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Le PIB de l’Afrique équivaut-il à celui de la France ? Obama a raison

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Lors du dernier forum Etats-Unis-Afrique à New York, le président américain Barack Obama a dit que l’ensemble des PIB de l’Afrique équivaut à celui de la France. Nous avons consulté les chiffres pour voir s’il a raison.

Par Lee Mwiti

S’exprimant tout récemment devant un public où il y avait des chefs d’Etat africains, Obama a dit que son administration faisait plus d’affaires avec le continent à travers des initiatives comme Trade Africa et Power Africa.

En outre, Obama a insisté sur la timidité de la relation bilatérale et appelé à renforcer la relation commerciale.

« La vérité est qu’en dépit d’une croissance significative dans beaucoup de pays, le PIB total de l’Afrique n’équivaut qu’à celui de la France », a-t-il affirmé.

Mais le PIB de l’Afrique, un continent composé de 55 Etats reconnus, peut-il être l’équivalent de celui d’un seul pays ? Nous avons cherché la réponse.

Beaucoup de pays d’Afrique ont des PIB faibles

Le président américain Barack Obama lors du Forum Etats Unis-Afrique à New York, le 21 septembre 2016. Photo AFP

Le président américain Barack Obama lors du Forum Etats Unis-Afrique à New York, le 21 septembre 2016. Photo AFP

Le Produit intérieur brut (PIB) mesure la valeur de tous les biens et services (ceux achetés par l’utilisateur final) produits dans un pays sur une période donnée.

Africa Check n’a pas réussi à obtenir la réaction officielle de la Maison Blanche au sujet des sources utilisées par Obama pour comparer les PIB de l’Afrique et de la France.

Parce que le potentiel de production d’une économie peut être mesuré dans de différentes manières, les Nations Unies se basaient sur le Système de comptabilité nationale après la Deuxième Guerre mondiale. Le but était d’harmoniser les normes du PIB, avec la quatrième et dernière version publiée en 2008.

Malgré les revues de routine de la Banque mondiale pour s’assurer de la conformité, des écarts importants demeurent entre les normes internationales et la pratique, a relevé la banque, dans la note d’explication de ses données sur le PIB.

En Afrique, ces divergences sont dues au manque criard de ressources, à la formation et aux budgets des services nationaux de statistiques et des pans entiers de l’économie qui ne sont pas enregistrés, entre autres raisons.

De plus, seuls sept pays africains fournissent actuellement des données économiques en conformité avec la norme du Système de comptabilité national de 2008. Onze parmi eux utilisent toujours la deuxième version de 1968.

Cela veut dire que les estimations du PIB de la plupart des pays africains sont faibles avec de « larges marges de déductions d’erreur », a confié à Africa Check Morten Jerven, économiste à l’Université des Sciences de la vie en Norvège et à l’Université Simon Fraser du Canada. Parmi les livres de M Jerven, il y a ‘’ Poor Numbers: How We Are Misled by African Development Statistics and What to Do About It publié en 2013.

M. Jerven dit qu’en raison de la faiblesse des données, « nous devrions faire beaucoup moins de ce ‘plus grand’ et ‘plus petit’ et ainsi de suite ».

Les données pour l’Afrique ne sont pas toujours actuelles

Vue de la mine de diamant de Jwaneng au Botswana en octobre 2016. Photo AFP.

Vue de la mine de diamant de Jwaneng au Botswana en octobre 2016. Photo AFP.

Le Bureau de l’analyse économique aux Etats-Unis indique que la pratique habituelle, quand c’est possible, consiste à valoriser le PIB en fonction des prix sur le marché, en utilisant le dollars US pour faciliter les comparaisons. L’utilisation des valeurs du marché aide également à évaluer l’impact des programmes gouvernementaux ou bien l’avènement des catastrophes naturelles sur l’économie.

Les données de la Banque mondiale montrent que le PIB de la France en 2015 aux prix actuels était de 2,42 trillions de dollars US, moins que les 2,83 trillions de dollars US de 2014 (1 trillion = 1.000 milliards).

Mais le problème pour calculer un PIB combiné de l’Afrique réside dans le fait que les données ne sont pas tout le temps actuels, a expliqué à Africa Check, Grieve Chelwa, boursier du Centre d’études africaines de l’Université de Harvard.

En 2015, le PIB combiné des pays africains s’élevait à 2,24 trillions de dollars US, selon les données de la Banque mondiale. Mais les données de 7 pays du continent n’étaient pas disponibles. En 2014, quand il y a eu des données pour 53 pays d’Afrique (sans l’Erythrée), leur PIB combiné  était de 2,74 trillions de dollars US.

Donc si on compare le PIB de la France en 2014 aux prix actuels (2,83 trillions de dollars US) avec le PIB enregistré pour l’Afrique sur cette même année, la déclaration d’Obama est crédible.

Comparaison des PIB peut induire en erreur

Un travailleur dans une usine de conditionnement de thé à Makandi au Malawi. Photo AFP.

Un travailleur dans une usine de conditionnement de thé à Makandi au Malawi. Photo AFP.

Le statisticien de la Banque mondiale Mizuki Yamanaka a toutefois dit à Africa Check que les taux du marché ne reflètent pas le coût de la vie quand la production économique de plusieurs pays est comparée.

M. Chelwa a expliqué que les taux du marché sont bien en deçà pour plusieurs raisons. C’est le cas quand les gouvernements contrôlent l’économie (comme en Chine) et quand les biens et services qui ne sont pas commercialisés mais consommés localement (comme les salons de coiffure) constituent une bonne partie de l’économie.

« La valeur [d’un Big Mac Burger] du rand [sud-africain] que vous pouvez connaitre en consultant le taux du marché des changes entre le rand et le dollar pourrait induire en erreur », a-t-il fait observer.

Pour combler ce gap, un indicateur appelé Parité de pouvoir d’achat (PPA) est utilisé pour comparer les forces des monnaies. Le Programme international de comparaison de la Banque mondiale a calculé les PPA de 177 pays.

Le PIB de l’Afrique hausse quand on prend en compte le pouvoir d’achat

Des travailleurs en train de remplir des sacs avec du cacao, en octobre 2016, à Guiglo, en Côte d'Ivoire. Photo AFP.

Des travailleurs en train de remplir des sacs avec du cacao, en octobre 2016, à Guiglo, en Côte d’Ivoire. Photo AFP.

Dans un document de 2009 pour le National Bureau of Economic Research, un organisme de recherche privé à but non lucratif aux États-Unis, le Prix Nobel d’économie Angus Deaton et le chercheur de l’Université de Pennsylvanie Alan Heston ont présenté les difficultés liées à la parité des pouvoirs d’achat.

Parmi ces difficultés, il y a le fait que de nombreux biens et services qui sont disponibles dans les pays développés ne sont pas toujours disponibles dans les pays en développement, ce qui réduit la fiabilité des données.

Mais en dépit de sa faiblesse, une évaluation indépendante, commandée par la Commission de statistiques des Nations Unies en 1998, a conclu qu’il n’y avait pas d’alternative aux données sur la parité des pouvoirs d’achat pour comparer les économies ou pour mesurer la pauvreté au niveau mondial.

Pour 2014, lorsque le Programme de comparaison internationale a eu des données pour 52 pays africains; le résultat combiné était  de 5,35 trillions de dollars. La même année, le PIB de la France ajusté au pouvoir d’achat local était de 2,66 trillions de dollars, près de son chiffre basés sur les prix actuels.

En utilisant les données du PIB, ajustées aux différences des pouvoirs d’achat, l’affirmation d’Obama serait incorrecte.

Pas de mesure unique pour toutes les situations

Mais encore une fois, ne tirons pas de conclusion hâtive.  Tout est question de contexte, préviennent les experts contactés par Afrique Check.

M. Jerven déclare que « si on devait comparer le PIB total de deux pays pour se faire une idée de la situation économique globale d’une région, on ne doit pas ajuster les estimations du PIB à la parité des pouvoirs d’achat, mais comparer la valeur monétaire du moment ».

«Cela traduirait le pouvoir d’achat du PIB sur le marché mondial: si on achète du pétrole ou un avion de chasse », a-t-il précisé.

David Ndii, économiste indépendant kenyan, administrateur de la société d’intelligence économique Africa Economics, abonde dans le même sens.

«Mesurer et comparer des économies est une entreprise méthodologiquement difficile, et on fait face à ce qu’on appelle le ‘problème des indices’.  Il n’y a pas de mesure unique qui soit applicable à toutes les situations » ;

«Le PIB utilisé par Obama est la mesure la plus appropriée si, par exemple, on veut avoir une idée de la taille relative du marché du point de vue du monde des affaires ».

Conclusion : la déclaration d’Obama est globalement correcte

Il y a deux principales façons de comparer les PIB des pays: convertir la valeur marchande du moment du PIB en dollars américains (PIB aux prix du marché) ou ajuster le PIB pour prendre en compte les différences des pouvoirs d’achat (PIB basé sur la parité des pouvoirs d’achat).

Si on utilise les données complètes les plus récentes basées sur les prix du moment, la déclaration d’Obama, selon laquelle l’ensemble du PIB de l’Afrique (2,74 trillions de dollars en 2014) est à peu près égal à celle de la France (2,83 trillions de dollars en 2014), est globalement correcte.

Cependant, le risque de comparer les différentes économies en utilisant les prix du moment est que les grandes différences de pouvoir d’achat peuvent conduire à des résultats trompeurs. Le recours à un indicateur international qui calcule le pouvoir d’achat des différentes monnaies vise à surmonter ce problème, même s’il a aussi ses inconvénients.

Selon cet indicateur, le PIB de l’Afrique en 2014 ajusté au pouvoir d’achat local (5,35 trillions de dollars), est de loin supérieur à celui de la France (2,66 trillions dollars).

Cependant, les analystes indiquent que dans le cadre d’une large capacité des pays à échanger sur le marché mondial, le PIB basés sur les prix du marché est plus approprié pour comparer les économies.

Traduit de l’anglais 

© Copyright Africa Check 2016. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".

Comment on this report

Comments 3
  1. By ozanne

    si c’est vrai c’est triste. Ce n’était pas le cas en 1962 aux accords d’Evian avec l’Algérie ni en 1971 quand Nixon a obligé les pays d’Europe a se retirer des accords de Bretton Woods.

    Si vous êtes OK avec cette affirmation pouvez-vous me donner les ratios exactes pour ces deux années:
    1962 (fin de la guerre d’Algérie et indépendance totale accordée par le général de Gaulle)

    et 1971 (fin des accords de B W avec la France et 43 autres états)

    Dans cette attente, je vous remercie et vous envoie une info intéressante.

  2. By Placide Muhigana

    Quelle que soit la méthode utilisée on se rend compte qu’un Français produit en moyenne environ 7 ou 15 fois plus qu’un Africain.

    Les quelques 60 millions de Français produisent 50% ou autant que ce que produisent 1 milliards d’Africains, pétroliers, gaziers, etc. y compris.

    La France c’est pas un petit joueur !

  3. By Maodo

    Je pense que nous africains, nous avons eu le malheur très tôt dans ce monde, d’avoir été les esclaves de la révolution industrielle. Depuis cette époque avec l’avènement de la colonisation de nos peuples, on a subi toutes formes de maltraitances en nous contentant juste de jouer les seconds rôles dans le processus du Leadership mondial.
    Pour avoir accusé ce retard depuis l’aube des temps, on ne peut s’affirmer avec dignité pour réussir à proposer quelque chose dans ce forum des peuples dits civilisés.
    Aujourd’hui, on décide pour nous, on produit pour nous, on fabrique pour nous, on achète pour nous, on réfléchit pour nous, on transforme pour nous, on exploite pour nous. Notre seule compétence est de bazarder et de piller nos ressources au profit de la seule classe artificielle de serviteurs du Maître.Pendant ce temps, le digne peuple propriétaire de ces richesses est en train de mourir à petit feu.
    De grâce, mes chers compatriotes africains, organisons nous pour aller vers la conquête de nos libertés démocratiques et de notre dignité humaine….à suivre.

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