FICHE D’INFO – L’asthme : causes, symptômes et prévalence d’une maladie cosmopolite

L'asthme est un problème de santé publique à travers le monde et, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie chronique la plus courante chez l'enfant. Cette fiche d'information présente l'asthme, ses symptômes, ce qui peut le favoriser et des estimations pour le Sénégal et le monde.

L’asthme est un problème de santé publique à travers le monde et, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la maladie chronique la plus courante chez l’enfant. Cette fiche d’information présente l’asthme, ses symptômes, ce qui peut le favoriser et des estimations pour le Sénégal et le monde.

Qu’est-ce que l’asthme ?

C’est une maladie qui touche les poumons. Elle figure sur la liste des affections respiratoires chroniques comprenant aussi le rhume des foins et la sinusite.

Il y a crise d’asthme lorsqu’il se produit « une inflammation au niveau des bronches », a expliqué Dr Fatimata Mbaye, pneumologue au Centre hospitalier national universitaire (CHNU) de Fann, à Dakar, dans un entretien avec Africa Check. « Les muscles autour des bronches se contractent, ce qui va réduire leur taille et, à l’intérieur des bronches, les parois se gonflent ».

En temps normal, les bronches sécrètent du mucus, indispensable pour les protéger et qui filtre « les impuretés » qu’on respire. Mais quand il y a une infection ou une inflammation, la sécrétion de mucus augmente (« hypersécrétion bronchique »), l’air a du mal à passer et ça entraîne des difficultés pour respirer », a-t-elle ajouté.

Est-ce qu’il est spécifique à une région du monde ?

« C’est une maladie cosmopolite qui intéresse tous les pays, tous les continents, toute la population mondiale », selon Dr Mbaye. En outre, il n’y a pas d’âge pour la développer : « On a vu des patients faire leur première crise d’asthme après 70 ans. Mais les personnes les plus vulnérables, ce sont les âges extrêmes : les enfants parce que leur poumon n’est pas mature, les personnes âgées (plus de 65 ans) » ainsi que les femmes enceintes.

Il y a différentes formes de traitement, tous les asthmatiques ne prennent pas les mêmes médicaments. Photo Pixabay.
Il y a différentes formes de traitement, tous les asthmatiques ne prennent pas les mêmes médicaments. Photo Pixabay.

Comment l’attrape-t-on ?

On en sait peu sur les causes de l’asthme, « mais on sait que c’est une maladie qui a des facteurs génétiques associés à des facteurs environnementaux », a dit Dr Fatimata Mbaye. On peut donc avoir l’asthme par un de ses parents, « pas seulement un parent de premier degré », ou développer la maladie à cause de la pollution. Et « les facteurs environnementaux sont très importants parce qu’ils regroupent beaucoup de facteurs qui favorisent la survenue ou peuvent réactiver l’asthme ». Ils sont appelés « déclencheurs » ou « facteurs déclenchants ».

Exemples de déclencheurs

Ils incluent « tout ce qui est pollution de l’air, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des maisons », mais aussi la moisissure, les poils de certains animaux et toute autre chose pouvant causer des allergies.

  • Fumées et gaz. Toutes les fumées et émanations de gaz sont susceptibles de causer une crise d’asthme : fumée de tabac, fumée et gaz de cuisson domestique (au feu de bois ou au charbon de bois), gaz d’échappement des voitures, gaz des usines ou d’autres sources.

 

Fumigation de l’encens et tabagisme, pratiques à risque

Dr Mbaye a souligné particulièrement la dangerosité de la fumigation de l’encens, pratiquée de longue date dans plusieurs pays et relevant, au Sénégal et au Mali notamment, de l’art de la séduction. Communément appelé cuuraay en wolof [prononcé « tchouraï », souvent orthographié « thiouraye »] au Sénégal et « wusulan » en bambara au Mali, l’encens désigne en réalité une large palette de mélanges ou décoctions de feuilles, plantes, écorces, racines, résines et autres produits ayant longuement macéré, destinés à être brûlés pour parfumer la maison, le corps, voire réveiller ou attiser le désir sexuel de l’homme.

Témoins de la place de cette pratique dans la vie des ménages : des encensoirs dits « and cuuraay » (Sénégal), « wusulan daga » (Mali), sont visibles dans de nombreuses maisons à Dakar et Bamako. Ce sont en général des poteries garnies de cendres et braises ardentes qui, une fois nourries d’encens, laissent échapper senteur et fumée.

« Notre culture du cuuraay ne fait pas bon ménage avec l’asthme. En présence d’un asthmatique, mieux vaut éviter de brûler le charbon de bois à la maison, de cuisiner avec le feu de bois à l’intérieur, de mettre des parfums de chambre ou de l’encens – que ce soit en racines ou en bâtonnets -, parce que tout ça, c’est toxique », a déclaré Dr Mbaye. Elle a également insisté sur les méfaits du tabagisme, surtout du tabagisme passif : « L’asthme est très fréquent chez les enfants dont les parents ou proches fument ».

 

  • Acariens et poils d’animaux. Les acariens sont des micro-organismes qui sont chez presque tout le monde : dans la literie, les poussières de maison, les peluches, les moquettes et tapis, les meubles rembourrés. Les animaux domestiques à fourrure peuvent aussi causer des crises d’asthme, les chiens et chats notamment, voire les moutons et chèvres pour certaines familles au Sénégal ayant reproduit en milieu urbain leur tradition pastorale de garder à domicile des ovins et caprins.
  • Moisissures et cafards. Le fait d’inhaler des moisissures est aussi susceptible de déclencher une crise d’asthme. Avec l’urbanisation effrénée, « maintenant, on construit des maisons qui sont mal aérées, mal ventilées, où il y a de l’humidité tout le temps », ce qui favorise l’apparition de ces taches verdâtres « surtout dans les toilettes », selon Dr Mbaye. Egalement en cause : les cafards et leurs déjections.

Comment se manifeste l’asthme ?

Les symptômes les plus courants comprennent la toux. « Tousser, c’est le premier réflexe dès qu’il se passe quelque chose d’anormal dans les bronches ou quand on inhale un corps étranger », a indiqué Dr Mbaye. Autres signes importants : « les difficultés à respirer, une sensation d’étouffer, un serrement de la poitrine. La personne qui fait une crise a du mal à respirer, mais surtout à expirer. On a l’impression qu’elle s’étouffe, et on l’entend siffler (« sifflement expiratoire »), l’air fait du bruit en essayant de forcer pour passer dans les tuyaux obstrués (« dyspnée »).

Peut-on en guérir ?

On ne guérit pas de l’asthme, mais on peut le contrôler. « C’est une maladie qui n’empêche pas de mener une vie réussie et active. Nous savons qu’il y a des champions olympiques qui sont asthmatiques et qui sont bien suivis », a souligné Pr Nafissatou Touré, chef du service de pneumologie du CHNU de Fann lors du 3e Congrès de la Société sénégalaise de pneumologie (SSP) tenu les 30 et 31 mars 2018 à Dakar.

Quel en est le traitement ?

Il y a différentes formes de traitement, tous les asthmatiques ne prennent pas les mêmes médicaments. Il existe des médicaments qui doivent être inhalés : « Ce sont les pompes que vous voyez avec asthmatiques quand ils font une crise, qu’on appelle les bronchodilatateurs rapides c’est-à-dire qui agissent très rapidement », a indiqué Dr Mbaye. D’autres médicaments sont sous forme de comprimés. Qu’ils soient à inhaler ou à avaler, les traitements de l’asthme doivent être respectés et se dérouler sous la surveillance d’un médecin pour éviter de se mettre en danger et développer des complications.

Comment peut-on s’en protéger ?

On ne guérit pas de l'asthme, mais on peut le contrôler. Photo AFP.
On ne guérit pas de l’asthme, mais on peut le contrôler. Photo AFP.

La prévention consiste à agir sur les facteurs environnementaux autant que possible. Cela signifie éviter les fumées, maintenir sa maison propre, aérée, éclairée, incluant les toilettes ; mais aussi privilégier les housses antiacariens, renoncer aux étoffes favorables à leur reproduction ou alors les nettoyer régulièrement, et entretenir régulièrement les installations pour l’aération ou le chauffage (ventilateurs, climatiseurs, radiateur).

A Dakar, il est recommandé de suivre les avis du Centre de gestion de la qualité de l’air (CGQA) qui surveille les niveaux de pollution dans la ville.

Une « école de l’asthme » à Dakar

Le service de pneumologie du CHNU de Fann a mis en place une « école de l’asthme », ciblant « tous les asthmatiques et leurs familles » mais aussi toutes les personnes s’occupant d’eux, incluant soignants et enseignants, « pour permettre de mieux vivre avec l’asthme, selon la SSP. Cet « espace d’apprentissage et d’échanges » est situé dans les locaux de la clinique de pneumologie de Fann.

Les séances d’éducation ont lieu le mercredi de 09H00 à 12H00 locales. On y participe en prenant rendez-vous par téléphone (+221 78 151 88 78).

Une « journée mondiale de l’asthme » depuis 1998

Il existe une « journée mondiale de l’asthme » instituée par l’Initiative mondiale contre l’asthme (Gina, pour Global Initiative for Asthma) et fixée en principe au premier mardi de chaque mois de mai. L’objectif est de sensibiliser et informer le public sur l’asthme, permettre qu’il soit mieux diagnostiqué et mieux pris en charge, selon Gina. La première journée mondiale s’est tenue en 1998, la 20e édition a eu lieu le 1er mai 2018, avec comme thème « L’asthme, une maladie à prendre au sérieux ».

Situation de l’asthme dans le monde et au Sénégal

L’OMS estime qu’il y a 235 millions d’asthmatiques dans le monde, dans une fiche d’information sur cette maladie actualisée en août 2017. De même source, 383.000 décès dus à l’asthme ont été enregistrés dans le monde en 2015.

Au Sénégal, il n’existe pas de données au plan national, faute d’études à cette échelle, ont expliqué plusieurs pneumologues sollicités par Africa Check. Les estimations se fondent en général sur des données hospitalières, a expliqué Pr Nafissatou Touré, répondant à Africa Check lors du 3e congrès de la SSP.

« Entre 2015 et 2016, on a (eu) aux alentours de 30.000 patients qui ont été consultés à Dakar pour pathologies asthmatiques et qui ont été traités », a affirmé Pr Touré. Elle a estimé que l’asthme était « sous-diagnostiqué » au Sénégal : « Je suis sûre qu’on a beaucoup de cas manquants et beaucoup de personnes qui ne se connaissent pas asthmatiques, qui font beaucoup de pathologies respiratoires et qui restent chez elles, ce qui ne nous permet pas d’avoir des chiffres exhaustifs sur le plan épidémiologique ».

En février 2018, Pr Mamadou Ba, pneumologue pédiatre et membre de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS), avait évoqué une prévalence de l’asthme à 10 % « dans la population générale » dans le pays, selon ses propos rapportés par l’Agence de presse sénégalaise (APS). Il n’a pas précisé à quel nombre correspondait ce pourcentage. Les multiples tentatives d’Africa Check pour le joindre sont demeurées sans suite.

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