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Le Sénégal s’approche-t-il de l’autosuffisance en riz?

Un communiqué officiel du gouvernement sénégalais a récemment annoncé une production de 950 000 tonnes de riz en 2016. Il y a eu confusion entre riz paddy et riz blanc. Une telle production en riz blanc serait proche de l’objectif d’autosuffisance.

Par Birame Faye

Le Sénégal a produit plus de 950 000 tonnes de riz en 2016, grâce à la mise en œuvre du Programme national d’autosuffisance en riz (PNAR), relève le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural et le communiqué du Conseil interministériel consacré à la commercialisation du riz local tenu le 21 février 2017.

En marge de cette rencontre, le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, Pape Abdoulaye Seck a invité les acteurs de la filière à réfléchir sur cette situation «paradoxale» en ce sens que les importations n’ont pas beaucoup baissé, malgré la forte augmentation de la quantité de riz local produite.

«En effet, ce programme, qui entre dans le cadre de l’axe 1 du Plan Sénégal Emergent (PSE), s’est fixé un objectif de 1 080 000 tonnes de riz blanc pour couvrir entièrement, à l’horizon 2017, les besoins nationaux, et réduire en même temps le déficit de la balance commerciale», informe le gouvernement du Sénégal, à travers un communiqué.

«A ce titre, le Premier ministre a salué les bonnes performances enregistrées par le PNAR qui, entre 2014 et 2016, a fait passer la production nationale de riz de 559 021 tonnes à 950 779 tonnes, soit une augmentation de l’ordre de 41 % en deux ans, pendant que les importations ont chuté entre 2015 et 2016, de 989 549 tonnes à 891.068 tonnes, soit une baisse de 98 481 tonnes en valeur absolue et 11% en valeur relative», ajoute le texte.

La production de riz local a-t-elle atteint le niveau annoncé ? Le Sénégal s’approche-t-il de l’autosuffisance en riz ? Africa Check a vérifié.

Quelles sont les preuves du ministère de l’Agriculture?

Africa Check a contacté le cabinet du ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural pour en savoir plus. La chargée de la communication, Penda Mbow, a confié qu’il s’agit bien des chiffres de la production «obtenue dans le cadre du PNAR  et ils sont disponibles sur le site de l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) qui a traité le communiqué sanctionnant le Conseil interministériel».

S’agit-il du riz blanc ou du paddy ?

Le communiqué est muet sur la qualité du riz local dont la quantité produite en 2016 a été livrée. Mais le bulletin mensuel des statistiques économiques de mars 2016 de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) renseigne sur les quantités de riz paddy produites en 2014 et 2015. Elles correspondent aux données avancées par le gouvernement.

Africa Check a joint le directeur de l’analyse, des prévisions et des statistiques agricoles, Ibrahima Faye, qui a précisé que la quantité déclarée concerne le riz paddy. «Ce n’est pas le riz blanc mais le paddy, c’est-à-dire le riz à l’état brut, non décortiqué», a expliqué M. Faye.

Le décorticage entraîne-t-il une perte de poids ?

Avant d’arriver sur le marché, le riz paddy suit un processus de décorticage appelé usinage, par les unités industrielles. Ce processus aboutit à la production de riz blanc prêt pour la consommation comme le riz importé.

Selon Ibrahima Faye, une fois décortiquée, la quantité de riz blanc équivaut à 70% du poids du riz paddy. Il a souligné qu’il y a une perte de poids d’environ 30%, si le riz est décortiqué.

Par conséquent, si on défalque de ces productions les 30% perdus après le décorticage, cela donne pour 2014 et 2016 respectivement 391 300 et 634 310 tonnes de riz blanc. Et c’est ce riz blanc-là qui est importé.

Quantités de riz produites en 2014 et 2016

Source : ANSD 

Conclusion : les quantités avancées sont correctes mais correspondent à du riz non décortiqué

Les chiffres avancés par le gouvernement correspondent à la quantité de riz produit. Seulement étant donné qu’il s’agit du riz paddy qui est un produit brut, celui-ci qui doit passer par le décorticage pour pouvoir être consommé. Et à travers ce processus, il subit une perte de 30%, selon le directeur des statistiques au ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural, soit près du tiers de son poids initial.

Ce qui fait que pour 2014 et 2016, le Sénégal a produit respectivement 391 300 et 634 310 tonnes de riz blanc. L’ANSD n’évoque que le riz paddy dans ses rapports.

Le Sénégal est donc loin de «l’objectif de 1 080 000 tonnes de riz blanc, à l’horizon 2017». Ceci pourrait expliquer la «situation paradoxale» relevée par le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural.

Edité par Assane Diagne

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