Que vous soyez journaliste, militant, chef d’entreprise, travailleur de la santé ou citoyen ordinaire, comment pouvez-vous savoir que des personnalités publiques disent la vérité ou qu’ils la déforment ? Comment décidez-vous que telle affirmation est fondée et à qui faire confiance ? Pour produire les articles de ce site, nous avons utilisé notre propre expérience de journalistes et l’aide ainsi que l’appui d’experts spécialisés dans un large éventail de domaines, pour élaborer cette liste:

1. Demandez où est la preuve?

Chaque fois que quelqu’un dans la vie publique fait une déclaration, grande ou petite, la première question que vous devriez poser – une fois que vous avez dépassé le cap établissant que la déclaration est plausible et mérite d’être examinée – est « Où est la preuve? »

Il y a souvent une bonne raison pour un fonctionnaire de refuser de révéler la preuve derrière une affirmation qu’il fait. Il peut, comme pour les journalistes, avoir besoin de protéger sa source. Mais si les sources ont besoin de protection, nous avons aussi besoin de preuves. Et souvent, la raison invoquée par les responsables pour ne pas fournir les preuves, c’est qu’elles sont faibles, partielles ou contradictoires.

Donc demandez d’abord la preuve, et si aucune preuve n’est produite, vous savez qu’il y a, ou qu’il peut y avoir, un problème avec la déclaration.

2. La preuve est–elle vérifiable ?

L’étape suivante, si la preuve est apportée, est de voir si elle peut être vérifiée. L’un des tests clés effectués avant que les résultats de quelque nouvelle expérience ne soient acceptés par la communauté scientifique est de voir si l’expérience peut être répétée par d’autres chercheurs avec les mêmes conclusions ou des conclusions similaires. Comme l’a dit Thomas Huxley, un éminent biologiste du 19ème siècle : « l’homme de science a appris à croire en la justification non pas par la foi, mais par la vérification ». Il devrait en être de même dans le débat public. Quand un personnage public, dans quelque domaine que ce soit, fait une déclaration qu’il veut crédible, il devrait être invité à en fournir les preuves vérifiables. S’il n’y arrive pas, comment pourriez-vous avoir confiance en ce qu’il dit ?

3. La preuve est-elle fiable?

Autant que nous avons cherché, il n’existe pas encore une liste unique de « choses à faire », qui couvre la totalité des différents types de preuves que vous pourriez avoir à évaluer avant de vous décider à dire qu’une preuve est fiable. Les principales questions que nous posons sont listées ci-dessous.

· Sont-ils en mesure de savoir ce qu’ils prétendent savoir?

Si la preuve est basée sur le compte rendu d’un témoin oculaire, la personne pourrait-elle savoir ce qu’elle prétend savoir ? Était-elle là? Est-il crédible d’admettre qu’elle aurait eu accès à ce genre d’information ? L’information, est elle de première ou de seconde main, une information entendue et admise ? Est-ce une information

· S’il y a des données, quand ont-elles été recueillies?

C’est le jeu favori des personnalités publiques que de présenter des informations recueillies bien des années auparavant, comme si elles l’étaient aujourd’hui même, sans faire aucune allusion aux dates. Mais les données vieillissent et, contrairement à la plupart des vins, l’âge ne les rend pas meilleures. Pour comprendre les données, vous devez savoir quand elles ont été recueillies et à quelle image elles correspondent avant et après. C’est le jeu favori des personnes que de présenter des données en choisissant les dates de début et de fin, non pas pour la façon dont elles reflètent les véritables résultats au fil du temps, mais pour que les chiffres présentent bien, en commençant par le bas d’un cycle régulier et en terminant par le haut.

· L’échantillon était il assez grand? Était-il complet ?

Un sondage d’opinion dont l’échantillonnage représente le point de vue de quelques douzaines – voire de quelques centaines – de personnes ne sera probablement pas représentatif de l’opinion d’une population qui se chiffre en millions. La plupart des organismes de sondage suggèrent qu’un échantillon bien choisi d’environ 1000 personnes est le minimum nécessaire pour produire des résultats précis. Mais il est surprenant de voir combien des enquêtes qui interrogent quelques centaines ou quelques dizaines de personnes, sont citées par des personnalités publiques et rapportés dans les médias comme représentant des points vues plus larges. Et rappelez-vous, que même les enquêtes à grande échelle – qui ne prennent pas en compte toutes les perspectives – peuvent donner une image inexacte.

C’est ce que certaines personnes appellent le «problème du cygne noir » – une référence à l’hypothèse erronée faite en Europe pendant des siècles que tous les cygnes sont blancs parce que les centaines de milliers de cygnes vus là-bas au fil des ans, l’étaient tous. Et justement, ce fut seulement quand au 17ème siècle un explorateur allemand Willem de Vlamingh revint en Europe après avoir découvert des cygnes noirs dans l’ouest de l’Australie, que les gens ont commencé à améliorer leur connaissance du sujet. «L’échantillon» précédent était grand, mais pas suffisamment large.

· Comment les données ont-elles été recueillies?

La taille de l’échantillon n’est pas tout ce qui compte. Lorsque vous prenez un sondage d’opinion, les sondeurs doivent inclure les personnes de tous les groupes sociaux concernés- les deux sexes, tous les âges, de différentes races, les groupes socio-économiques et les différentes régions – et dans les bonnes proportions, pour qu’on puisse le considérer comme représentatif de la société dans son ensemble. Comment l’étude a elle été menée ? Des enquêtes similaires effectuées de porte-à- porte peuvent produire des résultats différents lorsqu’elles sont effectuées par téléphone à cause de la façon dont la personne interrogée répond à quelqu’un en face de lui par opposition à celui qui répond au téléphone. Et les études qui reposent sur des répondants qui remplissent des formulaires ont tendance à contenir plus d’erreurs, particulièrement chez les répondants ayant un faible niveau d’alphabétisation, comparés aux entretiens qui mettent deux personnes face à face. Si la déclaration est fondée sur une enquête de ce genre, cela pourrait-il être un facteur? En même temps, ce que les gens qui participent à une étude ou à un essai savent, ou croient savoir, sur le sujet, affectera également le résultat. C’est ce qu’on appelle « l’effet placebo » qui explique pourquoi les essais cliniques sont souvent, ou devraient être, menés « à l’aveugle » – afin que les personnes soumises à l’étude ne connaissent pas la nature du traitement qu’ils ont reçu ou n’ont pas reçu.

· Qu’en est-il de l’image agrandie?

Une fois que vous savez comment les données ont été recueillies, évaluez la façon dont elles ont été présentées. La personne a-t-elle dit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité? Les personnalités publiques de tous les horizons de la vie aiment choisir ce qu’elles vous disent, et ce qu’elles ne vous disent pas, choisissant la preuve qui leur est la plus avantageuse et qui renforce leurs arguments, et en laissant de côté les morceaux les moins probants. Les données sont elles présentées dans leur contexte, et seraient elles les mêmes, si d’autres facteurs non mentionnés, sont pris en compte ? Quand un politicien dit, par exemple, qu’il ou elle a mis «des sommes records » dans le système de santé publique, et ne mentionne pas l’inflation, la déclaration peut être vraie, en soi, mais trompeuse si l’inflation signifie que les dépenses en « termes réels » sont en baisse. Donc, assurez-vous de regarder d’autres facteurs qui composent la grande image. Et rappelez-vous toujours de mettre les chiffres dans leurs proportions. Dépenser 50 millions $ sur un projet de santé peut sembler énorme pour une petite communauté. Mais divisez ce montant par le nombre d’habitants, et signalez que le programme est conçu pour une durée de 10 ans et il semble beaucoup moins généreux qu’il n’apparaissait de prime abord.

4. Sources de données, experts et public

Le fait que la personne qui fait une déclaration ne peut pas présenter, ou ne présente pas des preuves pour appuyer sa déclaration, la rend plus difficile à vérifier mais ne veut pas dire qu’elle est fausse. Pour la vérifier, vous pouvez vous tourner vers des sources de données crédibles, des experts reconnus et le public.

· Sources de données

De nombreuses sources de données utiles dans la vérification des déclarations que les gens font existent. Selon le genre de déclarations que vous voulez vérifier, vous pouvez rechercher des informations à partir des documents gouvernementaux et des statistiques officielles, les dossiers des entreprises, des études scientifiques et des bases de données de recherche en santé, en passant par les dossiers scolaires, les rapports des organisations humanitaires, les édits religieux et d’autres encore. Comme avec toutes les sources d’information, il est important de savoir tout ce qu’il est possible de savoir sur l’organisation qui a recueilli, et est détentrice, des données avant de les utiliser.

· Experts

Selon le sujet – si la déclaration faite porte sur ​​des questions médicales, ou nécessite une connaissance détaillée de la comptabilité d’une grande entreprise, ou un point de droit précis – il peut être plus approprié de vérifier une déclaration en parlant à un certain nombre d’experts reconnus. En faisant ce travail, le plus important est de savoir et de rendre public tout intérêt que l’expert pourrait avoir sur le sujet, qui peut causer, ou être perçu comme pouvant causer, un parti-pris dans leur analyse, d’une manière ou d’une autre. Parfois, les gens à qui vous parlez peuvent demander l’anonymat. Cela affaiblit votre article mais, si l’information qu’ils fournissent est vérifiable de manière indépendante, c’est acceptable. Des informations non vérifiables d’une source anonyme, qui n’accepte de parler qu’en étant « off- the-record », ne devraient pas être utilisées.

· Le public

Ici aussi, dépendant du sujet, la meilleure source d’information pour vérifier une allégation particulière peut ne pas être un lot de documents ou un expert en particulier, mais les connaissances qu’on peut trouver auprès du grand public. Si une source officielle annonce le jour de l’élection que tous les bureaux de vote ont reçu leurs bulletins de vote à temps, ou si un groupe environnemental se plaint qu’une usine pollue le voisinage, les personnes les mieux placées pour confirmer ou infirmer ce que ces gens disent pourraient être des gens au sein de la communauté. En prenant l’information de la foule, vous devez être prudent sur un certain nombre de choses. Pour commencer, il est important de protéger la sécurité de vos sources. Dans de nombreux cas, les informations envoyées par SMS, e-mail et autres moyens peuvent être interceptées et, dans certains pays, les personnes qui fournissent des informations «sensibles» à des sites d’information peuvent en souffrir, il est donc important de mettre en place des moyens de communiquer qui soient le plus sûrs possible. En même temps, vous avez besoin de savoir qui sont vos sources et si les informations qu’elles fournissent sont fiables. Cherchez à vérifier l’identité de toute personne qui vous envoie des informations. Les informations envoyées anonymement doivent être traitées avec le scepticisme nécessaire. Méfiez-vous des envois de courrier en masse par des groupes qui ont une cause à défendre, et de l’utilisation de preuves anecdotiques comme si elles étaient représentatives.

5. Repérer les faux

Ce que vous voulez vérifier peut, bien sûr, ne pas être une déclaration orale ou écrite, mais un autre type de matériel – photos, vidéos, blogs ou tout autre contenu – envoyé ou publié en ligne. Dans l’ère du numérique, des photos, des séquences vidéo, des documents texte, des sites Web et des flux Twitter et d’autres médias sociaux peuvent tous être falsifiés. Comment faire la différence entre ce qui est authentique et ce qui est faux? Voir ce guide. En résumé:

· Les mots ou images sonnent-ils justes?

Tout d’abord, avant même de commencer à chercher des preuves, la chose la plus importante à faire lorsque du matériel vous est envoyé est de faire appel à votre intelligence. Les mots ou les images sonnent-ils justes ? Le langage utilisé ou le sentiment exprimé, reflètent-ils la façon dont la personne parlerait ? Est-ce le genre de chose qu’elle aurait pu vraiment affirmer? Des collègues peuvent comprendre que quelqu’un tombe dans le piège de canulars bien élaborés. Mais si il est évident, après l’événement, que la personne citée n’aurait jamais été encline à dire la chose qui a été citée, et vous n’avez pas pris le soin de vérifier, vous pourriez paraitre ridicule.

Donc pensez d’abord. Et ensuite, en cas de doute, vérifiez avec la personne ou l’organisation citée ou pointée du doigt pour vérifier.

· Un détail révélateur au mauvais endroit?

Ceux qui conçoivent les canulars sont souvent trahis par les détails. Soyez toujours sceptique. La citation utilisée dans cette caricature n’est pas fausse, mais quelque chose doit vous faire comprendre qu’elle n’a probablement pas été prononcée par un président des États-Unis du 19ème siècle. Regardez l’expression utilisée et demandez-vous si cela aurait pu être dit à l’époque. Regardez la photo ou la vidéo et demandez-vous si elle respecte les lois de l’ombre et de la lumière. Y a t-il à l’arrière plan des choses qui devraient être là et qui n’y sont pas ou ne devraient pas être là mais y sont ? Les conditions météorologiques qui apparaissent, reflètent-elles le climat auquel vous vous attendriez à cet endroit et à cette époque de l’année? Les paysages, les plantes, les voitures, les bâtiments sont-ils ceux que vous vous attendiez à voir? Si les détails ne sont pas appropriés, il peut s’agir d’un canular.

· Est-ce déjà apparu ? Y a-t-il déjà eu ailleurs quelque chose de similaire ?

Contrairement à la foudre, ceux qui font des canulars frappent souvent deux fois. Si vous avez des soupçons sur une image ou un texte, vérifiez en ligne pour voir si elle – ou quelque chose de semblable – a déjà été publiée ailleurs. Lancez une recherche sur Twitter à propos de ce matériel avec le hashtag «faux» et voyez si d’autres sur Twitter ont aussi signalé quelque chose.

Si c’est un texte et que vous pensez qu’il a déjà été utilisé, mettez le dans google search

S’il s’agit d’une photo ou d’une vidéo libre – cadre au format PNG, déposez-le dans un site comme www.tineye.com qui vous permet de vérifier des photos ou vidéos pour voir si elles ont pu apparaître en ligne précédemment. Si la même image, ou une image très similaire, a été publiée précédemment dans des circonstances différentes, ce qu’on vous a envoyé peut être un faux.

· La personne a-t-elle soumis le matériel ailleurs?

Rappelez-vous que les gens utilisent souvent le même nom d’utilisateur sur diverses plateformes, donc si vous êtes à la recherche d’ un matériel similaire d’une personne, mettre leur nom d’utilisateur dans les différentes plateformes comme Google Search, Facebook, Flickr, Twitter, YouTube, 123people.com, blogsearchgoogle.com, Technorati.com.

· Vérifiez que la personne qui fait la soumission se trouve là où elle dit être

Si vous avez des doutes quant à la source de certaines informations, et que vous avez l’adresse numérique – le code IP – de l’ordinateur d’où elles proviennent, vous pouvez vérifier le pays dans lequel l’ordinateur se trouve si vous le tapez dans cette adresse: www.domaintools.com/reverse-ip/

6. Soyez persévérant

La vérification des faits demande du temps et de la persévérance. Lorsque quelqu’un essaie de vous décourager, en vous refusant l’accès à des données auxquelles vous avez droit, ou en refusant de fournir des preuves qui appuient leurs allégations, il faudra insister. La vérification du débat public n’est pas facile. Le diable est souvent dans le détail. Pour le trouver, vous avez besoin d’endurance et de persévérance.

7. Soyez ouvert & acceptez qu’on vous critique

Enfin, soyez ouvert dans la manière dont vous écrivez les articles de vérification des faits, en fournissant des liens vers les éléments de preuve que vous utilisez. Et soyez honnête, si vous faites une erreur, admettez-le. En dépit de tout, vous devez accepter que vous ne pouvez pas convaincre tout le monde. La plupart des gens montrent une certaine réticence à accepter des preuves qui vont à l’encontre de ce qu’ils croient. Et il y a certains qu’aucune liste d’arguments aussi importante et minutieusement reliée à la preuve, soit-elle, ne saurait convaincre. C’est un phénomène que les scientifiques qualifient de «persistance des croyances caduques», et qui décrivent un état où, selon les psychologues Craig Anderson et Lee Ross : «les croyances survivent à des arguments logiques ou empiriques imparables. Elles peuvent survivre et même être renforcés par des preuves que la plupart des observateurs non concernés seraient d’accord qu’elles affaibliraient logiquement ces croyances. Elles peuvent même survivre à la destruction totale de la base leur ayant servi de preuve à l’origine ».

Il y a juste des personnes que vous ne pouvez pas du tout convaincre.