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Le paludisme tue-t-il un enfant africain toutes les 30 secondes?

Le paludisme tue-t-il un enfant africain toutes les 30 secondes ? En début d’année, un site d’informations scientifiques écrivait qu’un enfant africain meurt du paludisme toutes les 30 secondes. Mais les dernières et meilleures estimations révèlent que la fréquence est inférieure à un décès toutes les deux minutes.

Par Vinayak Bhardwaj

Avec le déclenchement de l’épidémie du virus Zika en Amérique Latine, l’attention s’est détournée du paludisme, l’une des maladies les plus mortelles transmises par un moustique.

Même s’il n’est plus la principale cause de décès chez les enfants en Afrique subsaharienne, le paludisme est toujours à l’origine de 10% des morts d’enfants. Dans leur sensibilisation, les organisations actives sur ce terrain mettent donc l’accent sur l’impact du paludisme sur les enfants qui sont plus vulnérables à la maladie.

Au début de cette année, le site d’informations scientifiques Science Daily bulletin a posté un article sur une nouvelle stratégie de traitement en affirmant qu’un « enfant meurt du paludisme toutes les 30 secondes en Afrique ».

Peu de temps après, le leader de l’Initiative du président américain pour le paludisme, le vice-amiral Time Zeiner, indiquait à son tour qu’ « en Afrique, un enfant meurt [du paludisme] chaque minute ».

Par la suite, l’Alliance des leaders africains contre le paludisme (ALMA, en anglais), une coalition de 49 chefs d’Etat et de gouvernement, soulignait que « le paludisme continue de tuer un enfant africain toutes les deux minutes ». Le chiffre se trouve sur leur fiche d’information officielle consacrée au paludisme.

Quel est donc l’intervalle de temps?

«Erreurs de transcription » sur le site de l’OMS

Une mère au chevet de son enfant malade du paludisme au Centre hospitalier universitaire de Malakal, au Soudan du Sud. Photo AFP

Une mère au chevet de son enfant malade du paludisme au Centre hospitalier universitaire de Malakal, au Soudan du Sud. Photo AFP

Le Professeur Sanjeev Krishna de l’Institute for Infection and Immunity de l’Université Saint George de Londres dont l’étude a été citée dans l’article du Science Daily, a déclaré à Africa Check que c’est un chiffre bien accepté… Visitez le site de l’OMS sur le paludisme … [où] vous pouvez le vérifier de manière indépendante ».

Zeiner de l’Initiative du président américain contre le paludisme n’a pas réagi à notre interpellation. L’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme a expliqué que son chiffre est calculé à partir d’une statistique se trouvant sur le site web de l’OMS qui dit qu’ « en 2015, environ 305.000 enfants africains sont morts avant leur cinquième anniversaire ».

Le directeur de l’ALMA, Saleemah Abdul-Ghafur, a confié à Africa Check qu’ « avec 525.600 minutes dans une année, cela donne une moyenne d’un enfant toutes les deux minutes ».

Mais le rapport 2015 de l’OMS sur le paludisme fournit un chiffre différent. Il indique qu’environ un total de 305.000 enfants de moins de 5 ans ont été tués par le paludisme à l’échelle mondiale, l’année dernière, dont 292.000 en Afrique.

Estimation du nombre d’enfants de moins de 5 ans tués par le paludisme en 2015 (OMS)
Région Nombre de décès
Afrique 292.000
Amériques 100
Méditerranée Est 2.200
Europe 0
Asie du Sud-est 10.000
Pacifique Ouest 1.500

Africa Check a contacté l’auteur principal du rapport mondial sur le paludisme, le docteur Richard Cibulskis. Il a expliqué que le chiffre sur les 305.000 décès est « une erreur de transcription », ajoutant que le nombre sur le site de l’OMS … renvoie au total mondial plutôt qu’ [aux décès] d’enfants africains ».

(Note: Nous avons demandé à l’OMS si elle allait corriger l’erreur sur son site web, mais nous n’avons pas encore eu de réaction).

Difficile d’évaluer l’ampleur réelle du paludisme

Les enfants sud-soudanais sont formés à l’utilisation des moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA) à Wau, dans le Nord-est du pays. Les populations de cette localité sont exposées au paludisme. Photo AFP

Les enfants sud-soudanais sont formés à l’utilisation des moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA) à Wau, dans le Nord-est du pays. Les populations de cette localité sont exposées au paludisme. Photo AFP

Le rapport de l’OMS sur le paludisme met l’accent sur les enfants de moins de 5 ans, parce que ce groupe d’âge enregistre environ trois quarts des décès dus au paludisme dans le monde en 2015.

Les décès ont été calculés en utilisant deux méthodes. Dans les pays où la qualité des attestations de décès est acceptable, ces données ont été utilisées. Toutefois, dans les pays où cela n’est pas le cas et où le nombre de décès dus au paludisme est élevé, les données ont été obtenues à partir d’autopsies verbales.

Une autopsie verbale est typiquement menée par un enquêteur formé qui utilise un questionnaire pour collecter les informations sur les signes et symptômes de la personne décédée à partir d’une personne proche du défunt.

Le rapport de l’OMS sur le paludisme est considéré comme la meilleure source de données sur les décès liés au paludisme par le principal chercheur du Malaria Clinical Research Group de l’Université de Cape Town. Mais le Professeur Karen Barnes a dit que le fait de puiser des données à partir de différentes sources introduit une variation.

C’est parce que « tous les pays n’enregistrent pas les décès dus au paludisme de la même façon : c’est parfois mal classé donc non enregistré correctement », a dit à Africa Check, le Docteur Eunice Misiani, directrice adjointe du programme paludisme au ministère de la Santé de l’Afrique du Sud.

L’ampleur réelle du paludisme sur l’Afrique est donc difficile à calculer, mais « les données disponibles peuvent ne pas être si fausses, comme les facteurs augmentent et d’autres diminuent la notification et ils peuvent s’équilibrer dans une certaine mesure », selon M. Barnes.

Quelle est donc la fréquence des décès d’enfants dus au paludisme ?

En raison de la variation dans les données à travers le continent, l’OMS estime le nombre de décès le plus élevé et celui le faible peuvent être attribués au paludisme.

Nombre de décès d’enfants de moins de moins 5 ans en Afrique
Estimation moyenne 292.000
Estimation la plus basse 212.000
Estimation la plus élevée 384.000

En utilisant ces données, nous pouvons calculer pour connaitre, en moyenne, la fréquence de décès d’enfants liés au paludisme en 2015. Cela donne juste moins de 2 minutes en utilisant l’estimation moyenne.

 

Estimation moyenne 1 min 48 sec
Estimation la plus basse 2 min 28 sec
Estimation la plus élevée 1 min 22 sec

Conclusion : l’affirmation selon laquelle un enfant meurt du paludisme toutes les 30 secondes est incorrecte

En dépit des efforts significatifs dans l’éradication du paludisme – le nombre total de décès liés à cette maladie est passé d’environ 764.000 en 2000 à 395.000 en 2015 – les enfants africains de moins de 5 ans constituent toujours la majorité des victimes.

Mais il n’est pas certain que cela arrive toutes les 30 secondes, comme l’affirme le Science Daily Bulletin. Le chiffre avancé par le leader de l’Initiative américaine contre le paludisme qu’ « un enfant meurt chaque minute » est également faux, même avec l’utilisation de l’estimation la plus faible.

Le chiffre de l’ALMA qui annonce un décès toutes les deux minutes est dans la toute dernière fourchette calculée par l’OMS qui va d’une minute 22 secondes à 2 minutes 28 secondes.

Traduit de l’anglais par Assane Diagne

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