Jean Meissa Diop ANALYSE – De l’évaluation d’une source par le journaliste

Comment évaluer la source d'un journaliste ? Et comment ce dernier peut faire confiance à une source ? C'est la réflexion de notre chroniqueur.

« De source sûre », « A en croire une source haut placée », « Nous pouvons dire sans risque d’être démenti »… C’est par ces expressions, et tant d’autres du même genre, que le journaliste évalue sa source. Cette évaluation va du simple « A en croire », à « Selon une source absolument sûre » en passant par « D’après une source généralement bien informée ». La palette est bien large d’expressions par lesquelles le journaliste témoigne de la solidité et de la crédibilité d’une ou d’informations reçues d’un interlocuteur et dont il ne veut pas que le public doute. Et l’assurance du journaliste est toujours révélatrice de la fiabilité de la source à laquelle il se réfère. Tout dépend de la confiance du journaliste en sa source,  de la fiabilité dont il la crédite… Et il voudrait transmettre à ses lecteurs, à ses auditeurs cette assurance quant au sérieux de l’information obtenue à bonne source.

Une assurance qui contraste avec l’imprudence de tel homme politique sénégalais, qui, donnant à la presse une information, cita « des sources relativement fiables » (sic). Jamais un journaliste soucieux de précaution et de rigueur professionnelles ne « sourcerait » une information de manière aussi douteuse en invoquant une origine aussi incertaine. 

« La confiance a été et reste un élément déterminant de la diffusion de l’information : selon la source et la confiance que l’on a en (cette dernière), le jugement de valeur que l’on portera sur l’information sera différent », écrit Brigitte Simonnot dans la revue Documentaliste-Sciences de l’information.

L’équilibre entre les sources

Il y a l’évaluation des sources,  mais aussi leur équilibre entre elles. « On ne cite pas un inexpert pour équilibrer une information donnée par un expert », pour reprendre la boutade du journaliste Assane Diagne, directeur du Bureau Afrique de Reporters sans frontières. C’est cela le « faux équilibre » des sources. « L’idée de faux équilibre dans le traitement de l’info a été défendue par Nachama Brodies, journaliste sud-africaine, ancienne responsable du TRI Fact (Formation, Recherche et Information) à Africa Check. Elle soutenait que quand un journaliste, par souci d’équilibre, met l’avis d’un expert à celui d’un  »inexpert », son article n’est pas équilibré. Elle s’est, en effet, appuyée sur une étude de la direction de la BBC consacrée à ce sujet en juillet 2014. Cette étude recommandait aux journalistes, par respect aux contribuables – qui versent des redevances annuelles à la BBC -, de ne pas inviter les  »inexperts » sur le plateau pour parler de sujets qui ne relèvent pas de leur compétence, même s’ils sont porte-parole. »

En somme, c’est fausser l’équilibre des sources en faisant intervenir sur une même question deux ou plusieurs interlocuteurs dont certains ne maîtrisent pas le sujet ou n’ont pas la pertinence requise pour en parler.

En définitive, l’évaluation d’une source par un journaliste est modulable selon le degré de confiance que le journaliste lui-même a en celui qui lui communique une information. Et cette confiance, elle aussi, suppose une responsabilité du journaliste à l’assumer, en toutes circonstances.

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