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Non, les instituteurs ivoiriens ne sont pas les mieux payés d’Afrique

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Les instituteurs ivoiriens sont les mieux payés d’Afrique et sont mieux traités que leurs collègues chinois, a affirmé la ministre ivoirienne de l’Education nationale. Ces propos sont-ils conformes à la réalité ?

Par Assane Diagne

« Les instituteurs adjoints titulaires d’un Brevet de premier cycle (BEPC), gagneraient plus de 300.000 FCFA par mois, là où ceux diplômés du Baccalauréat ont plus de 400.000 FCFA mensuellement », rapporte le site koaci.com.

« Aucun enseignant ne gagne cette somme dans un pays africain. Même en Chine où le système scolaire est le plus relevé du monde », a souligné la ministre de l’Education nationale, Kandia Camara. Elle déplorait la menace de grève du syndicat des instituteurs, malgré les efforts du gouvernement pour améliorer leurs conditions.

Africa Check a examiné cette déclaration.

Quelles sont les preuves de cette affirmation ?

Africa Check a contacté Said Dosso, assistant en communication du ministère de l’Education nationale de la Côte d’Ivoire, qui a confirmé le contenu de l’article publié par le site koaci.com.

« C’est une moyenne qu’elle [la ministre] a donnée. Ce salaire fait partie des plus hauts salaires du continent. Quand on donne une moyenne, il y a des hauts et des bas », a expliqué M. Dosso.

Mais, a-t-il nuancé, « cela fait partie des plus hauts salaires en Afrique francophone ».

Quelle est donc la situation en Afrique francophone ?

Nous avons vérifié les niveaux des salaires des certains pays d’Afrique francophone.

Au Cameroun, la Direction de la solde du ministère de l’Economie et des Finances a confié à Africa Check que le salaire de base d’un instituteur de la fonction publique tourne autour de 90.000 CFA. Un montant confirmé par camerinfo.net qui signale le solde de base d’un instituteur est de 90.321 CFA.

Ce salaire peut atteindre les 150.000 CFA en fonction de plusieurs facteurs dont l’ancienneté, le diplôme d’entrée…

kandian-camara

Photo de la page Facebook de Kandia Camara, ministre de l’Education nationale de la Côte d’Ivoire

Au Gabon, le salaire dépend de la classe où est logé l’enseignement au niveau de la fonction publique. Louis Patrick Mombo, secrétaire général de la Convention nationale des syndicats du secteur de l’éducation (CONSASYED), a confié à Africa Check que les classes vont de C à A. « Donc là où certains peuvent avoir un peu plus de 200 000 d’autres peuvent se retrouver avec un salaire de 700 000 et même 800 000 francs », a-t-il fait observer.

Les Marocains sont au même niveau de traitement que leurs collègues ivoiriens. Au Maroc, un instituteur commence avec 6.800 dirhams (409.000 francs CFA), si l’on se base sur la fiche de calcul des salaires disponible sur le site du ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration.

Par contre, en Tunisie, un instituteur est moins bien loti. Un  débutant gagne environ 600 dinars (159.000 francs CFA). Ce salaire peut monter jusqu’à 700 dinars en fonction de l’ancienneté. D’ailleurs, dans un communiqué rendu public en septembre 2015, le gouvernement tunisien annonçait son intention de porter ce salaire à 777 dinars (206.250 francs CFA) en 2019, soit bien en deçà de celui de leurs collègues ivoiriens.

Les mieux payés –les professeurs d’école — peuvent percevoir jusqu’à 930 dinars (239.000 francs) –

Qu’est-ce qui est appliqué hors zone francophone ?

En Afrique du Sud, par exemple, les salaires varient  entre 1.300 et 1.600 dollars (763.000 à 930.000 FCFA), indique l’Organisation nationale des enseignants professionnels d’Afrique du Sud.

Tout le contraire de leurs collègues du Nigeria où, selon les recoupements effectués par le correspondant d’Africa Check, Ben Ezeamalu, le traitement des instituteurs dépend des Etats et du niveau de qualification. Dans celui de Lagos, un instituteur du public démarre avec un salaire mensuel 50.000 nairas (94.200 francs).

Dans les autres Etats, le salaire peut aller jusqu’à 45.000 nairas (84.000 francs) par mois. Dans le Delta, c’est autour de 45.000 nairas. Dans les autres Etats, l’instituteur démarre avec un salaire beaucoup plus bas d’environ 22.000 nairas (41.400 francs).

Le paiement d’un salaire minimum est devenu le cheval de bataille du syndicat national des enseignants, le National Union of Teachers (NUT).

Au Cap-Vert, la situation est quasi identique avec celle de la Côte d’Ivoire. Dans un document intitulé « Journée mondiale des enseignants 2014: les défis des enseignants dans les pays du Sahel », l’Unesco souligne que les enseignants du primaire sont payés environ 22  dollars US (12.800 francs) par jour. Cela fait un salaire mensuel d’environ 384.000 francs CFA.

Autre pays, autre réalité, avec l’Egypte, le seul pays d’Afrique cité dans l’enquête de la fondation Varky Gems sur le statut social des enseignants. Cette ONG cherche à améliorer l’offre d’éducation des enfants défavorisés et à promouvoir l’excellence dans l’enseignement à travers le monde.

Ce document publié en 2013 souligne que le salaire annuel moyen de 10.604 dollars (519.000 francs par mois) en Egypte.

Quid de la Chine ?

Kandia Camara a comparé son pays avec la Chine. Mais l’ambassade de Chine en France souligne qu’entre 1985 et 2003, le salaire des enseignants des écoles primaires et secondaires de son pays a connu des augmentations sucessives dont le cumul fait 13.000 yuans (1.137.000 francs CFA sur 18 ans). Ce qui a rendu la fonction plus attrayante.

Nous avons contacté l’ambassade de Chine en France pour voir si ce traitement a connu une évolution. Mais notre courriel n’a pas eu de réponse.

Quoi qu’il en soit, la Fondation Varkey indique, dans son rapport de 2013, que le salaire moyen annuel d’un instituteur chinois est de 17.730 dollars, soit 867.000 francs par mois.

Infographie réalisée par Africa Check

Conclusion : l’affirmation est erronée

Nous n’avons pas la prétention de faire le tour de l’ensemble des pays du continent pour vérifier cette affirmation. Nous avons juste choisi quelques pays pour comparer. Et selon les informations disponibles, avec 300.000 à 400.000 francs, les instituteurs ivoiriens ne sont ni les premiers ni les derniers de la classe en matière de traitement salarial.

Les Parités de pouvoir d’achat (PPA) ne sont pas les mêmes. Ce taux de conversion peut être différent du taux de change qui reflète les valeurs réciproques des monnaies sur les marchés financiers internationaux et non leurs valeurs intrinsèques pour un consommateur.

Cet indicateur, bien que complexe, est l’un des plus adéquats pour comparer des économies entre elles, selon la Banque mondiale.

Les Ivoiriens sont donc loin derrière leurs collègues d’Afrique du Sud et du Gabon où les salaires peuvent aller respectivement jusqu’à 900.000 francs et 800.000 francs.

Les Ivoiriens ne sont pas non plus mieux payés que les Chinois qui gagent au bas mot plus de 800.000 francs.  Des pays comme le Maroc et le Cap-Vert font également les mêmes efforts que la Côte d’Ivoire.

Edité par Samba Dialimpa Badji

© Copyright Africa Check 2016. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".

Comment on this report

Comments 6
  1. By simon

    Très bonne initiative!

  2. By Alassan mahassadi

    Faut peut-être mais ils sont parmi les mieux rémunéré. Et je doute très fort du salaire des instit en Chine ou une ouvrière ne gagne pas 100
    dollars par moi pour un jour de repos en semaine et plus de 8 heures de travail.

  3. By fulbert

    merci. mais je ne crois qu’un instituteur touche cette somme. j’ai un envie qui est instituteur Adjoint, il me disait qu’il touche autour de 150.000 cfa donc par evident l’instituteur IO touche jusqu’a 400.000 fcfa, surement que ce sont les inspecteurs de l’enseignement nationale qui touchent plus de 400.000 fcfa.

  4. By Bauer lebeni

    Cette dame devenue ministre de l’education nationale depuis 2011, dans des situations que nous connaissons tous cherche à humilier les enseignants. Je crois qu’elle mène à bien la mission a lui confié par son parrain Alassane Dramane, qui lui même étant premier ministre d’alors a instauré les salaires à double vitesse. A mon humble avis un tel ministère ne devait être dans d’une telle personne faisant montre d’une carance intellectuelle.

  5. By Souleymane

    Merci. Bonne investigation, sans parti pris. Je salue l’objectivité de ce papier.

  6. By Gale Olivier Djemis

    Merci pour ses informations vérifiées. Content de savoir que de telles initiatives existent.
    Bonne continuation

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