Jean Meissa Diop COMMENTAIRE – Violer le off the record : une manière non-éthique de se couper d’une source

Jusqu'où le journaliste peut-il aller lorsqu'il reçoit des informations "off the record"? Notre chroniqueur Jean Meissa tente d'y répondre.

Un journaliste a-t-il le droit – et aussi le devoir – de publier des informations qui lui ont été  données « off the record » ? Ce terme anglais est une consigne donnée par une source de ne pas publier une ou des informations qu’elle a données au journaliste.

La question est souvent évoquée lors des rencontres réunissant des journalistes. Et une autre, sous-jacente, s’y ajoute, à savoir l’intérêt général peut-il être une raison pour le journaliste de violer l’engagement de ne pas rendre publiques des déclarations faites hors enregistrement et donc non destinées à la diffusion à destination du public ?

« C’est juste pour votre information », « gardez l’information pour vous » sont une des expressions qu’adresse au journaliste une source qui ne veut pas du tout, pour sa sécurité et ses intérêts propres, ceux du pays, d’une institution,  d’une entreprise ou organisation, et divers d’autres raisons, voir rendues publiques les informations qu’elle communique. « Off the record », c’est-à-dire à ne pas enregistrer, à ne pas noter, à oublier, pour ainsi dire.

Engagement sur l’honneur

Et le journaliste s’engage toujours à respecter ce qui peut être une demande, une supplication, une exhortation, voire une menace… Le respect du « off the record » est un engagement sur l’honneur que prend le journaliste. Et, d’autres termes, cette loyauté à la source qui est un point de l’éthique et de la déontologie journalistique.

La pratique du « off » relève d’un « consensus » entre une source et un journaliste d’une relation de confiance entre un informateur et sa source. Le problème est qu’il « n’obéit à aucune règle précise de déontologie », précise le journal parisien La Croix, citant les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme auteurs de « Un président ne devrait pas dire ça ».

Ne pas respecter un off the record, c’est se couper définitivement d’une source. C’est aussi avoir mal à son éthique non pas seulement professionnelle, mais aussi personnelle, humaine, c’est-à-dire un manquement à la parole donnée. Et si le off ne tient plus en raison de l’intérêt général de l’information, l’information provenant de l’engagement non tenu devra  être vérifiée et recoupée.

Question embarrassante

Mais, il faut que cet engagement pris par le journaliste soit respecté. D’aucuns plaident l’intérêt général pour ne pas se sentir tenu par un « off the record ». La disposition d’une arme secrète par l’armée d’un pays peut avoir un aspect intérêt général, mais les besoins de la défense nationale tolèreraient-ils qu’une information donnée off the record à un journaliste soit portée à la connaissance non plus du seul public national, mais du monde entier ?

La question est très difficile, très embarrassante même. Les informations off the record sont de la catégorie de celles obtenues dans le cadre de la collecte de l’information ; lesquelles relèvent de ce secret professionnel que le journaliste ne doit rompre en aucun cas au sens des chartes de déontologie de Paris (1918) et Munich (1971).

Dès lors, il appartiendra au journaliste d’apprécier selon son éthique  professionnelle et, éventuellement, en concertation avec un responsable de la rédaction.

Jean Meissa Diop est formateur en journalisme, ancien membre du Conseil national de régulation de l’audiovosuel (CNRA) du Sénégal.

 

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