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Nigeria: Buhari a-t-il raison de dire que Boko Haram « n’a plus de territoire »?

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Lors d’une rencontre avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, le Président du Nigeria Muhammadu Buhari a indiqué que le groupe islamiste Boko Haram « ne contrôle actuellement aucune partie du territoire » national. Est-ce vrai ?

Par Ben Ezeamalu

Le chef de l’Etat nigérian Muhammadu Buhari a récemment déclaré que le groupe islamiste Boko Haram a été poussé dans une « position de repli » et qu’il « ne contrôle aucune partie du territoire » nigérian.

Buhari intervenait lors d’une rencontre, le mois dernier, avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. Auparavant, il avait soutenu que le Nigeria avait « tehchniquement gagné la guerre » contre Boko Haram. En juillet 2014, ce groupe est passé d’une stratégie d’attaques de guérilla contre les forces de sécurité à la recherche et au contrôle de larges parties du territoire nigérian.

Pour Buhari, une victoire sur Boko Haram est essentielle pour respecter les promesses faites lors de la champagne de l’élection présidentielle qu’il a remportée l’année dernière.

Boko Haram “techniquement vaincu”

L’insurrection armée du groupe Boko Haram a fait entre 13.000 et 17.000 morts au cours des six dernières années, entrainé la destruction de centaines de maisons, d’entreprises et d’écoles et poussé plus de 1,5 million de personnes à se réfugier.

Peu après son élection en avril, Buhari s’était fixé comme deadline le mois de décembre pour se débarrasser de Boko Haram.

Deux jours avant Noël, son ministre de l’Information, Lai Mohammed, disait à la presse qu’il pouvait affirmer  « avec confiance »  que « la guerre contre Boko Haram a été largement remportée ».

Dans une interview avec la BBC, Buhari soulignait que Boko Haram était “techniquement vaincu”. Près de 48 heures après, une série d’attaques perpétrées par des femmes kamikazes ont tué plus de 50 personnes dans le Nord-est du Nigeria.

Donc les propos de Buhari affirmant que Boko Haram ne contrôle aucune parcelle du territoire sont-ils corrects ? Qu’est-ce que cela signifie, dans la guerre contre le groupe ?

Des attaques de guérilla à la recherche d’un ‘califat’

Lancés en 2009 avec une vague d’attentats contre les forces de sécurité, les efforts de Boko Haram pour instaurer un Etat islamique ou califat dans le Nord-est du Nigeria ont connu un tournant en juillet 2014 avec une avancée rapide à travers de vastes parties du territoire dans les Etats de Borno, de Yobe et d’Adamawa.

En janvier 2015, le groupe repousse les forces gouvernementales et contrôle quatre villes dans les Etats de Borno et Yobe – Gwoza, Bama, Baga et Gulani – une superficie qui s’étend sur environ 51.800 km2.

Selon un rapport publié par le Nigeria Security Network en mars 2015, l’Etat de Borno était le plus durement touché avec environ 70% de son territoire annexé par Boko Haram.

Les offensives répétées de l’armée nigériane, aidée par des mercenaires sud-africains, ont permis, en mars 2015, la reprise de “la plupart des villes prises lors de la récente offensive de Boko Haram, y compris  Baga, Bama, Gamboru Ngala, Goniri, Dikwa, Buni Yadi, Marte et Madagali.

La principale localité entre les mains des insurgés était Gwoza, située dans une région montagneuse près de la frontière avec le Cameroun, dans le Nord-est du Nigeria que les militants Boko Haram considèrent comme la capitale du califat.

Vers la fin du mois de mars, un jour avant l’élection présidentielle, l’armée nigériane annonçait la reprise de la localité. Mais ces affirmations ont été remises en cause le mois dernier. Philemon Emmanuel, considéré comme le président d’un camp de déplacés, a dit aux journalistes, le 6 janvier dernier, que « Gwoza et les autres villes de la zone sont toujours sous le contrôle de Boko Haram ».

Des villages de l’Etat de Borno toujours occupés

Un leader communautaire à Barna, Ibrahim Bukar, a indiqué à Africa Check, que dire que toutes les régions de l’Etat de Borno ont été libérées de Boko Haram est « une exagération ».

« Nous ne sommes pas encore de retour dans notre gouvernement local », a dit Bukar, qui réside à Maidiguri, la capitale de l’Etat.

« A part la route Damaturu-Maiduguru, il n’y a pas une autre route qu’un civil peut emprunter sans problème. L’armée ne nous autorise même pas à aller seuls à Bama. Elle nous demande d’attendre son camion », a-t-il fait observer.

Muhammad Awwal, un ancien résident de la ville de Gamboru-Ngala, à Borno, a souligné que Boko Haram garde toujours des villages dans l’Etat. « Ma source à Gwoza m’a dit que Boko Haram est en train de se reconstituer autour de Ngoshe et Ashigashiya, deux localités du district de Gwoza », a précisé Awwal.

« A Kala-Balge, il y des parties qui ne sont toujours pas libérées. Dans ma circonscription aussi, il y a des endroits comme Zanari et Bulgaram qui sont toujours occupés par Boko Haram ». Awwal a en outre relevé que des villages du district de Monguno comme Zuma Kuwon et Lahadin Bida étaient toujours sous le contrôle de Boko Haram.

Le chef intérimaire du gouvernement local de Gwoza, Ibrahim Abba, a dit à Africa Check que les combattants de Boko Haram sont toujours présents à environ 6 km de la localité de Gwoza.

« Notre principal problème est maintenant l’accès à la route de Gwoza (à partir de Maidiguri) et Pulka (à partir de l’Etat d’Adamawa). Nos concitoyens qui se rendent au marché de Limankara (environ 13 km de Gwoza) ont recours aux escortes de l’armée. L’armée nous a donné la permission de retourner dans notre ville », a-t-il relevé.

Abba – qui a fui devant l’avancée de Boko Haram et qui vit maintenant à Maidiguri – a également dit à Africa Check que sur les 13 quartiers qui composent Gwoza, il n’y a pas de présence militaire sur les six.

« Nous appelons l’armée nigériane à s’y rendre. Les gosses de Boko Haram sont là pour perturber nos concitoyens. Seule l’armée camerounaise y va et quand elle y arrive, elle ne fait pas de distinction entre les habitants et les militants de Boko Haram : elle fouille tout le monde ».

En outre, l’armée nigériane doit toujours déloger les combattants de Boko Haram de leur fief de 60.000 km2 dans la forêt de Sambisa, dans l’Etat de Borno.

«Des bases opérationnelles mais pas d’administration »

Un analyste en sécurité et membre du Nigeria Security Network, Ryan Cummings, a dit que l’affirmation de Buhari selon laquelle Boko Haram ne détient plus aucune parcelle du territoire était « difficile à évaluer parce qu’il n’y a pas d’informations indépendantes en provenance des zones rurales et du Nord-est du Nigeria, surtout l’Etat de Borno où l’essentiel des actes de violence sont enregistrées ».

Tout récemment, l’armée nigériane a déclaré avoir délogé Boko Haram des zones du gouvernement. Ce qui atténue les propos tendant à faire croire que celles-ci ont été récupérées.

« Il est question de savoir comment déterminer ce qu’est un territoire occupé. Il faut honnêtement dire que Boko Haram ne gouverne plus de territoire mais il dispose de bases opérationnelles dans les zones rurales du Nord-est du Nigeria », a dit Cummings.

Conclusion: les propos de Buhari selon lesquels Boko Haram « ne détient plus de territoire » sont exagérés

Même s’il semble que Boko Haram a été chassé de la plupart des localités, il est prouvé qu’il détient toujours des territoires et qu’il a des bases opérationnelles dans des lointaines zones rurales comme la forêt de Sambisa. Des personnes déplacées signalent également que des militants sont toujours actifs dans des localités comme Gwoza et Monguno.

Son affirmation selon laquelle Boko Haram a été défait techniquement est critiquée par des analystes pour qui cette défaite n’en est pas une. Le gouvernement du Nigeria a effectivement cherché à assimiler la défaite de Boko Haram à une perte de territoire.

« La prise de de territoire par Boko Haram n’a duré que six mois sur six ans de rébellion », a expliqué Cummings. Il semble qu’il ne cherche plus à occuper des territoires en ce moment, parce qu’un tel exercice demande beaucoup de ressources », selon lui.

« C’est toujours une mauvaise idée pour les leaders d’un pays de déclarer la mort de groupes très terroristes », a confié à l’AFP, Max Abrahams, professeur assistant en sciences politiques, à la Norheastern University de Bolton. « L’histoire montre que les groupes terroristes sont extrêmement difficiles à éradiquer une fois qu’ils atteignent une masse critique. La vérité est qu’il est facile de perpétrer des actes de terrorisme ».

Historiquement, la stratégie de Boko Haram n’était pas centrée sur le contrôle de territoire ou sur des opérations militaires conventionnelles, mais plutôt sur la tactique de la guérilla et des attentats-suicides qui terrorisent et démoralisent.

Même s’il semble que Boko Haram n’administre plus de territoires importants et qu’il ne peut plus lancer d’attaques militaires conventionnelles, son insurrection demeure mortelle. La récente série d’attentats-suicides qui ont fait des dizaines de morts et de blessés en est la preuve.

L’affirmation de Buhari aurait été plus juste s’il avait dit que Boko Haram n’administre plus de territoire ou qu’il ne détient plus de villes principales. Dire qu’il « n’a plus de territoire » est exagéré. Le conflit est en effet loin d’être terminé.

Traduit de l’anglais par Assane Diagne

© Copyright Africa Check 2016. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".

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  1. By http://www.2v-interim.fr

    Les partisans de Buhari declarent qu’il a ete renverse par des personnes corrompues de son gouvernement qui avaient peur d’etre traduites en justice alors que sa politique commencait a montrer des resultats en termes de discipline publique, de lutte contre la corruption, de reduction de l’inflation et de productivite. Ibrahim Babangida justifie de son cote son coup d’Etat en evoquant l’echec de Buhari dans la resolution des problemes economiques du pays et promet de « revitaliser l’economie ravagee par des decennies de mauvaise gestion du gouvernement et de corruption »

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