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Oui, la politique anti-avortement de Trump menace le financement de la santé dans le monde

L’affirmation par une sénatrice américaine que la réinstauration par Donald Trump de la politique anti-avortement appelée Mexico City Policy «met en péril 15 fois plus de fonds» est globalement correcte.

Par Jon Greenberg de Politifact

Parmi le lot de décrets adoptés par le président américain Donald Trump dans sa première semaine à la Maison Blanche, il y a un moratoire sur le financement public des organisations étrangères ayant un rapport avec le droit à l’avortement.

Cette politique dénommée «Mexico City Policy» est née sous le président Reagan, et depuis, avec régularité partisane, les présidents républicains l’appliquent et les Démocrates la rejettent.

Dans un discours la semaine dernière, une sénatrice démocrate a averti que la version de Donald Trump était plus extrême encore que celles de ses prédécesseurs républicains.

«Auparavant, sous le président Reagan et les administrations Bush, cette politique s’appliquait uniquement au financement du planning familial», a affirmé Jeanne Shaheen. «Mais sous le décret du président Trump, elle s’applique à tous les programmes relevant de l’aide à la santé mondiale. Cela signifie que [cette politique] met en péril 15 fois plus de financement et des millions de femmes et de familles».

Notre partenaire Politifact a comparé les politiques des quatre présidents républicains et conclu que, sur le papier, le nombre avancé par Mme Shaheen est globalement correct, mais des incertitudes entourent la politique de Donald Trump.

La première “Mexico City Policy”

Quand le président George W. Bush a étendu la portée de la Mexico City Policy en 2003, il a exclu le Programme d’urgence du président pour la lutte contre le sida (PEPFAR). Ce programme assistait la mère de Baron Mosima Loyiso Tantoh, tenu dans les bras du président Bush. Photo: AFP

Quand le président George W. Bush a étendu la portée de la Mexico City Policy en 2003, il a exclu le Programme d’urgence du président pour la lutte contre le sida (PEPFAR). Ce programme assistait la mère de Baron Mosima Loyiso Tantoh, tenu dans les bras du président Bush. Photo: AFP

L’administration Reagan a annoncé le lancement d’une nouvelle politique américaine de planning familial lors de la Conférence internationale sur la population et le développement à Mexico, en 1984.

Elle exigeait que toutes les organisations non-gouvernementales nationales et étrangères recevant des fonds américains acceptent de ne pas pratiquer ou promouvoir l’avortement comme méthode de planning familial à l’étranger. Cela s’appliquait aux programmes américains de planning familial gérés par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

Le président George H. W. Bush a laissé la politique de Reagan en place. Bill Clinton l’a révoquée, et le président George W. Bush l’a remise en vigueur en la concentrant toujours sur le planning familial au travers de l’USAID.

Cependant, en 2003, le président Bush a étendu la portée de cette politique, ordonnant au secrétaire d’État de l’appliquer à «toute l’assistance volontaire au planning familial». Tout en faisant cela, George Bush a exclu un certain nombre de groupes et programmes.

«Les organisations concernées n’incluent pas les organisations multilatérales qui sont des associations gouvernementales», a écrit le président Bush. «Cette politique ne s’appliquera pas à l’aide étrangère fournie en application de la Loi du Commandement Américain contre le VIH/Sida de 2003” (United States Leadership Against HIV/AIDS, Tuberculosis, and Malaria Act).

Bush a ainsi exempté certains des programmes de santé globale les plus étendus et notoires. Ces programmes, comme des experts l’ont expliqué à Politifact, ont éclipsé les autres programmes au Département d’État qui auraient été affectés par le décret de Bush.

On ne sait pas comment l’administration Trump va interpréter le décret

La note présidentielle de Donald Trump pour rétablir la «Mexico City Policy» est plus large. Outre la direction de l’USAID, elle est aussi adressée au département d’État et au département de la Santé et des Services sociaux.

«J’ordonne au secrétaire d’État, en coordination avec le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, dans la mesure prévue par la loi, de mettre en place un plan afin d’étendre les exigences de la politique rétablie à l’assistance à la santé mondiale fournie par tous les départements ou agences».

La phrase clé est «l’assistance à la santé mondiale fournie par tous les départements ou agences». L’ordonnance de Trump ne prévoit aucune exception.

Il n’est pas clair de quelle manière l’administration Trump va interpréter ces mots. Nous avons interrogés le service de presse de la Maison Blanche pour des explications, mais n’avons pas eu de réponse. Les experts que nous avons contactés nous ont avoué être eux-aussi incertains.

Le financement de la santé mondiale atteint 10 milliards de dollars par an

Le conduit des programmes de santé globale et de planning familial aux États-Unis est plus compliqué que vous ne pensez. Les agences gouvernementales américaines collaborent souvent avec des ONGs qui sous-traitent à de plus petites organisations dans le monde entier.

Jennifer Kates, directrice de la politique de santé globale à la Kaiser Family Foundation, dit que cela rendait plus difficile d’observer l’impact réel du décret.

«Toutes les organisations qui servent directement ou indirectement le soutien à la santé globale du gouvernement américain n’accomplissent pas les activités interdites par cette mesure, mais déterminer cela prendra du temps», nous a expliqué Mme Kates.

Cependant, elle dit qu’en théorie la politique de Trump met beaucoup plus de financements en danger.

«Là où l’aide au planning familial représente environ 600 millions de dollars par an, le financement total à la santé globale est proche de 10 milliards de dollars», selon Kates.

Les programmes de lutte contre le Sida et le plaudisme pourraient être touchés

Les données recueillies par l’Institut de mesure et évaluation de la santé (IHME) nous permettent de déterminer exactement quels programmes Bush avait exemptés de la Mexico City Policy, mais que Trump a inclus (à voir dans le graphique des données IHME).

Bush avait conservé des fonds pour la lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose, ainsi que l’aide américaine pour des programmes impliquant plusieurs pays, les principaux étant ceux du Fonds mondial et des Nations Unies.

Additionnez-les et le total atteint 9,7 milliards de dollars. C’est environ 15 fois le montant dépensé par les États-Unis dans l’aide au planning familial, qui était le programme principal affecté au cours des trois présidences républicaines précédentes.

Mme Shaheen a affirmé que des millions de femmes et de familles pourraient être affectées. En ce qui concerne les dépenses, le principal programme de santé globale est le Programme d’urgence du président pour la lutte contre le sida, ou PEPFAR. Selon le dernier rapport au Congrès américain, le PEPFAR traitait 9,5 millions de personnes en 2015, pour un coût d’environ 6,8 milliards de dollars.

Trump, avec son secrétaire d’État Rex Tillerson et l’ambassadrice aux Nations Unies Nikki Haley, a exprimé son soutien au PEPFAR. Cependant, en théorie, puisque beaucoup de programmes contre le sida incluent une composante sur le planning familial, les programmes touchant ces personnes pourraient être affectés par la Mexico City Policy de Donald Trump.

Si la mesure s’étend aux programmes de lutte contre le paludisme, les chiffres augmentent de manière dramatique. En 2015, les dollars américains protégeaient plus de 16 millions de personnes avec des campagnes de pulvérisation à l’intérieur des domiciles, et beaucoup d’autres au travers de la distribution d’environ 30 millions de moustiquaires.

Conclusion : l’affirmation est globalement correcte

La sénatrice Jeanne Shaheen a affirmé que la Mexico City Policy de Donald Trump a une portée bien plus large comparée à ses prédécesseurs Républicains, mettant «en péril» 15 fois plus de fonds, ainsi que des millions de femmes et de familles.

Sur le papier, les chiffres corroborent cette comparaison. Les administrations Républicaines précédentes ont appliqué la mesure d’interdiction de financement de l’avortement aux programmes de planning familial, pour un total d’environ 600 millions de dollars.

Donald Trump inclut toutes les dépenses de santé globale, soit environ 10 milliards de dollars. Il ne fait aucun doute que l’approche de Trump est plus large et que des millions de personnes pourraient être affectées.

La Maison Blanche n’a pas clarifié comment la mesure serait interprétée. Sa portée pourrait être bien plus restreinte que l’ensemble des programmes mondiaux, mais Mme Shaheen a inclut la réserve que certains financements étaient «en péril», et non qu’ils seraient assurément affectés.

Il est aussi vrai que les organisations risquant des restrictions financières pourraient abandonner leurs activités liées à l’avortement, et les fonds continueraient à affluer.

Au vu de ce que nous savons pour le moment, Politifact a évalué cette affirmation comme globalement correcte.

Traduit de l’anglais par Julie Bourdin

Cet article a originellement été publié par Politifact. Retrouvez l’article original.

 

 

 

 

 

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