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Sort des filles nigérianes : des affirmations sur le mariage et les grossesses précoces examinées

Un émir nigérian a invité les élites à décourager les mariages précoces, mettant en exergue les risques liés aux mariages des adolescentes et à leurs grossesses. Nous avons vérifié ses propos.

Par David Ajikobi

Un influent leader islamique du Nigeria a demandé aux élites originaires de la région nord, au début de cette année, d’arrêter de construire des mosquées et d’investir leurs ressources dans l’éducation des filles et de décourager les mariages précoces.

Le journal Punch a rapporté que l’émir de Kano, Muhammadu Sanusi II, a dit aux participants à une conférence : « je suis fatigué d’entendre les gens me dire qu’ils veulent construire une mosquée. Vous savez, nous continuons à construire des mosquées au moment où nos filles sont analphabètes ».

Selon le journal, Sanusi a ajouté que le haut niveau d’analphabétisme, de mariage précoce, de divorces et de violence domestique dans cette région du Nigeria n’est «pas un simple hasard».

Africa Check a examiné deux affirmations que l’émir a faites sur le pourcentage de filles mariées avant 18 ans et le risqué lié à la grossesse précoce.

AFFIRMATION

“Plus de 50 des filles de la tranche d’âge de 18 à 20 ans étaient données en mariage dans cette partie du partie du pays’’

VERDICT : Correcte

L’émir de Kano, Muhammadu Sanusi II, lors de son intronisation comme 57e émir de l’émirat de Kano en février 2015. Photo AFP.

L’émir de Kano, Muhammadu Sanusi II, lors de son intronisation comme 57e émir de l’émirat de Kano en février 2015. Photo AFP.

M. Sanusi a confié à Africa Check par courriel qu’il voulait dire que les filles de cette tranche d’âge «étaient mariées alors qu’elles étaient des adolescentes de moins de 18 ans». Il a ajouté que qu’il faisait allusion aux parties nord-est et nord-ouest du nord du Nigeria.

La zone géopolitique du nord-est comprend les Etats de Borno, Yobe, Taraba, Adamawa, Bauchi et Gombe. Le nord-ouest est composé de Kano, Kaduna, Sokoto, Zamfara, Kebbi, Katsina et les Etats Jigawa.

L’émir a transféré à Africa Check le document sur lequel il s’est appuyé. Celui-ci est intitulé «Education pour les jeunes filles dans le nord du Nigeria». L’auteur de ce document n’a pas été précisé.

Le document indique que plus de la moitié des femmes dans le nord-est et le nord-ouest étaient mariées avant 16 ans, en se basant sur le recensement général de la population de 2008.

Il y a toutefois une enquête plus récente sur les ménages. Le recensement de 2013 au Nigeria confirme que l’âge moyen du premier mariage chez les femmes du  nord-est et du nord-ouest était inférieur à 18 ans.

A moins que les modèles n’aient changé considérablement au cours des 3 dernières années, nous estimons que cette affirmation – plus de la moitié des filles de 19 à 19 ans dans les parties nord-est et nord-ouest du Nigeria étaient mariées avant 19 ans – est correcte.

 

AFFIRMATION

“Les filles qui tombent enceintes avant l’âge de 15 ans sont 5 fois plus exposées à la mort que celles qui le sont à l’âge de 20 ans ».

VERDICT : pas de preuve

L’émir a donné à Africa Check une note d’information sur les risques sanitaires liés aux grosses précoces.

La note cite une fiche d’information du Fonds des nations unies pour la population, qui, pour sa part, se base sur un rapport sur les tendances de la mortalité maternelle compilé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres organisations internationales.

Le rapport de l’OMS ne mentionne toutefois pas un risqué cinq fois plus élevé.

Africa Check a demandé au Fonds des nations unies pour la population des preuves de cette statistique. Le spécialiste en communication jeunesse et population de l’institution, Eddie Wright, a rapporté les commentaires de membres de leur service technique.

«Nos techniciens souhaitent préciser que la plupart des sources sur la mortalité maternelle comportent des distorsions importantes ou des incertitudes, au point qu’en général il est difficile de les mesurer »,  a indiqué Mme Wright. «Mais [le pourcentage de femmes] de moins de 15 ans est particulièrement difficile – d’abord parce que accouchements chez les moins de 15 ans sont moins courants et les endroits où ces grossesses ont la chance de produire sont des endroits où l’enregistrement de ces genres d’évènement est moins fiable ».

Vu que «les données sûres sont difficiles à obtenir», l’organisation s’appuie sur deux études notamment, a ajouté Mme Wright.

La première est basée sur des données collectées à la fin des années 1960 dans les zones rurales du Bangladesh. Celle-ci révélait que le taux de mortalité chez les 10-14 ans était 4,7 fois plus élevé que chez les 20-24 ans.

La seconde a été menée dans des hôpitaux de plusieurs pays d’Amérique Latine entre 1985 et 2003. Les résultats révélaient un risque 4 fois plus élevé pour les mères adolescentes de moins de 15 ans, par rapport à celles de la tranche 20-24 ans.

Un enseignant à l’Université de Southampton qui s’intéresse à la question de la santé maternelle dans les pays à revenu intermédiaire, le Docteur Sarah Neal, co-auteur d’une étude dans The Lancet, a examiné le taux de mortalité maternelle dans 144 pays.

«Jadis, on croyait que toutes les adolescentes étaient très exposées au risque de mortalité maternelle”, a-t-elle dit Africa Check. Cette étude et une autre qu’elle a coproduite montrent cependant que «les risques ne sont aussi grands ou universels qu’on le croyait avant ».

Le docteur Neal passe, en ce moment, en revue les études pour mesurer comment le risque varie chez les adolescentes plus jeunes. (Note : nous actualiserons notre article dès que ses résultats seront connus).

«Les données sur des études à grande échelle en Afrique sont limitées, mais je pense que les recherches préconisent certainement que le risque est plus élevé chez les jeunes adolescentes que chez les adolescentes plus âgées ou les femmes de plus de 20 ans », a-t-elle dit.

«Je me garderais de donner un chiffre sur le risque, même basé sur les données disponibles et le fait qu’il peut varier en fonction des régions».

Cette affirmation est donc non fondée, en attendant que de meilleures données soient disponibles.

Traduit de l’anglais

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