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Un blog anti-vaccination réactive le faux débat sur le HPV

Les vaccinations contre le papillomavirus humain (HPV) sont-elles à l’origine de la mort de plusieurs filles en Inde ? A l’image de beaucoup de fausses informations, un blog consacré à ce sujet a présenté cela comme un fait.

Par Jon Greenberg de Politifact

 

Le post du site anti-vaccination était accablant.

Le titre «Bill Gates utilise 30.000 filles indiennes comme cobayes pour tester un vaccin anti-cancer» est apparu sur le blog Organic & Healthy en octobre 2016 et il est toujours partagé par les internautes.

L’article présentait un projet de démonstration de vaccination contre le papillomavirus en Inde en 2009. En l’espace d’un an, des milliers de filles de 12 à 14 ont reçu une ou deux vaccinations pour prévenir les verrues génitales qui peuvent être source de cancer plus tard.

Selon le blog, le projet s’est très mal déroulé.

Dans un Etat indien, la santé de «certaines filles» s’est détériorée et cinq d’entre elles sont mortes l’année dernière, indique l’article. Dans un autre Etat, «deux morts ont été signalés».

Un lecteur de notre partenaire Politifact a vu le blog et a demandé une vérification. Politifact l’a fait. L’affirmation est fausse.

Qu’est-ce qui s’est passé en Inde?

Le blog accusant Bill Gates d’utiliser des filles indiennes comme cobayes a été publié en octobre 2016.

Le blog accusant Bill Gates d’utiliser des filles indiennes comme cobayes a été publié en octobre 2016.

Commençons par des informations de background sur le papillomavirus humain ou HPV.

Le HPV est à l’origine de verrues génitales et de pré-cancers cervicaux qui peuvent déboucher sur une variété de cancers. Aux Etats-Unis, par exemple, il est responsable de plus de 30.000 cancers par an.

Plusieurs vaccins destinés à prévenir les verrues et les pré-cancers ont été mis sur le marché en 2006. Depuis lors, environ 200 millions de doses ont été administrées à travers le monde.

Selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des Etats-Unis, pour les souches des virus les plus communs, les vaccins «assurent près de 100 pour cent de protection contre les pré-cancers cervicaux et les verrues génitales».

Qu’est-ce qui s’est donc passé en Inde?

En 2007, le Conseil pour la recherche médicale du gouvernement indien et deux gouvernements d’Etat ont mis sur pied un projet pour voir si ces vaccins pourraient être délivrés de manière rentable aux communautés à faibles revenus. L’organisation à but non lucratif PATH était chargée de la mise en oeuvre.

Les vaccinations ont commencé en 2009. Et vers mars 2010, environ 24.000 filles de 10 à 14 avaient été vaccinées. Ces actions ont été financées par la Fondation Bill et Melinda Gates. En plus de l’Inde, le Pérou, l’Uganda et le Vietnam étaient concernés.

Les problèmes ont commencé quand des journaux locaux ont rapporté plusieurs décès liés aux vaccinations. En octobre 2009, une coalition d’organisations locales et des activistes de la santé ont appelé à l’arrêt du projet.

Leurs appels ont été persistants. Dans une lettre d’avril 2007, le ministre de la Santé, outre les décès, indique que plus de 120 filles ont souffert de saute d’humeur ou de crises épileptiques. Le gouvernement accepte d’arrêter le programme.

Aucun lien entre la vaccination et les décès

Le gouvernement a demandé à un groupe de médecins et de chercheurs d’enquêter pour savoir si le programme de vaccination était à l’origine des décès. En février 2011, le groupe concluait qu’il n’y avait aucun lien.

Une fille meurt noyée, deux autres tuées par un insecticide. Deux autres souffraient de paludisme grave. L’une a été mordue par un serpent venimeux et l’autre est morte d’une maladie que les médecins disent «ne pas pouvoir associer au HPV».

Aucune étude sérieuse n’a jusqu’ici établi un lien entre le vaccin et un décès.

Les vaccins peuvent avoir des effets secondaires dont la fièvre, le mal de tête, l’évanouissement et la nausée. Mais selon plusieurs études citées par le CDC, ceux-ci passent vite.

Les officiels réagissent avec lenteur face aux inquiétudes des populations

L’article présente un tableau des firmes pharmaceutiques mondiales qui font des tests sur de jeunes filles pauvres sans méfiance.

En fait, les vaccins ont déjà connu plusieurs années de test et sont devenus une banalité dans les pays plus riches. L’Australie en offre à chaque fille et garçon de 12 à 13 ans dans les écoles publiques. Les vaccinations sont une routine en France, en Allemagne et au Pays-Bas.

Les vaccins sont en vente dans plus de 100 pays et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) les recommande à chaque pays qui peut se les procurer de les intégrer dans le programme national d’immunisation.

Un article publié en 2010 par la revue médicale britannique Lancet a enquêté sur ce qui n’a pas marché en Inde. Sa conclusion ? Les officiels réagissaient avec lenteur quand les inquiétudes des populations par rapport au vaccin ont été exprimées pour la première fois.

«La réticence des autorités sanitaires à répondre aux questions relatives à la méfiance des populations par crainte d’exagérer le problème est dangereuse», écrivent les auteurs.

Les conséquences se sont fait sentir pendant longtemps. En 2013, un comité parlementaire indien a reproché à l’organisation PATH et à ses partenaires indiens de n’avoir pas réussi à informer les parents des filles sur ce qu’ils faisaient et de ne pas avoir mis en place un système pour traquer les effets secondaires.

Conclusion : le blog est un tissu de rumeurs vieilles et non démenties

Un blog anti-vaccination a lié Bill Gates à la mort de plusieurs filles qui étaient ciblées par un programme de vaccination en Inde. Une enquête médicale a révélé que les filles sont mortes de causes non liées au vaccin. Certaines avaient été empoisonnées par un insecticide, d’autres tuées par le paludisme et une autre morte par noyade.

Des millions de jeunes filles et garçons ont reçu le vaccin pendant des années. Même si des effets secondaires ont été signalés, ils sont légers.

Le blog est donc un mélange de rumeurs dépassées et qui n’ont pas été démenties pendant plusieurs années.

Traduit de l’anglais

Vous pouvez lire ici la version originale en langue anglaise sur le site de Politifact

Note : Africa Check et Politifact ont reçu un financement de la Fondation Gates pour faire du fact-checking sur des sujets relatifs au développement et à la santé.

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