Jean Meissa Diop COMMENTAIRE – Tout, dans la presse, n’est pas qu’actualité

« L’actualité décide, et tout le monde s’adapte », a dit Mamane, le chroniqueur de Radio France Internationale (RFI). Mais le journaliste talentueux et professionnel doit aller au-delà de la couverture de l'actualité.

« L’actualité décide, et tout le monde s’adapte », a dit Mamane, le chroniqueur de RFI (chronique de Mamane du  26 juillet 2018). Ainsi, la presse – pas toute, quand même – est à la remorque des faits qui se produisent à l’instant, au jour le jour, à l’échelle d’un pays, d’un continent du monde entier.

Et il arrive que, dans cette abondance, un sujet domine tous les autres. « La violence domine l’actualité à Derna et Sebha », écrit l’Agence panafricaine de presse (PANA). Autrement dit, abondante ou pauvre que soit l’actualité, il y a une ou des nouvelles qui la dominent.

Tout défile. Et est dépassé tout organe de presse qui ne saura pas suivre le rythme, certaines fois, trépidant. Et pour suivre, il faut de l’imagination, du professionnalisme et des moyens.

Imagination et professionalisme

Ici, imagination et professionnalisme vont ensemble. Elles sont, pour un bon journaliste et  son organe de presse, les deux mamelles d’une même profession. L’imagination de traiter cette actualité sous plusieurs angles – de traitement, bien sûr – et d’avoir une originalité qui éloigne des sentiers battus.

Ici, le professionnalisme est cet élan, ce comportement, ce flair qui rappellent qu’un journal, une radio, une télé ne fonctionnent pas qu’à l’actualité ; qu’il y a de ces sujets hors-actualité qui ne méritent pas, – ne doivent pas – d’être laissés au bord du chemin.

Tout n’est pas qu’actualité et un journal qui a pour fonction de diffuser des informations ne doit pas être captif de l’actualité. Photo : Africa Check.

Tout n’est pas qu’actualité et un journal qui a pour fonction de diffuser des informations ne doit pas être captif de l’actualité. Photo : Africa Check

Tout n’est pas qu’actualité et un journal qui a pour fonction de diffuser des informations ne doit pas être captif de l’actualité.

Tout le monde veut savoir ce qui se passe au « jour d’aujourd’hui » (comme certains disent de manière pléonastique), mais voudrait savoir ce qui s’est passé et que la presse explique à travers et au moyen de dossiers, de magazines. Des productions revisitant ces sujets hors-actualité à travers de ces genres rédactionnels que bien des journalistes redoutent de pratiquer, parce que n’étant pas professionnellement outillés ou n’ayant pas un carnet de notes suffisamment fourni.

L’actualité ne doit pas seule sur l’agenda de la presse – la fameuse « fonction d’agenda » que remplit la presse. Il y a forcément d’autres sujets relégués bien loin dans le temps et qui méritent un traitement décalé, pour ainsi dire.

Loi de la proximité

Le journaliste et sa rédaction choisissent en fonction des fameuses et immuables « lois de la proximité ». Et c’est ainsi que ce qui est « actualité brûlante » en Afrique peut ne pas être priorité dans une rédaction africaine. Et vice versa, et ainsi de suite.

Alors que survenait, en France, le 5 décembre 2017, le décès de l’ancienne méga star du rock, Johnny Halliday, à Dakar, la presse nationale ouvrait ses éditions avec l’affaire Khalifa Sall, du nom du maire de Dakar pris dans une histoire de malversations de faux et usage de faux dans la « caisse d’avance » de la mairie de sa ville.

En d’autres termes, les journaux dakarois affichaient des unes  conformes à l’actualité aussi au Sénégal que l’est l’actualité sur les bords de la Seine.

L’actualité ne doit pas mettre sous l’éteignoir des sujets importants. On peut certes décaler le traitement de ces derniers, mais pas en faire oublier définitivement leur appel. C’est au pied de cet arbre qu’est attendu le journaliste-« bûcheron » talentueux et imaginatif.

Jean Meïssa Diop est journaliste, membre du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) du Sénégal.

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