Jean Meissa Diop Conseil constitutionnel et médias : la communication pour contourner l’obligation de réserve

Le Conseil constitutionnel, juge des élections au Sénégal, veut désormais communiquer avec la presse. Comment pourrait-il s’y prendre? Jean Meissa Diop explique.

« Never complain, never explain » ( pas de jérémiades, pas d’excuses). Le Conseil constitutionnel du Sénégal aurait pu prendre à son compte cette recommandation de la reine Victoria d’Angleterre à son fils, le prince de Galles.

Cibles des attaques de l’opposition, objet d’articles et productions suspicieuses de la presse écrite et audiovisuelle et des portails et sites en ligne, cette institution judiciaire a mal, mais ne peut s’expliquer en raison de l’obligation de réserve qui entrave chacun de ses sept « sages ».

Elle ne peut non plus donner la bonne information en raison de son statut qui l’enserre comme une muselière.

Et pourtant, il y a une alternative qui s’offre à elle : la communication.

Une telle initiative créerait une proximité entre le peuple – surtout les médias et la classe politique – et ce Conseil constitutionnel accusé de tout et dans tout : septennat et non quinquennat du président Macky Sall revenu sur son engagement de campagne électorale pour la présidentielle de 2012 de faire un mandat de cinq et non de sept ans. Une rétractation qui sera validée par le Conseil constitutionnel.

Sujet d’interpellation et d’accusation

Et les sujets d’interpellation et d’accusation sont nombreux allant de la validation ou non de la candidature de Karim Wade condamné à six ans de prison pour enrichissement illicite, le comptage des parrainages de candidats à la présidentielle de 2019…

Que faire pour gérer ces questions ou s’en prémunir ? Réponse : communiquer. Mais comment ? Dans ce tollé, le Conseil constitutionnel est dans l’obligation de ne pas s’expliquer ni de se justifier ni d’engager la polémique.

Et pourtant, elle a quelque chose à dire et des informations à donner ; des éclairages à apporter et des rectificatifs à faire. Aussi a-t-elle décidé de communiquer désormais.

Le premier pourrait être le recrutement d’un chargé de la communication qui serait une interface entre la juridiction controversée et les médias, d’une part ; et d’autre part, entre la première et le public.

En fait, la mise à contribution d’un service communication ne serait pas une nouveauté au Conseil constitutionnel. En effet, pendant onze mois, de 2011 à 2012, le Conseil  constitutionnel avait à son service un communicant, un agent de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) du Sénégal détaché à cet effet.

De cette façon, l’institution « contournait la difficulté », ainsi que nous le confiera une source anciennement proche du Conseil constitutionnel.

Mettre l’accent sur la communication

L’autre acte de cette ouverture du Conseil constitutionnel est le lancement, le 3 décembre 2018, d’un site internet où les visiteurs ont des informations sur le Conseil constitutionnel « ses missions et de ses décisions ».

« Ceux qui le souhaitent y trouveront, dans un langage clair et simple, une réponse à l’ensemble des questions qu’ils pourraient se poser sur le fonctionnement, les attributions et les décisions rendues par le Conseil constitutionnel en toute matière et à toute époque », a assuré le président de l’institution, Pape Oumar Sakho, lors de la cérémonie de lancement du site.

« Dans la perspective de l’élection présidentielle de février 2019, le Conseil constitutionnel a jugé nécessaire de mettre l’accent sur la communication, dans l’objectif de faire comprendre sa mission, mais, surtout, de faciliter l’accès aux informations qu’il produit et diffuse », ajoutera M. Sakho.

La troisième étape dans le désir du Conseil constitutionnel de communiquer aura été l’organisation les 27, 28, 29 et 30 novembre 2018 à Mbodiène, d’un atelier sur le thème « Conseil constitutionnel et médias : un dialogue à établir ». Une rencontre qui avait réuni une cinquantaine de journalistes (directeurs de publication et rédacteurs en chef).

A l’occasion, le président du Conseil constitutionnel avait avoué que « les critiques » (…) « ça fait mal, mais je me dis que ce sont les vicissitudes de la profession que j’ai choisie ».

En 2011, le Conseil constitutionnel fut pris dans la polémique autour de la question de savoir si le président de la République d’alors, Me Abdoulaye Wade, pouvait avoir droit à un troisième mandat. Le Conseil constitutionnel attaqué pour avoir validé cette candidature jugée « anticonstitutionnelle » endura tout avec stoïcisme.

Le service d’un chargé de la communication contribua, alors, plus ou moins à résorber le déficit de communication.

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