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Oui, le Sénégal et le Maroc sont les seuls pays francophones à diffuser en numérique

L’ancien directeur de télévision publique RTS, Mamadou Baal, a récemment dit que le Sénégal et le Maroc sont les seuls pays francophones d’Afrique diffusant en numérique. Une affirmation vraie, si et sueulement si l’on exclut l’Ile Maurice des pays francophones.

Par Assane Diagne

Mamadou Baal, membre du Comité national de pilotage de la transition de l’analogique vers le numérique (CONTAN) a indiqué, dans un reportage qui passe sur la RTS, depuis quelques jours, que le Sénégal et le Maroc sont les deux seuls francophones d’Afrique à diffuser en numérique.

« Deux pays francophones d’Afrique seulement sont en train de diffuser en numérique. L’un est maghrébin, c’est la Maroc. Le deuxième pays est le Sénégal et c’est tout. Il n’y a pas un autre », a notamment déclaré M. Baal, ancien directeur de la RTS, la télévision publique sénégalaise.

Africa Check a contacté M. Baal qui a confirmé ses propos, expliquant en outre que ce retard des pays africains dans l’adoption du numérique s’explique par « un problème d’argent » et « un manque de volonté politique ».

Qu’est ce que la télévision numérique terrestre (TNT) ? Le Sénégal et le Maroc sont-ils les seuls pays francophones d’Afrique à diffuser en numérique ? Y a-t-il des expériences ailleurs sur le continent ?

La TNT, une révolution

Photo: AFP / Seyllou

Au Sénégal, la spéculation sur le prix du décodeur pourrait empêcher les familles pauvres d’accéder au numérique. Photo: AFP / Seyllou

La TNT est une évolution technique en matière de télédiffusion, fondée sur la diffusion de signaux de télévision numérique par un réseau de réémetteurs hertziens terrestres, explique le CONTAN sur son site web.

Depuis que l’Union internationale des télécommunications (UIT)  a adopté un nouveau « plan numérique » d’assignation des fréquences, la TNT se substitue à la télévision analogique terrestre. Elle permet d’obtenir une meilleure qualité d’image et de réduire les coûts d’exploitation pour la diffusion et la transmission.

En accord avec l’UIT, les pays africains s’étaient engagés, à travers un accord signé en 2006, à tourner définitivement leurs émetteurs analogiques, le 17 juin 2015, pour accorder la priorité à la TNT. Mais peu de pays ont respecté cette échéance.

La TNT ne sera pas la porte d’entrée de la télévision numérique en Afrique. La diffusion numérique de la télévision existe déjà depuis les années 2000, essentiellement sous le mode satellitaire. L’enjeu de la migration de 2015/2020 est avant tout de faire cesser la diffusion analogique, précise le site Ina Global.

Les premiers pas du Sénégal

Le rappeur sénégalais Cheikh Sène alias Keyti lors de l’enregistrement de son émission ‘’Le journal télé rappé’’, le 16 juin 2014 à Dakar. Photo AFP / Seyllou

La TNT est devenue une réalité au Sénégal, depuis le 17 juin 2015, à l’issue d’un processus mené par le CONTAN. Cette structure a été installée le 30 décembre 2013.

Depuis lors, 17 chaînes de télévision sénégalaises sont présentes partout sur le territoire national. Avec cette première phase de déploiement, il y a 81% de couverture démographique et 75% de couverture géographique (9 régions couverte sur 14).

Les ménages continuent toutefois de recevoir en même temps des images analogiques, au cours cette phase transitoire de déploiement.

La situation au Maroc ?

Mais c’est le Maroc qui est le pionnier, dans ce domaine, en Afrique francophone, avec la mise en place des sites pilotes de Rabat et Casablanca en 2005. Celle-ci a permis un premier contact avec la télévision numérique terrestre, souligne la Haute autorité de la Communication audiovisuelle (HACA).

L’année 2006 marque la première vague, avec la mise en place de deux services pour couvrir les régions de Rabat, Casablanca, Fès/Meknès, Marrakech, Oujda et Tanger. Soit une population couverte de 54%.

La deuxième vague débute en 2007 avec le lancement officiel de la TNT au Maroc le 6 mars de la même année, avec l’extension de la couverture à 72% Depuis, depuis 2008, c’est la phase d’extension de la couverture.

Quid de la situation dans les autres pays ?

Jane Ngoiri, présentateur du journal télévisé à Nation’s TV du Kenya, le 11 mars 2015, au Nation Center de Nairobi. AFP/Simon Maina

Le site spécialisé Ina Global révèle qu’à la date du 17 juin 2017, seuls le Kenya, la Zambie, le Malawi, le Rwanda et la Tanzanie ont coupé leur signal analogique.

Depuis lors, des foyers rwandais ou tanzaniens équipés n’ont plus accès du tout à la télévision, faute de décodeur adapté, selon la même source.

Les autres bons élèves sont le Maurice et le Mozambique, signalait l’hebdomadaire Jeune Afrique, dans un dossier consacré à ce sujet le 23 juin 2015.

Selon Mamadou Baal, expert en adiovisuel, l’Ile Maurice – à la fois anglophone et francophone – a basculé depuis 2012, en même temps que les Occidentaux. Il explique cette performance de Maurice par le fait que c’est « une petite île qui ne gêne personne ».

Jeune Afrique précise que d’autres pays francophones sont « en phase de maturation ». C’est le cas de la Côte d’Ivoire,  du Togo et du Bénin, qui escomptent se déployer assez vite en TNT. Le Congo a d’ores et déjà confié des fréquences à Canal+. Son voisin, la RDC, y réfléchit aussi.

Conclusion : L’affirmation est correcte

L’affirmation selon laquelle le Sénégal et le Maroc sont les seuls pays francophones d’Afrique à diffuser en numérique est correcte. Il faut toutefois préciser que l’Ile Maurice, un pays à la fois anglophone et francophone, a coupé son signal numérique, depuis 2013.

Ailleurs sur le continent, même si la transition vers le numérique est très lente, les pays anglophones – Rwanda, Malawi et Tanzanie – ainsi que le  Mozambique se sont conformés à l’engagement signé avec l’UIT.

Relu par Peter Cunliffe-Jones

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