Jean Meissa Diop Un ministre accusé de tentative de viol : une fausse information et un vrai démenti…

Un ministre-conseiller a été cité dans une affaire de mœurs au Sénégal. Malgré son démenti, la presse a continuer à traiter cette affaire. Jusqu'où le journaliste peut-il aller dans le traitement de la vie privée des hommes publics?

«Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. Et c’est toujours la fausse qui reste dans les mémoires ». Cette boutade du journaliste français Yvan Audouard trouve son illustration dans l’affaire de mœurs dans laquelle certains sites d’informations sénégalais  ont annoncé l’implication du ministre Arona Coumba Ndoffène Diouf, conseiller du président de la République du Sénégal.

Malgré le démenti adressé au site Dakaractu.com par la personnalité mise en cause d’autres sites, comme Derniereminute.sn, ont continué, de plus belle, à faire de cette affaire leurs choux gras.

Et il n’est pas évident que le démenti du ministre ait replâtré aux yeux des Sénégalais, en particulier, et de l’opinion, en général, son image d’un homme public ayant tenté de violer sa collaboratrice dans ses bureaux.

Tout a commencé par une annonce dans le style de la devinette ou de coupable à deviner qu’affectionne la presse people sénégalaise. Sans chercher à vérifier ni à recouper (la fameuse triangulation chère aux journalistes d’investigation et aux sociologues). Pourtant, le ministre, qui a pris l’initiative de démentir la rumeur, devrait être crédité d’avoir été prêt à répondre à une interpellation d’un journaliste sur les faits l’incriminant.

Parfois, il y a de ces informations que le journaliste éprouve – pour des raisons à la fois objectives et subjectives – à vérifier, c’est-à-dire ou parce qu’il est lui-même laxiste ou qu’il présume que le mis en cause ne répondrait pas aux questions ou serait désagréable à l’interpellation.

Faire de la vie privée une affaire publique

 

Capture d'écran de l'article de Dakaractu sur la réaction d'Arona Coumba Ndofène Diouf
Capture d’écran de l’article de Dakaractu sur la réaction d’Arona Coumba Ndofène Diouf

L’une et l’autre éventualité ne peuvent point être une excuse pour le journaliste. Parce qu’il en va de la réputation d’une personne atteinte dans sa vie privée ; mais aussi – si les faits avaient été avérés – d’avoir donné à sa vie privée une affaire publique.

Tout intimes que soient sa demeure ou ses bureaux, une personnalité ou le vulgum pecus qui attentent aux bonnes mœurs ne sauraient objecter la vie privée à une indignation contre la commission d’un acte en conflit avec les bonnes mœurs.

De toutes les façons quelle que fût la sincérité du démenti, il se trouverait encore des personnes pour voir désormais en le ministre Diouf un homme pervers. Ou de considérer son démenti comme une dénégation de principe.

Tentative de chantage ?

En vérité, selon le ministre dans ses explications adressées à l’organe de presse, il s’agit d’une tentative de chantage de la dame – en fait il s’agit de Seynabou Touré, divorcée d’un ressortissant espagnol Raoul Barroso. Le ministre Diouf explique avoir confié à l’ex-madame Barrosso, mère deux enfants, «la charge du site et des pages FB de ma société ; ensuite la confection des catalogues et brochures, afin qu’elle puisse avoir un peu de revenu. Madame Barrosone ne m’a jamais livré ces commandes à l’exception de 250 catalogues sur 500 déjà payés. Elle s’est présentée à mes bureaux le vendredi 10 juin 2016 pour réclamer le paiement de services qui n’étaient pas livrés tout en me menaçant de me « détruire médiatiquement » si je ne lui donnais pas de l’argent. C’est alors que je lui ai demandé de quitter mon bureau où elle a refusé, en continuant ses menaces et injures. Ainsi, je l’ai traînée jusqu’à la porte pour la mettre dehors. Cependant, ses mensonges laconiques et contradictoires ne me feront jamais succomber à ce chantage cruel organisé. D’autre part, la mention de mon nom dans ces organes et sites en y négligeant le nom de Madame Seynabou Touré Barroso illustre l’acte délibéré perpétré à des fins classiques connues de tous devant l’absence totale d’arguments pour défendre leur point de vue. »

Extorsion de faveurs

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Seneweb est l’un des nombreux sites à avoir traité cette affaire de mœurs (capture d’écran)

Bien avant le ministre Diouf, un autre ministre – dont le nom n’avait pas pourtant été cité dans une tout autre affaire d’ébats sexuels avec une reine de beauté dakaroise – avait dû adresser une précision dans laquelle il niait être le ministre «escapadeur» décrit et dont les intimités sont narrées dans un organe de presse. La personnalité mise en cause dut même porter plainte contre le journaliste qui se retrouva en prison pour, entre autres griefs, menaces de chantage, tentative d’extorsion de faveurs…

Le ministre Arona Coumba Ndoffène Diouf se sortira  de cette affaire sans autre dommage puisqu’ayant été lavé du scandale mais aussi du délit par les propres parents de la prétendue victime que son père et sa mère jugèrent «ingrate» aux bienfaits dont le ministre conseiller aurait couverts sa famille.

Père et mère de la victime s’étaient eux-mêmes rendus à la rédaction du site Dakaractu.com pour désavouer leur fille et laver le ministre de l’opprobre. Un chemin tout à fait inverse à celui emprunté par la fille – qui n’aura pas été avare en narration de sa « mésaventure » réelle ou fabriquée de toutes pièces, mais suffisamment scabreuses pour ternir la réputation d’une personnalité de la République du Sénégal.

Jean Meissa Diop est un journaliste, membre du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) du Sénégal. Ancien rédacteur en chef du quotidien privé Walfadjri, il fut directeur de la publication du quotidien Walf Grand-Place. Il est également formateur en journalisme.

 

 

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