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Macky Sall a-t-il investi plus de 70 milliards FCFA pour lutter contre les inondations?

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Depuis l’arrivée de Macky Sall au pouvoir en 2012, plus de 70 milliards de francs CFA ont été investis dans la réalisation d’ouvrages de lutte contre les inondations au Sénégal, selon le porte-parole du gouvernement Seydou Guèye. L’enveloppe réelle tourne autour de 100 milliards de francs, selon le décompte fait par Africa Check.

Par Samba Dialimpa Badji

Au sortir du Conseil interministériel sur les inondations, le 30 juin dernier, le ministre-conseiller, porte-parole du gouvernement, Seydou Guèye, a déclaré que « depuis 2012 le gouvernement a dépensé plus de 70 milliards de F CFA et relogé plus de 2.000 ménages », dans le cadre de la gestion des inondations

La déclaration a d’ailleurs fait la Une du quotidien Le Soleil le lendemain. Et l’article a été largement repris par une grande partie des sites Internet du pays.

Africa Check a vérifié.

Quelle est la source de Seydou Guèye ?

Contacté par Africa Check, Seydou Guèye a confirmé ses propos, tout en admettant ne pas avoir le chiffre exact sur ce que le gouvernement a investi dans le cadre de la lutte contre les inondations depuis 2012. Mais il a dit être sûr que cela est bien au-delà des montants qu’il a avancés.

Quelle était la situation avant 2012 ?

Les inondations ont poussé plusieurs familles à abandonner leurs maisons. Photo AFP.

Les inondations ont poussé plusieurs familles à abandonner leurs maisons. Photo AFP.

Depuis le milieu des années 2000, les inondations sont devenues un cauchemar pour les autorités sénégalaises qui, depuis lors, sont à la recherche de la bonne formule pour y mettre un terme.

Le plan Jaxaay fut la première réponse de grande envergure du gouvernement face aux inondations. Doté d’un budget de 52 milliards de francs CFA, ce plan a été initié en août 2005 par le président de la République d’alors Me Abdoulaye Wade, suite aux inondations qui avaient touché une grande partie de la banlieue dakaroise.

Le Plan Jaxaay, couplé au Programme « Une famille Un toit », a été mis en œuvre par le Projet de construction des logements sociaux et de lutte contre les inondations et les bidonvilles (PCLSLIB), logé au ministère du Patrimoine bâti, de l’Habitat et de la Construction.

Il a permis de construire 3 000 logements sociaux et des ouvrages hydrauliques de drainage à Dakar et dans les régions, selon une étude réalisée par la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophe et le relèvement, un organisme financé par la Banque mondiale

Même si le Plan Jaxaay a permis de recaser plusieurs victimes des inondations, il demeure que celles-ci continuent de causer chaque année d’énormes dégâts dans la capitale et même dans les régions, comme le montre une évaluation des besoins post-catastrophes menée à la suite des inondations de 2009. Cette étude a estimé que plus de 30 000 concessions dans la région de Dakar avaient été touchées.

Qu’est-ce qui a été fait depuis 2012 ?

Contacté par Africa Check, le coordonnateur du PCLSLIB, Idrissa Tall, a indiqué que « l’Etat a changé d’approche dans sa stratégie de lutte contre les inondations, en s’appuyant sur les résultats de l’évaluation des besoins post catastrophe des inondations de 2009 et d’autres études menées notamment par la Fondation droit à la ville. Dans sa nouvelle politique, le gouvernement a décidé de mettre l’accent sur la réalisation d’ouvrages de drainage ».

« C’est ainsi qu’au sortir d’un Conseil présidentiel sur les inondations en septembre 2012, le gouvernement a mis en place un Programme décennal de gestion des inondations (PDGI) », a-t-il rappelé.

Le budget de ce programme exécuté sur la période 2012-2022 est estimé à 766 milliards de francs CFA

Un problème, trois acteurs

Aujourd’hui, trois acteurs majeurs interviennent dans le cadre de la gestion des problèmes liés aux inondations dans le pays. Il y a d’abord le PCLSLIB qui a en charge la gestion des inondations depuis 2005, à travers notamment le Plan Jaxaay.

« Depuis 2012, ce projet a injecté dans le cadre de la phase d’urgence du PDGI, 22 milliards pour la viabilisation de sites d’habitation et la construction de 2.000 logements sociaux à Tivaouane Peulh et Niagha », a souligné M. Tall.

Le projet a aussi consacré 5,6 milliards de francs à la réalisation de réseaux de drainage des eaux pluviales à Benne Baraque, Hafia, Daroukhane Rufisque et Keur Mbaye Fall, selon lui.

L’autre acteur majeur de la lutte contre les inondations est l’Agence de développement municipal (ADM), à travers le Projet de gestion des eaux pluviales et d’adaptation aux changements climatiques (PROGEP).

Ce projet lancé en 2013 prendra fin en 2019. Il est doté d’un budget global de 57,9 milliards de francs CFA. Le coordonnateur du PCLSLIB affirme qu’à ce jour le PROGEP a investi 37 milliards de francs CFA pour la réalisation d’ouvrages de drainage. Toutefois, selon des documents de l’ADM consultés par Africa Check, le PROGEP a déboursé 15 milliards de francs CFA dans sa première phase, pour la construction d’ouvrages hydrauliques et de voiries en pavés autobloquants.

32 milliards investis par le PROGEP

Une vue aérienne d'un quartier de la banlieue de Dakar avec des bassins de rétention d'eaux de pluie. Photo PROGEP.

Une vue aérienne d’un quartier de la banlieue de Dakar avec des bassins de rétention d’eaux de pluie. Photo PROGEP.

Ils ont été construits dans les quartiers de Dalifort, Wakhinane Nimzatt, Bagdad, Nietty Mbar, Yeumbel Nord et Sud, Médina Gounass et Malika. Les mêmes documents montrent que le PROGEP en est à 17 milliards de francs CFA investis à Mbeubeuss et à Yeumbeul Nord. Ce qui fait un total de 32 milliards.

Mais selon le chargé de communication de l’ADM, Bachir Fofana, « en plus de la réalisation d’ouvrages physiques, de l’argent a été dépensé pour mener des études et des travaux de planification stratégique, tout comme la sensibilisation des populations ». Si on prend en compte ces aspects on devrait se retrouver avec le montant avancé par le coordonnateur du PCLSLIB, les 37 milliards de francs CFA, a-t-il souligné.

Le troisième intervenant est l’Office national de l’assainissement (ONAS) qui relève du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement qui a réalisé des réseaux de drainage des eaux pluviales de Bambey, Touba et CICES Ouest Foire. L’ONAS a également réhabilité les stations de Grand Yoff, de l’autoroute à péage, de la Zone de Captage. « Tous ces ouvrages ont nécessité un budget de 37 milliards de francs CFA. Cette somme a aussi servi à la réhabilitation des réseaux de Dakar, Saint-Louis, Kaolack, Matam et Thiès », selon Idrissa Tall.

Conclusion : le porte-parole du gouvernement a sous-estimé le montant investi

Depuis 2012, le montant total des sommes investies dans ce secteur dépasse largement les 70 milliards, selon les informations disponibles.

Sur la base des montants fournis par  le Projet de construction des logements sociaux et de lutte contre les inondations et les bidonvilles, les trois structures intervenant dans la lutte contre les inondations — PCLSLIB, PROGEP et ONAS – ont investi 101,6 milliards de francs depuis 2012.

Cette enveloppe a essentiellement servi à réaliser des ouvrages de drainage des eaux, conformément à la « nouvelle approche » de lutte contre les inondations, selon Idrissa Tall, coordonnateur du Projet de construction des logements sociaux et de lutte contre les inondations et les bidonvilles (PCLSLIB).

Edité par Assane Diagne

© Copyright Africa Check 2016. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".

Comment on this report

Comments 3
  1. By dialimpa

    Merci à tous pour l’intérêt que vous portez à cet article. Vous soulevez là une question pertinente. Seulement notre travail de fact-checking portait sur une déclaration bien précise, nous avons procédé à la vérification et les sources disponibles nous ont permis de tirer la conclusion dans cet article. Pour ce qui est de l’impact réel de cet investissement sur le terrain cela demande un autre travail que nous espérons que d’autres confrères pourront faire.

  2. By Placide Muhigana

    Au delà des chiffres, est-ce que les travaux divers effectués ont significativement changé la situation dans tous ces quartiers avec les pluies qui tombent abondamment sur Dakar et sa banlieue depuis quelques jours.

    • By Touré

      C’est ça la véritable question à poser mais pas un ensemble de chiffres balancés ça et là de toute façon invérifiable comme d’hab. Ce qui serai intéressant à savoir c’est est ce que ce tout cet argent là a au moins eu un impact sur le vécu de ses population là…

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