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L’image du « massacre » de Boko Haram est fausse

Une image choquante circulant sur Facebook et Twitter est présentée comme la photo montrant les corps de 375 chrétiens assassinés par les insurgés de Boko Haram au Nigeria. Mais cette image que l’on fait passer comme preuve est fausse.

Par Kate Wilkinson et Julian Rademeyer

Article actualisé – 12 janvier 2015: Ce reportage a été publié en juillet 2014. C’est une enquête sur des propos selon lesquels une image circulant sur les médias sociaux montrait les corps brûlés de 375 chrétiens massacrés par les militants de Boko Haram. En réalité, l’image montrait plutôt les dégâts de l’explosion d’une citerne de carburant en République Démocratique du Congo.

En janvier 2015, l’image s’est propagée comme un virus encore une fois à la faveur de reportages faisant état de dizaines, de centaines voire plus de 2.000 personnes massacrées lors d’attaques de Boko Haram sur la ville de Baga et les villages environnants, dans le Nord-Est du Nigeria.

Si l’image (en tant que preuve du massacre) est fausse, les tueries autour de Baga étaient vraies. Amnesty International a décrit la tuerie comme « le massacre le plus meurtrier » dans l’histoire de Boko Haram et qu’il y avait des informations inquiétantes au sujet de corps jetés dans la brousse et dans les rues des villages neuf jours après.

L’image est horrible. Des dizaines de corps calcinés disposé en rangées sous le soleil. Dans l’arrière-cour près d’un bâtiment de en ruines avec un toit métallique rouillé, policiers, soldats et soignants semblent désespérés. Certains portent des masques pour éviter l’odeur. La légende accompagnant la photo est la suivante : « Boko Haram brûle 375 chrétiens ».

Le groupe militant nigérian (qui s’est fait une réputation internationale en avril 2014 quand il a enlevé plus de 200 collégiennes) a été cité dans des centaines de massacres et des dizaines d’atrocités et de bombardements depuis son lancement en 2009 à travers une insurrection armée destinée à renverser le gouvernement et à instaurer un Etat islamique. Tout récemment, le groupe a été associé à des attaques contre des villages dans le Nord-Est du Nigeria où des églises ont été incendiées et plus de 40 personnes tuées. On lui reproche également son implication dans l’explosion d’une voiture qui a fait au moins 56 morts.

Rien que cela semblerait suffisant pour donner de la crédibilité à l’image. Mais est-ce vraiment l’image des dégâts du massacre de 375 chrétiens ? Où cette image a-t-elle prise et quand ? Peut-il s’agir de faux ?

Un lecteur a contacté Africa Check via Facebook pour nous demander d’enquêter.

(Attention: certains liens ci-dessous contiennent des images troublantes)

Puissante propagande

L'image brouillée de la photo des victimes de l'explosion de la citerne de carburant que l'on fait passer pour celle des victimes de Boko Haram. Photo AFP

L’image brouillée de la photo des victimes de l’explosion de la citerne de carburant que l’on fait passer pour celle des victimes de Boko Haram. Photo AFP

Les images fausses et truquées sont devenues de puissants outils de propagande sur les réseaux sociaux. Et souvent ils versent dans les nouvelles macabres.

En 2012, la BBC s’était empêtrée dans des difficultés, après avoir publié une photo fournie par un « activiste » sur un massacre en Syrie. en réalité, l’image avait été prise en mars 2003 en Irak.

En Ukraine, lors d’une offensive contre les rebelles pro-Russie, le site de fact-checking StopFake.org a exposé un certain nombre d’exemples d’images truquées et fausses pour illustrer des atrocités qui n’ont jamais eu lieu. Une image largement partagée sur Facebook montrait la ville de Donetsk à feu. Elle avait été intelligemment retouchée par Photoshop.

Une autre photo plus horrible a été publiée par un site web russe. Elle prétendait montrer un Ukrainien en train de manger le bras d’un Russe. En réalité, le bras en question était un bras de film et l’homme qui le tenait était un fabricant d’accessoires de film, acteur dans un film de 2008.

En Afrique, une image prise en République Centrafricaine montrant des soldats en train de tuer un homme avait été publiée sur Twitter comme preuve d’un homosexuel « tué à coups de pierre par la police » en Ouganda.

Massacre ou explosion d’une citerne de carburant ?

Sur cette photo de Reuters, les corps de 230 victimes de l'explosion de la citerne de carburant à Sange. Photo AFP

Sur cette photo de Reuters, les corps de 230 victimes de l’explosion de la citerne de carburant à Sange. Photo AFP

Donc comment peut-on relater des faits tirés de la fiction? Heureusement il y a des outils qui existent en ligne pour aider à détecter le faux et les canulars sur la toile. Nous avons téléchargé la photo sur la fonction de recherche d’images de Google. Et nous avons sélectionné parmi les résultats obtenus. (Note : Nous avons édité la photo du massacre pour masquer les corps. Vous pouvez regarder l’image originale ici. Mais attention, elle est extrêmement horrible).

Nous avons vite découvert que l’image était également authentique. Mais même si elle décrivait un événement réel, elle n’est pas la preuve d’un massacre ou, pour le cas précis, celle du massacre de 375 chrétiens. Elle illustre plutôt les dégâts de l’explosion d’une citerne de carburant survenue à près de 2.000 kilomètres du Nigeria, en République Démocratique du Congo.

La tragédie, qui a eu lieu exactement quatre ans jour pour jour, avait fait 230 morts et 190 blessés. Apparemment, la citerne de carburant s’était renversée en dépassant un bus. Des curieux essayaient de récupérer le carburant qui s’échappait du camion quand celui-ci prit feu probablement à cause d’une cigarette allumée. Beaucoup d’entre eux s’étaient rassemblés à proximité du lieu pour suivre un match de la Coupe du monde de football.

En raison de son caractère violent, l’image des corps calcinés n’était pas largement publiée par la presse mais elle a effectivement circulé sur l’Internet.

Conclusion: l’image du massacre est fausse

Pour savoir si le prétendu massacre de 375 chrétiens par Boko Haram et l’explosion de la citerne étaient l’unique et le même incident, nous avons examiné des séquences de nouvelles télévisées et les images des principales agences de presse.

L’image la plus éloquente est celle publiée par Reuters sur son site web. Elle montre une rangée de corps recouverts de draps. Sur cette image et celle du prétendu « massacre », on aperçoit le même bâtiment avec le même toit en métal rouillé, la même fenêtre. Les uniformes des soldats et les gilets de la Croix-Rouge portés par les secouristes sont aussi les mêmes.

Il est vrai donc que l’image du « massacre » a été injustement utilisée comme preuve des atrocités au Nigeria et même des endroits aussi éloignés que la Birmanie. Par exemple, elle a été faussement présentée comme preuve d’une attaque contre 500 chrétiens par des musulmans au Nigeria. L’affirmation avait été démontée par les sites Hoax-Slayer et LoonWatch.com.

De la même manière que l’image a été utilisée comme « preuve » des atrocités commises par des musulmans sur des chrétiens, elle a été également utilisée pour « prouver » l’assassinat de musulmans par des moines bouddhistes.

Plusieurs sites d’information, qui ont vu le jour pendant la vague de violence religieuse en Birmanie, soutenaient que l’image était celle d’une « violence systématique » contre les musulmans. En réalité, elle a été tellement utilisée dans ce contexte que Google suggère le terme de recherche « musulmans birmans ».

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