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Les voyageurs africains ont-ils introduit le virus Zika au Brésil ? Peu probable

Des médecins accusent les Africains d’avoir introduit le virus Zika en Amérique du Sud où une augmentation du nombre de bébés nés avec un cerveau sous-développé a été enregistrée. Est-ce plausible ?

Par Sarah Wild

Au Brésil, 404 bébés sont nés en 2015 avec une microcéphalie : une malformation à travers laquelle le cerveau du fœtus ne se développe pas correctement dans l’utérus. Des milliers d’autres cas sont à l’étude.

Sur ces nouveau-nés, 17 ont été infectés par le virus Zika, une maladie transmise par un moustique, et 76 sont morts. En raison de ces développements, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré l’épidémie de Zika une « urgence de santé publique de portée mondiale’’, au début du mois de février 2016.

Les autorités sanitaires sont en train de voir, si le virus Zika, découvert en Ouganda, est à l’origine de l’augmentation des cas de microcéphalie. Les touristes africains ont été accusés d’avoir introduit le virus au Brésil. NPR rapportait, au début du mois de février, que «  des médecins spéculent sur une probable introduction par des visiteurs africains pendant la Coupe du monde [de football en 2014] ».

Des médecins de l’Institut de médecine tropicale de Sao Paulo indiquent que c’est « l’hypothèse la plus plausible » pour l’épidémie de Zika au Brésil.

D’autres organes de presse (The GuardianReuters et Mail & Guardian) pointent du doigt soit un visiteur africain soit un ressortissant d’Océanie.

Pourquoi les Africains sont indexés?

Les moustiques Aedes dans un bocal au laboratoire de l’Institut de sciences biomédicales de l’Université de Sao Paulo, en janvier 2016. / AFP / NELSON ALMEIDA

Les moustiques Aedes dans un bocal au laboratoire de l’Institut de sciences biomédicales de l’Université de Sao Paulo, en janvier 2016. / AFP / NELSON ALMEIDA

Les articles de presse ne donnent pas de sources pour cette affirmation. Les sites officiels du gouvernement brésilien et du ministère de la Santé n’en mentionnent pas non plus.

Les autorités sanitaires brésiliennes n’ont pas répondu aux nombreuses requêtes d’Africa Check qui voulait savoir si elles avaient initialement indexé les touristes africains pour l’épidémie de Zika et si c’est toujours le cas.

La source la plus proche qu’Africa Check a pu trouver est une déclaration de la présidente du Brésil Dilma Roussef qui disait que « le virus Zika, transmis par un moustique, n’a pas de nationalité. Il a débuté en Afrique, a touché l’Asie du Sud-est, l’Océanie et maintenant l’Amérique Latine. Et cela a été un processus extrêmement rapide, qui a débuté l’année dernière ».

Les premiers cas enregistrés dans les années 1950

En vérité, la migration du virus Zika d’Afrique vers le Brésil a pris des décennies. Et pour cela, il a fallu un long détour, comme le montre la littérature scientifique.

Le virus a été d’abord isolé chez un singe rhésus dans la forêt de Zika, en Ouganda en 1947, par des scientifiques qui étudiaient la fièvre jaune. En 1952, un article décrivant la maladie chez des hommes en Ouganda et en Tanzanie, a été publié.

Le Zika est un flavivirus, une famille de virus qui sont d’habitude portés par les tiques et les moustiques, et sont très proches des autres maladies comme la dengue, la fièvre jaune et l’encéphalite japonaise.

Entre 1952 et 1981, des infections au virus Zika ont été signalées dans plusieurs pays africains, et plus tard dans des régions d’Asie, dont l’Inde, la Malaisie, les Phillipines, la Thaïlande, le Vietnam et l’Indonésie.

De l’Afrique et l’Asie vers l’Océanie

Des médecins en train de scanner le cerveau pour détecter une éventuelle microcéphalie à l’hôpital Obras Sociais Irma Dulce de Salvador, au Brésil, en janvier 2016. PHOTO /AFP / CHRISTOPHE SIMON

Des médecins en train de scanner le cerveau pour détecter une éventuelle microcéphalie à l’hôpital Obras Sociais Irma Dulce de Salvador, au Brésil, en janvier 2016. PHOTO /AFP / CHRISTOPHE SIMON

Jusqu’en 2007 le virus n’a été diagnostiqué nulle part dans le monde, en dehors de ses zones endémiques d’Afrique et d’Asie.

Durant cette année, une épidémie a été signalée sur l’île de Yap en Micronésie (elle avait touché presque 75% de la population), avant de s’étendre à la Polynésie Française en 2013 et 2014 puis à d’autres îles du Pacifique.

Les moustiques Aedes – un genre de moustiques que l’on rencontre partout dans le monde – sont considérés comme les principaux vecteurs de la maladie, tout comme les personnes infectées. Quand les moustiques piquent une personne qui a le virus, ils sont infectés à leur tour et transmettent ainsi le virus à toute personne qu’ils piquent. On signale également des cas de transmission par voie sexuelle.

Les différentes souches du virus Zika

En analysant l’évolution du virus Zika, les scientifiques croient que le virus s’est répandu de l’Afrique vers l’Asie et non l’inverse, a expliqué à Africa Check le Docteur Petrus van Vuren de l’Institut national des maladies infectieuses d’Afrique du Sud.

« Il n’est toutefois pas impossible que le virus soit présent en Asie bien avant sa découverte intervenue plus tard », a-t-il dit.

A cause de cela, trois différents génotypes, ou ensembles de gènes, du virus Zika se sont développés: l’africain (Est et Ouest) et l’asiatique, a confié à Africa Check, le Docteur Anna-Belle Failloux, chef du service des arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur de Paris.

Des tests ADN ont montré que le virus Zika qui a touché le Brésil est la souche asiatique. Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, aux Etats-Unis d’Amérique, a expliqué à Africa Check que c’est pour cela qu’il est peu probable qu’il soit venu d’un pays d’Afrique.

« La souche du virus Zika découverte au Brésil était plus proche de la souche asiatique qui circulait en Polynésie française », selon le Centre américain.

Comment le virus s’est-il introduit en Amérique Latine?

Des manifestants arborant des costumes grecs pour sensibiliser sur la nécessité de prévenir la propagation du virus Zika en perspectives des JO de Rio 2016. Photo AFP

Des manifestants arborant des costumes grecs pour sensibiliser sur la nécessité de prévenir la propagation du virus Zika en perspectives des JO de Rio 2016. Photo AFP

Dans un communiqué sur le virus Zika, l’Institut national des maladies transmissibles dit : « On pourrait dire qu’une grande infiltration de moustiques ou de voyageurs infectés soit nécessaire avant qu’un arbovirus ne s’établisse dans une nouvelle zone, parce que le virus a besoin de s’introduire dans de véritables agents pathogènes ainsi qu’une population réceptrice du même ordre ».

Sur la question de savoir comment le virus s’est introduit au Brésil, Failloux a declaré à Africa Check qu’il était plus probable qu’il le soit par le biais d’un voyageur infecté. « Nous ne pouvons pas totalement écarter la possibilité d’un moustique infecté, arrivé à bord d’un avion [… mais le] moyen le plus probable de transférer le virus d’un continent à un autre se fait par voie humaine ». Le virus dans 80% des cas ne donne aucun symptôme », ajoute-t-elle.

Cependant, aucun pays du Pacifique où Zika reste endémique n’a participé à la dernière coupe du monde de football en 2014 au Brésil, fait remarquer Didier Musso de l’Institut Louis Malardé à Tahiti en Polynésie française, dans un article. Mais précise-t-il, tout juste après la coupe du monde de football, des équipes en provenance de la Polynésie Française, la Nouvelle-Calédonie, les Iles Cook et l’île de Pâques (où Zika a circulé en 2014) ont participé à une compétition internationale de canoé à Rio de Janeiro.

Néanmoins, il ne s’agit pas ici d’un lien direct avec l’actuelle épidémie, parce qu’il est aussi possible que Zika soit arrivé au Brésil avant. Le premier cas au Brésil a été confirmé après des tests de laboratoire en mai 2015, mais avant cela il y avait  le « syndrome de la maladie similaire à la Dengue », a-t-il déclaré à Africa Check.

Selon le centre de contrôle et de prévention des maladies, il est plus probable que le virus soit déjà en circulation avant mai 2015 et ne fut identifié comme celui de Zika que la par la suite

Conclusion: il est très peu probable qu’un voyageur africain ait introduit le virus Zika au Brésil

Même si le virus Zika a été d’abord découvert en Afrique, trois différentes souches du virus existent maintenant : l’ouest africaine, l’est africaine et l’asiatique. Il a été confirmé que la souche asiatique est à l’origine des cas diagnostiqués au Brésil.

Il est possible que le virus y soit introduit par un voyageur infecté – peut-être d’Océanie qui a enregistré les premiers cas de Zika en dehors des zones endémiques d’Afrique et d’Asie – pendant un évènement sportif, soit la coupe du monde 2014 de football soit lors du tournoi international de canoe qui s’est tenu juste après.

Il est également possible que le virus soit présent au Brésil bien avant ces événements et qu’il ait été mal diagnostiqué.

Traduit de l’anglais par Assane Diagne

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