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Sénégal : les hôtels accueillent-ils 30% des touristes ?

Le président de l’Organisation nationale pour l’intégration du tourisme sénégalais (ONITS) soutient que les résidences accueillent 30 à 40% des touristes qui séjournent au Sénégal. Est-ce vrai ?

Par Birame Faye

Dans un entretien avec le journal Enquête, le 24 août 2016, Doudou Gnagna Diop déclare que « si on décompte ces touristes-là [ceux qui vont dans les résidences], on sera peut-être à 70%. Vous vous rendez compte de la perte, de tout ce gap de 30% ou 40% de taux d’occupation qui est dans les maisons illégales ».

« Si on maîtrise et contrôle le secteur, on dit qu’on est à 30% de taux de remplissage. Si on décompte le nombre de touristes illégaux qui sont dans des résidences illégales, la situation sera maîtrisable ».

Ce taux de remplissage de 30% des hôtels est-il conforme à la réalité ?

Sur quoi se fonde le président de l’ONITS ?

Africa Check est entré en contact avec Doudou Gnagna Diop qui a confirmé ses propos en précisant qu’il fait allusion aux types d’hébergement qui ne sont pas officiels et qui accueillent des touristes. « Ce sont des maisons qui ne sont pas autorisées à accueillir des touristes », a-t-il dit.

Prié de dire sur quoi il s’est fondé pour avancer ce pourcentage, il a indiqué qu’il doit y en avoir certainement au ministère du Tourisme et des Transports aériens.

Existe-il des réceptifs informels au Sénégal ?

Dans son « Plan stratégique de développement durable  du tourisme au Sénégal (2014 – 2018) », le ministère du Tourisme et des Transports aériens révèle que « pour un total de 741 réceptifs en 2013, les hôtels font 33,60% du parc, contre 31,04% d’auberges et 24,43% de campements. Les résidences font 10,93% du parc et se retrouvent essentiellement dans la région de Thiès ».

Il précise que « cet effectif ne prend pas en compte les nombreux établissements touristiques non autorisés ».

Les « résidences» sont-elles une nouvelle demande touristique?

Le chef de la Division des statistiques du ministère du Tourisme et des Transports aériens, Oumar Diop, a confié à Africa Check que « le touriste est libre de choisir son hébergement et il peut loger où il  veut ».  Par ailleurs, a-t-il relevé, « le fait qu’ils préfèrent les résidences aux hôtels, campements et auberges traduit une nouvelle demande qui appelle une nouvelle offre ». Pour s’adapter, a-t-il ajouté, il y a « des hôtels-résidences qui sont agrées ».

Par ailleurs, selon M. Diop, « il n’y a pas encore une étude sur le tourisme informel ». « Nous attendons le recensement général des entreprises, formelles et informelles initié par l’ANSD [Agence nationale de la statistique et de la démographie] pour y travailler ».

Sont-elles mieux fréquentées que les hôtels ?

Les statistiques mensuelles officielles  des six premiers mois de 2016 révèlent une baisse des taux d’occupation au profit des « résidences », « parents et amis », et « autres ». Rien que le volume des types hébergement non identifiés est largement supérieur au cumul des clients des hôtels, campements et résidences hôtelières, a dit Oumar Diop.

Au total, 273.786 touristes sont arrivés au Sénégal au cours des six premiers mois. Les hôtels en ont accueilli 90.451, soit 33%. Les autres sont allés vers les résidences hôtelières (12.498) et les campements (16.869). « Les parents et amis » ont reçu 153.968 touristes.

Répartition des touristes selon le type d’hébergement de janvier à juin 2016

Infographie Africa Check. Source : ministère du Tourisme

Infographie Africa Check. Source : ministère du Tourisme

Déjà, dans son rapport intitulé « Situation économique du Sénégal en 2013 », l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) explique les « entrées de touristes reparties selon le type d’hébergement ».

«Les informations sur le lieu d’hébergement choisi par les touristes qui entrent au niveau de l’aéroport LSS (Léopold Sédar Senghor) révèlent des diminutions des fréquentations hôtelières (-0,3%), de l’habitat chez les « parents et amis » (-5,4%) et des auberges et résidences (-0,6%). A l’inverse, les hébergements dans les campements ont enregistré une augmentation de 11,4% ».

Le même document renseigne que « les hôtels sont fréquentés par 53,7% des touristes en 2012, soit 238 579. L’habitat chez les parents et amis est la seconde forme d’hébergement choisie par les touristes ».

Les données des sept derniers mois de 2013, celles de 2014 et de 2015 n’existent pas, parce que « la fiche de police a été supprimée en juin 2013 », selon Oumar Diop. « On a les données des cinq premiers mois de 2013 et des six mois de 2016, que nous a livrées Securiport, la société qui fait les passeports biométriques », renseigne-t-il.

Conclusion : le chiffre est globalement correct

A la lumière des données officielles, le taux d’occupation des réceptifs autres que les hôtels est largement supérieur à 60%. Rien qu’au cours des six premiers mois de 2016, sur les 273.786 touristes entrés au Sénégal, les hôtels en ont hébergé 33%.

Le reste est allé aux résidences hôtelières, aux campements ainsi que chez « les parents et amis ».

D’ailleurs, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) confirme, dans son dernier rapport sur le tourisme, que 53,7% des touristes fréquentaient les hôtels. Elle signale, en même temps, l’existence d’une demande grandissante de logements autres que les hôtels qui a certainement eu comme conséquence ce chiffre avancé par le président de l’ONITS.

Edité par Assane Diagne

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