Gopalang Makou ANALYSE : Peut-on savoir quelles villes africaines ont l’air le plus pollué ?

Sur Twitter, Dakar et Johannesburg se trouvaient en tête des posts évoquant les villes du monde où la qualité de l’air était la plus mauvaise. Mais comment la pollution atmosphérique des différentes villes est-elle mesurée ou même classée sur une liste ?

Savez-vous ce que vous respirez comme air dans les grandes villes comme Dakar et Johannesburg ?

Spectator Index a tweeté une liste de « villes sélectionnées » ayant la « pire qualité de l’air » en juillet 2018, en citant l’Organisation mondiale de la santé. La capitale du Sénégal, Dakar, et le centre financier de l’Afrique du Sud, Johannesburg, figuraient parmi les cinq villes les plus polluées.

(Note : @spectatorindex et le magazine Spectator au Royaume-Uni sont « totalement indépendants », a déclaré Lara Pendergrast, rédactrice en chef de la version en ligne du Spectator, à Africa Check.)

Mais comment classer la qualité de l’air ? Deux lecteurs nous ont demandé d’examiner cette situation.

 

 

La pollution atmosphérique signifie généralement « matière particulaire »

La base de données mondiale de l’OMS sur la qualité de l’air ambiant recueille des informations sur la qualité de l’air de 4 387 villes et villages de 108 pays, dont 10 en Afrique subsaharienne.

De nombreux polluants peuvent être trouvés dans l’atmosphère, a déclaré à Africa Check une responsable technique spécialisé dans la pollution de l’air au Département de la santé publique et de l’environnement de l’OMS. Mais, selon Sophie Gumy, la base de données de l’OMS ne recueille que des données sur les particules.

« Ce que l’on entend généralement par pollution de l’air dans les médias est la matière particulaire, car il s’agit d’un très bon indicateur de la pollution en général », a-t-elle déclaré. Les particules peuvent provenir « de nombreuses sources et sont les plus examinées dans les études épidémiologiques et (elles) ont des effets néfastes importants sur la santé ».

Selon Samantha Keen, une spécialiste de l’environnement au Centre de recherche sur l’énergie de l’Université du Cap, la matière particulaire (MP) est « un mélange de solides et de liquides, dans l’atmosphère, d’une taille spécifique » y compris la poussière.

Elle a indiqué que les MP10 (mesurant moins de 10 microns, soit environ un cinquième de la largeur d’un cheveu humain) sont plus couramment surveillées alors que les MP2,5 (2,5 microns ou moins) sont considérées comme plus nocives pour la santé humaine.

Alors, comment la qualité de l’air est-elle mesurée

Des compteurs spéciaux mesurent la quantité de polluants dans l’air sur une période donnée, généralement un jour. Ces mesures sont utilisées pour calculer un total annuel.

La qualité de l’air est jugée bonne ou mauvaise selon les directives sur les effets des polluants sur la santé humaine, a déclaré Sophie Gumy de l’OMS à Africa Check.

L’OMS dispose d’un ensemble de directives sur la concentration des polluants pour la qualité de l’air extérieur (ambiant), mais les pays développent également leurs propres normes. Du point de vue de la santé publique, « les directives de l’OMS sont celles qui définissent le bon ou le mauvais pour la santé », a dit Mme Gumy.

La pollution atmosphérique à Dakar et à Johannesburg dépassent les directives

Les dernières directives de l’OMS ont été publiées en 2005. Elles recommandent que les particules de 10 microns et moins ne doivent pas dépasser une concentration moyenne de 50 microgrammes par mètre cube d’air sur une période de 24 heures ou 20 microgrammes par mètre cube d’air sur une période de 12 mois.

Johannesburg a largement dépassé la ligne directrice annuelle en 2011, année de sa dernière entrée dans la base de données de l’OMS. La ville a enregistré une qualité d’air annuelle moyenne de 85 microgrammes par mètre cube.

La capitale du Sénégal a des chiffres plus récents, montrant un chiffre encore plus élevé. En 2017, Dakar avait en moyenne 149 microgrammes de particules dans chaque mètre cube d’air.

De nombreuses villes polluées non incluses dans la base de données

Mais il ne s’agit pas simplement de classer les niveaux de pollution car les entrées dans la base de données ne sont pas comparables . Cela est dû à un certain nombre de facteurs, tels que :

  • Différences dans l’emplacement des stations de mesure
  • Différences dans les méthodes et qualité des mesures
  • Variations en saisons

Et « de nombreuses villes polluées ne sont pas incluses dans la base de données », a déclaré Sophie Gumy – même celles qui devraient être parmi les plus polluées . En effet, la base de données de l’OMS ne comprend que les villes qui transmettent des données à l’Organisation.

La surveillance de la qualité de l’air se fait peu dans les pays en développement « en particulier de manière continue » ce qui peut fausser les résultats, a dit Raeesa Moolla à Africa Check. Elle est chargée de cours en géographie physique à l’Université de Witwatersrand , spécialisée dans la qualité de l’air et la pollution.

Classé ou non, la pollution de l’air est dangereuse

Compte tenu de tout cela, le classement de l’indice Spectator « ne signifie pas grand-chose », a déclaré Sophie Gumy à Africa Check.

Mais Raeesa Moolla a souligné que « ces chiffres, comparables ou non, sont très importants ».

« Si la qualité de l’air est « médiocre », cela signifie que vous inhalez un air d’un niveau de pollution plus élevé que celui recommandé. Les polluants peuvent être dangereux pour la santé humaine de différentes manières et, pour cette raison, il est essentiel de garder notre air pur pour une bonne santé ».

Traduit de l’anglais. Lisez la version originale.

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