ANALYSE – Les taux de criminalité sont pires que ceux calculés par la police sud-africaine

Les statistiques annuelles sur la criminalité en Afrique du Sud fournissent des informations importantes et utiles. Mais une erreur de calcul dans les statistiques de cette année a faussé les taux de criminalité, et notamment pour ce qui est du niveau de diminution et d’augmentation.

Après la publication, le mardi 11 septembre 2018, des statistiques sur la criminalité en Afrique du Sud en 2017/18, Africa Check a rapidement découvert des incohérences sur certains des données.

Pour savoir là où se situe le problème, il est d’abord important de comprendre la différence entre le nombre absolu de crimes et le taux de criminalité.

  • Les chiffres absolus font référence au nombre de crimes déclarés au cours d’une année donnée. Par exemple, en 2017/18, 20 336 meurtres ont été signalés.
  • Les taux de criminalité indiquent le nombre de crimes commis pour 100 000 personnes dans un pays, par exemple, 35,6 meurtres pour 100 000 personnes. Et cela est étroitement lié à la croissance de la population.

Le problème qu’Africa Check a découvert se situe dans le taux de criminalité, en particulier la manière dont la police sud-africaine l’a calculé pour 2017/18.

Statistiques démographiques utilisées de façon incohérente

En 2016-2017, la police a utilisé les estimations démographiques de la fin du mois de septembre de chaque année pour calculer les taux de criminalité. Cela correspond au milieu de l’année budgétaire, période couverte par les statistiques sur la criminalité.

La porte-parole de la police, le colonel Athlenda Mathe, a déclaré à Africa Check qu’ils ont utilisé les estimations de la population, en mi-2018, faites par l’Agence sud-africaine des statistiques, Statistics South Africa, pour établir les taux de criminalité de 2017/18. (Note : Africa Check a demandé à la porte-parole de la police de confirmer le chiffre exact utilisé mais elle n’a pas répondu).

L’utilisation des estimations faites en mi-2018 pose un certain nombre de problèmes.

Premièrement, les statistiques de la criminalité de 2017/18 couvrent la période allant du 1er avril 2017 au 31 mars 2018, alors que l’estimation de la population utilisée par la police pour calculer les taux de criminalité ne date pas de cette période – elle date de juin 2018.

Deuxièmement, en utilisant une estimation démographique plus récente et plus grande, il est apparu que la population sud-africaine est passée de 55 843 011 habitants en 2016/17 à 57 725 600 en 2017/18, soit une différence de plus de 1,8 million de personnes.

« La population nationale n’a aucunement augmenté de 3,4% cette année », a déclaré à Africa Check Anine Kriegler, chercheuse et doctorante au Centre de criminologie de l’Université du Cap (Note : Effectivement, selon les estimations de l’Agence sud-africaine des statistiques, la population du pays a augmenté de 1,6% entre septembre 2016 et septembre 2017).

« La police doit être cohérente dans les statistiques de population qu’elle utilise », a-t-elle soutenu.

Des hausses plus faibles et des baisses plus grandes

Une surestimation de la population, même légère, peut paraître sans importance, mais elle modifie les taux de criminalité entre 2016/17 et 2017/18.

« Cela a pour effet de rendre les augmentations des taux de criminalité plus faibles et leurs diminutions plus importantes », a expliqué Anine Kriegler.

Par exemple, les calculs de la police suggèrent que le taux de meurtres a augmenté de 1,1 point de pourcentage, passant de 34,1 pour 100 000 habitants en 2016/17 à 35,2 en 2017/18. L’utilisation de l’estimation correcte de la population montre en revanche que le taux de meurtres a en fait augmenté de 1,7 point de pourcentage, passant de 33,9 pour 100 000 à 35,6.

Anine Kriegler a déclaré que cette augmentation était «beaucoup plus importante et beaucoup plus inquiétante».

Comparaison du changement de taux de criminalité
2016/17 2017/18 Changement
Taux de meurtre de police 34.1 35.2 +1.1
Taux de meutre corrigé 34.1 35.8 +1.7

 

La diminution des taux de criminalité a été amplifiée par l’estimation de la population la plus élevée.

Les chiffres de la police sud-africaine montre une légère hausse du taux de criminalité, parce qu’elle a surestimé la population du pays. Si la police avait utilisé le bon chiffre, la hausse du taux de criminalité aurait été plus importante.

Comparaison du changement de taux des agressions corporelles graves 
2016/17 2017/18 Changement
Taux de la police rate 305.5 289.9 -15.6
Taux corrigé 305.5 294.9 -10.6

 

Par exemple, les statistiques de la police sud-africaine suggèrent que les voies de fait avec l’intention de causer des lésions corporelles graves ont diminué de 15,6 points de pourcentage, passant de 305,5 pour 100 000 personnes à 289,9. Mais quand on utilise l’estimation correcte de la population on voit que le taux est toujours supérieur à 300 pour 100 000 et la baisse n’est que de 10,8 points de pourcentage.

Précision et transparence

Ce n’est pas la première fois que la police sud-africaine est critiquée pour l’utilisation d’estimations démographiques incorrectes dans le calcul des taux de criminalité. À l’avenir, le service doit s’engager à utiliser des estimations de population correctes et cohérentes – et il doit être transparent à ce sujet.

«La foi et la confiance dans la police ne peuvent qu’être remise en cause à chaque fois qu’elle fait ce genre d’erreur», a déclaré Kriegler.

Toutefois tout n’est pas à jeter dans les chiffres présentés par la police sud-africaine. Ils contiennent des informations importantes et utiles.

Le chef du programme de prévention de la justice et de la violence de l’Institut d’études de sécurité (ISS), Gareth Newham, a cité en particulier les informations détaillées sur les meurtres.

«La police a fourni cette année beaucoup plus que dans le passé des données sur les meurtres, les victimes et les circonstances dans lesquelles ils surviennent», a déclaré M. Newham, lors d’une conférence au Cap.

Traduit de l’anglais. Lisez la version originale ici..

 

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