Jean Meissa Diop Analyse – Les lois de la proximité

Pourquoi une information suscite plus d'intérêt qu'une autre ? Notre chroniqueur se penche sur la question suite au traitement médiatique de l'incendie de la Cathédrale Notre Dame de Paris.

L’incendie, le 15 avril 2019, de la cathédrale Notre Dame de Paris, aura rappelé aux journalistes que dans le traitement d’un événement comme ce désastre, entrent en jeu quatre axes dénommés « lois de la proximité ».

Des critères qui font que la priorité de traitement d’une information soit fonction de la proximité géographique, chronologique, psycho-affective et sociale que le journaliste et son organe de presse ont avec ce fait, qui peut même ne pas être d’actualité.

Et le réflexe du journaliste fonctionne désormais en fonction de ces quatre lois.

Il se produit dès lors chez le journaliste un tel automatisme, un tel réflexe que la sélection et le classement des informations devant constituer le « menu » deviennent les signes d’un professionnalisme indiscutable.

Ainsi, le schéma classique des lois de la proximité est une sorte de boussole à quatre directions dont le journaliste et son organe se trouvent au milieu, pris qu’ils sont à la croisée de ces quatre axes.

« La Corrèze avant le Zambèze »

Est-ce nouveau ? Est-ce récent ou d’une brûlante actualité ? Est-ce proche de moi ? Est-ce que ça intéresse mon public ?

« La Corrèze avant le Zambèze » avait dit le journaliste et homme politique français Raymond Cartier qui, bien que faisant allusion à la priorité des départements français par rapport aux colonies françaises d’Afrique, campait ainsi les lois journalistique de la priorité d’une information sur une autre. (Une autre version est donnée ici sur l’origine de cette formule).

Une boussole avec des cercles concentriques qui s’éloignent du journaliste à mesure que peut décroître l’intérêt, pour lui, de telle ou telle autre information.

C’est cela qui fait que des faits, des événements géographiquement éloignés du journal et du journaliste sont moins intéressants, moins à « prioriser » que ceux survenant ou survenus dans son voisinage immédiat.

Le 15 avril 2019, alors que des chaînes de télévision françaises, dont Tf1, France 2 et France 24, avaient modifié leurs programmes – dont le « sacro-saint » journal télévisé de 20 h – pour retransmettre en direct le spectaculaire incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à plus de cinq mille kilomètres de Paris, la chaîne de télévision nationale du Sénégal, Rts 1, ouvrait son journal du soir par la retraite spirituelle à Médina Gounass.

Nul ne pouvait reprocher à la télévision nationale sénégalaise son choix rédactionnel et son classement de l’actualité selon un ordre d’intérêt qui suit les fameuses lois de la proximité…

Aucun téléspectateur sénégalais – ou alors très peu de ceux qui suivaient le journal télévisé de ce soir-là, n’aurait accepté que Notre-Dame de Paris vînt en « une » devant un événement important se déroulant au Sénégal.

Les raisons d’un choix

Ce même 15 avril 2019, le site du prestigieux magazine américain Newsweek rapporte qu’au moment où le feu ravageait la cathédrale parisienne, un autre feu s’était déclaré à la mosquée Al Aqsa de Jérusalem.

A l’exception de l’agence de presse palestinienne, Palestine News Agency, dont votre serviteur a visité le site, (Al Aqsa avant Notre Dame de Paris, pour ainsi dire), très peu de médias mainstream ont fait cas de l’événement du feu à Al-Aqsa.

C’est plutôt aux réseaux sociaux qu’on devra la propagation de l’information concernant cet incendie d’une célèbre mosquée à Jérusalem.

Le 17 avril 2019, l’incendie de Notre-Dame de Paris était encore à la une des JT de 20 heures des chaînes de télévision françaises : 15 minutes sur France 2, 25 minutes du Tf1 ! Et le lendemain, le même événement à la une des JT de France.

On en parle parce que c’est « chez nous » et/ou que c’est émouvant. Sans être catholiques, des personnes à travers le monde se sont émues en raison de ce que représente Notre-Dame de Paris en termes d’esthétique et de valeur de patrimoine.

Et ainsi fonctionne un média et ses acteurs ; et c’est ainsi qu’un fait est traité au lieu d’un autre ; qu’un fait est plus visible qu’un autre en raison de sa proximité géographique, psycho-affective, sociale et/ou chronologique.

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