L’importance des preuves

Garani MW1 a mis en place une autre page Facebook en 2014 pour faire la publicité d’un nouvel emballage dit « HIV and AIDS herb ». Dans un poste, un usager du nom Saidi Zuze a demandé les preuves de l’efficacité de la plante.

Les personnes en charge de la page ont répondu : « Saidi, quel genre de témoignage voulez-vous? Ecrit ou quoi. Parce que vous avez entendu des témoignages ».

M. Saidi n’avait pas lâché le morceau. « Ce n’est qu’un seul », avait-il répliqué. Quand il s’agit de « médicament », c’est comme parler de la différence entre la vie et la mort. M. Saidi a raison de poser des questions. Croire les gens sur parole ne suffit pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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