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La SENELEC utilise-t-elle le bon indicateur pour mesurer la qualité de son service ?

Le nombre d’heures de coupure est passé de 900 en 2011 à 66 heures l’année dernière, a récemment dit le directeur général de la Société nationale d’électricité (SENELEC) du Sénégal. La réduction du nombre d’heures sans électricité est-elle l’indicateur de performance le plus approprié ?

Par Birame Faye

Dans une interview accordée au journal L’Observateur, le 14 décembre 2016, le directeur général de la SENELEC, Mouhamadou Makhtar Cissé, estime que «le délestage zéro n’existe jamais, mais il peut devenir une exception».

«Nous sommes passés de 900 heures en 2011, à 85 heures en 2014, 76 heures en 2015 et aujourd’hui, sommes, à peu près, à 66 heures. Notre ambition est d’être à moins de 50 heures l’année prochaine [2017]», souligne-t-il, dans un article largement repris par la presse.

Les mêmes performances ont été vantées par Macky Sall, dans son message à la nation, le 31 décembre 2016. Le président Sall a toutefois parlé de «73 heures de coupures d’électricité en 2016».

Le nombre d’heures de coupure est-il le bon indicateur pour mesurer les performances du service de l’électricité ?

Comment la SENELEC en est-elle arrivée à ces chiffres ?

Le chargé de communication de la SENELEC, Babacar Sow, a confié à Africa Check que «les coupures de courant dues au déficit de production n’existent plus». «Maintenant, soit on  a des pannes du réseau, soit à chaque fois qu’on veut faire une réparation, on coupe un secteur pendant un certain temps. On a un agent qui comptabilise les nombres d’heures. Je vais lui demander les détails  et je reviendrai vers vous».

Babacar Sow a dit avoir soumis le courriel envoyé par Africa Check à l’agent de la SENELEC en question mais il reste sans réponse depuis le  16 décembre 2016. Les multiples relances sont également restées vaines.

Le nombre d’heures est-il un indicateur partagé ?

Chargée de suivre et d’analyser le marché de l’électricité au Sénégal, la Commission de régulation du secteur de l’électricité (CRSE) utilise un indicateur autre que le nombre d’heure sans courant. Il s’agit de la quantité d’énergie non fournie qu’elle définit comme la demande des clients en électricité non satisfaite par la SENELEC.

Dans son rapport sur les dépannages entre 2010 et  2012 mais rendu public en 2014, la CRSE révèle que «le nombre d’interruptions de service et l’énergie non fournie associée sont respectivement de 32 218 et 154 Gigawattheures  (GWh) en 2011».

«En 2012, le nombre d’interruptions de service, 20 039, et de l’énergie non fournie associée, 31 GWh, ont baissé respectivement de 37% et 80% par rapport à 2011. Ceci est la conséquence du plan d’urgence et de restructuration du secteur de l’énergie mis en œuvre par l’Etat, avec la création d’un fonds de soutien au secteur de l’énergie pour sécuriser l’approvisionnement en combustible des centrales de la SENELEC et des producteurs indépendants et la location d’une puissance additionnelle qui a atteint 150 MW», explique la CRSE.

«La demande non satisfaite augmente chaque année»

Dans son rapport 2014, la CRSE  renseigne qu’ «après une forte amélioration de la qualité de service entre 2011 et 2012, la demande non satisfaite (énergie non fournie (ENF) augmente chaque année. Elle passe  de 32 GWh en 2012 à 41 GWh en 2013 et 45 GWh en 2014, soit respectivement des accroissements de 28% et 10%.

Elle explique que «cette dégradation de la qualité de service» est due à l’accroissement de l’énergie non fournie par manque de production (délestage ou effacement) qui a connu une augmentation de 27%, passant de 12,8 GWh à 16,3 GWh. La CRSE évoque brièvement un nombre d’heures de coupure «moyen» qui passe de 118h en 2013 à 122h en 2014».  Cependant, elle dresse un tableau de l’évolution de la quantité d’énergie non fournie à partir de 2011.

La chargée de la communication de la CRSE, Aissatou Mbène Kane, a indiqué à Africa Check que «la CRSE ne prend en compte que la quantité d’énergie non fournie ». «C’est la SENELEC qui nous livre ses informations. Quand il y a coupure quelque part pendant quelques heures, cela correspond à une quantité d’électricité non fournie. Notre dernier rapport est celui de 2014.  Il n’y a pas de rapport pour l’année 2015», confie-t-elle.

Quel est le point de vue des consuméristes ?

Interrogé bien avant le discours de fin d’année du chef de l’Etat,  le président de l’Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN), Momar Ndao, a confié à Africa Check que «le  nombre d’heures de coupure n’est pas le bon critère pertinent à prendre en compte ». Selon ce consumériste, la quantité d’énergie non fournie ou non distribuée est «le meilleur indicateur utilisé par les acteurs du secteur».

«On ne peut pas calculer les délestages sur la base d’heures. Ce n’est pas le bon indicateur. Couper le courant pendant une heure de pointe est différent de le couper pendant une période de faible consommation en termes de quantité d’énergie. La quantité d’énergie non distribuée est plus importante pendant les heures de pointe comme 20 heures par exemple que celle non fournie pendant d’autres heures », a dit M. Ndao.

Les normes internationales sont-elles utilisées au Sénégal ?

Dans une étude datée 2016 et intitulée «Vers une électricité abordable et des opérateurs viables en Afrique», la  Banque mondiale (BM) constate que les pays africains n’utilisent pas, «pour la mesurer, la qualité de leurs services d’électricité, l’indice de durée moyenne d’interruption du système (SAIDI) et l’indice de fréquence moyenne des interruptions du système (SAIFI)». Elle précise que ce sont les deux normes reconnues sur le plan international. La BM révèle que, sur 39 pays dont le Sénégal, seuls les opérateurs «du Cameroun, du Libéria, du Mozambique et de l’Afrique du Sud, ont cité dans leurs rapports le SAIDI et le SAIFI».

«Les opérateurs de 12 autres pays ont indiqué quels étaient la durée moyenne d’une coupure de courant, le nombre total d’heures de coupure, ou le nombre d’interruptions du système», renseigne le document.

Selon la BM, «l’absence généralisée de mesure des indices SAIDI et SAIFI est en elle-même une indication de la distance considérable à parcourir pour mener la lutte contre le manque de fiabilité»

Conclusion : la quantité d’énergie non fournie a baissé mais l’indicateur n’est pas partagé

L’indicateur utilisé par le directeur général de la SENELEC  pour expliquer la réduction des délestages au Sénégal n’est pas partagé au niveau national et international. Selon la CRSE et le président de l’ASCOSEN, Momar Ndao, la quantité d’énergie non distribuée est «l’indicateur le plus pertinent».

Par ailleurs, la partenaire financier de la SENELEC, en l’occurrence la Banque mondiale, regrette, dans un rapport publié en 2016, que les indicateurs en vigueur au niveau international ne soient pas encore utilisés au Sénégal pour mesurer la qualité du service de l’électricité.

Toutefois, une forte baisse de la quantité d’énergie non fournie a été constatée entre 2011 et 2015.

Edité par Assane Diagne

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