Jean Meissa Diop COMMENTAIRE – Le journalisme ne se fait pas à double visage

Un journaliste peut-il s’affranchir des normes qui régissent son métier quand il partage une information sur les réseaux sociaux ? C’est la question que soulève notre chroniqueur Jean Meissa Diop.

D’un journaliste on ne peut concevoir qu’il fourvoie son confrère en lui communiquant des fausses nouvelles pas plus qu’il ne diffuse des fausses nouvelles à destination du public. Malheureusement, par ces temps de réseaux sociaux, le partage d’informations est si courant, si banal que n’importe qui transfère n’importe quoi à ses amis et contacts.

Le journaliste devrait s’exclure de cette pratique en s’interdisant de partager une information dont il n’a pas vérifié l’exactitude. Il n’est point tellement besoin qu’une charte de déontologie en fasse une recommandation qui, d’ailleurs, tombe sous le sens : mais, il faut aussi le rappeler, à temps et à contretemps, par ces temps où l’infox est une règle au lieu de n’être qu’une exception, c’est-à-dire quand la manipulation, l’intoxication et la désinformation étaient – elles le sont toujours, du reste – des armes de guerre.

Temps de guerre signifie, de nos jours, et pour les états-majors politiques, période de campagne électorale et même en dehors de celle-ci. Le contenu des messages ne s’embarrasse pas de scrupule qui rejoint l’éthique personnelle sur l’exigence morale.

Pour en revenir aux journalistes qui partagent allègrement et sans scrupule professionnel sur les réseaux sociaux des informations dont ils ne sont pas sûrs de l’exactitude, notre avis est que ces plateformes ne sont en rien différentes de l’organe de presse à travers lequel le journaliste exerce sa mission, et aussi son engagement, de diffusion de l’information honnête, juste et vérifiée.

Il n’est pas concevable qu’il y dédouble sa personnalité ou son personnage  pour rendre « acceptable » son initiative de répandre la désinformation.

Sur les réseaux sociaux comme dans le cadre de son organe de presse, le journaliste n’a pas deux identités, il ne peut être Mister Hyde et Docteur Jekyll. Autrement dit, faire assumer au journaliste facebooker, usager des réseaux sociaux ce que le journaliste ne veut pas et ne doit pas assumer.

Oui, il y a des journalistes comme ça, qui veulent faire croire en la possibilité d’un double visage pour eux. Le moins avouable étant  celui sous lequel ils pratiquent ce que réprouve les principes d’éthique et de déontologie de leur profession qui stipule que « le journaliste digne de ce nom prend la responsabilité de ses écrits même anonymes ».

Post-scriptum

A la faveur des événements tragiques de Tambacounda où  se sont produits des affrontements sanglants entre deux camps politiques en  pleine campagne électorale, on a découvert un personnage truculent du nom d’Aliou Mbow qui signe « Mbow Caméléon » ses parodies de reportage.

Il raconte dans un français en dessous de l’approximatif des situations réelles. On l’a cru « journaliste citoyen », mais il est plutôt un parodiste du style des « Djalgaty Xibaar » de la chaîne dakaroise iRadio. Et en effectuant des recherches sur Youtube, on découvre aussi que Mbow se produisait – bien avant son fameux reportage de Tamba – sur Kakatar Tv où il a participé à plusieurs sketches humoristiques.

En découvrant Mbow, des journalistes se sont préoccupés croyant qu’il est un de ces nouveaux journalistes qui se disent « citoyens » et venant occuper ce que les journalistes citoyens appellent « le vide » et « les failles et aspects négligés par les journalistes « classiques » ». Mais, le journalisme n’est pas aussi banal ni aussi facile à exercer comme l’ont fait croire ceux qui le pratiquent avec désinvolture, sans scrupule, plus préoccupés par les avantages qu’ils peuvent en tirer que des exigences que cette profession professe.

 

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