Jean Meissa Diop ANALYSE – Du rôle prépondérant du fact-checking en période de tension

Observant l'importante propagation de messages et de publications à des fins de manipulation liés aux récentes violences xénophobes en Afrique du Sud, notre chroniqueur relève à nouveau la fonction régulatrice du fact-checking.

Par ces temps où les fake news et les messages à usage de manipulation circulent à grande vitesse sur les réseaux sociaux autant que sur des médias dits mainstream, le fact-checking peut jouer un rôle de régulation.

La preuve : ces jours-ci, les actes d’hostilité réciproque entre Sud-Africains et Nigérians ont atteint une telle intensité au point de finir par impliquer les officiels des deux pays, à cause des violences xénophobes aussi meurtrières que dévastatrices en Afrique du Sud et des représailles au Nigéria contre des intérêts sud-africains.

Certes, il a existé des actes de vengeance et ou de représailles, mais pas tels – ou autant – que rapportés sur les réseaux sociaux.

Il s’agit, çà et là, d’images d’autres époques et de situations autres que celles que ces photos et vidéos prétendent illustrer en se recommandant de l’actualité brûlante.

Faire attention sur les réseaux sociaux

Par exemple, quand des images datant de 2015 et relatives à un incendie qui survint dans des locaux de la multinationale sud-africaine MTN situé dans l’État d’Akwa Ibom, au sud-est du Nigeria, un article de fact-checking a permis de rectifier que « des installations de MTN n’ont pas été attaquées au Nigeria en réponse aux violences xénophobes de septembre 2019 en Afrique de Sud.

Une autre image, qui a circulé, elle aussi, à grande vitesse, est celle relevant que « les Nigérians auraient brûlé l’avion d’une compagnie sud-africaine au Nigeria en réplique à la situation actuelle en Afrique du Sud ».  Or, le site d’information air-journal.fr évoquait en octobre 2018 qu’un ATR 72 avait pris feu à l’aéroport international Murtala-Muhammed de Lagos, au Nigéria. La compagnie aérienne avait expliqué que l’aéronef incendié était en train d’être soumis à des travaux de maintenance de routine lorsque l’incident s’est produit dans les locaux du hangar ». On est bien loin de représailles de Nigérians contre des intérêts sud-africains.

L’information exacte peut désamorcer les tensions et refréner les velléités de représailles qui peuvent être attisées par des fake news sur des actes de violences non avérés. Quand bien même certaines violences seraient réelles, en faire état avec des exagérations et de la manipulation c’est exacerber la crise, plutôt que permettre d’y voir clair dans une confusion qui s’installe et où les sources fiables sont moins attrayantes voire moins intéressantes que les propagateurs de manipulation.

Africa Check a voulu apporter sa part de régulation au sujet d’une vidéo sur des propos tenus en 2017, par le vice-ministre de la police sud-africaine, mais mis dans le contexte actuel.

« Ladite vidéo date de 2017. Elle était devenue virale en raison du message, jugé anti-étranger, du vice-ministre de la police sud-africaine. Elle a récemment été partagée sur Facebook et mise dans le contexte actuel relatif aux actes xénophobes constatées en Afrique du Sud », écrit le site de fact-checking.

Sur les réseaux sociaux et même dans certains médias, sont publiés des bilans, pays par pays, de ressortissants africains supposés avoir été tués dans les déferlements xénophobes en Afrique du Sud.

Sur la liste des prétendus morts, on cite des Sénégalais. Il a fallu, pour calmer les esprits, que le secrétaire d’Etat sénégalais aux Affaires étrangères et l’ambassade du Sénégal dans ce pays rassurent qu’aucun expatrié sénégalais en Afrique du Sud n’est mort dans les événements en cours.

Lutter efficacement contre la propagation de la désinformation

C’est contre des infox de ce type que des médias nigérians eurent, à l’époque de la campagne électorale pour la présidentielle dans ce pays, à lancer, le 28 novembre 2018, « CrossCheck Nigeria » une plateforme pour lutter contre les fake news.

Il ne fait pas de doute que cet outil de fact-checking, mis en place par une quinzaine d’organes de presse au Nigéria, a une utilité dans le traitement et la circulation des informations sur la crise entre le Nigéria et l’Afrique du Sud.

L’Afrique au Sud du Sahara  est réputée être une zone de prédilection des infox. Et c’est pour circonscrire les « dégâts » que, selon Ecofin Hebdo, «  Facebook a ouvert (…) son tout premier centre de vérification de contenus d’Afrique sub-saharienne. Ce nouvel investissement vient s’ajouter à ceux engagés depuis 2018 par la société américaine pour assainir sa plateforme, devenue l’un des principaux relais de désinformation, sur le continent, comme ailleurs. L’enjeu ici est de restaurer sa crédibilité, mais surtout préserver la liberté d’accès aux réseaux sociaux dont il fait actuellement parti des plus prisés ».

CFI (filiale du groupe France Médias Monde chargé de l’appui au développement des médias) veut apporter sa contribution à cette énorme tâche de régulation en lançant Vérifox Afrique « pour répondre au phénomène de propagation d’infox observé en Afrique ».

Pour le moment, le projet veut ouvrir l’expérience à 15 médias (TV, radio, presse écrite, pure player) du Bénin, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire, sélectionnés après un appel à candidatures. CFI sélectionnera cinq médias par pays.

Autant d’initiatives à saluer pour qu’entre les vraies informations et les fausses, le fact-checking s’impose comme un régulateur incontestable et un « désarmorceur » de tensions.

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