FICHE D’INFO – Covid-19 : à la quête du remède

En attendant de trouver un remède efficace contre Covid-2019, les médecins ont recours à un certain nombre de traitements comme la chloroquine qui suscite une vive controverse, notamment en France. En dehors de la chloroquine d'autres traitements sont testés un peu partout dans le monde. Cette fiche d'info en liste quelques uns.

La chloroquine est sans doute, le remède le moins cher et le plus répandu dans le traitement du paludisme en Afrique, peut-on lire dans un article du journal Le monde.

Cependant, de moins en moins efficace parce qu’entraînant la résistance des parasites, elle n’est plus prescrite de manière systématique.

Santé France, l’Agence de santé publique en France, dans un article daté d’avril 2005, préconise une modification des recommandations de prévention du paludisme dans sept pays de la sous-région dont le Sénégal, la Gambie et la Côte d’Ivoire.

Mais dernièrement, la chloroquine, connait un regain d’intérêt depuis que le Professeur Didier Raoult a annoncé qu’elle avait des effets positifs sur la Covid-19.

Si au début, certains étaient dubitatifs, les autorités sanitaires sénégalaises n’ont pas hésité longtemps avant d’appliquer ce traitement, préconisé par Pr Raoult.

Le Professeur Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann à Dakar, a annoncé qu’il a décidé d’intégrer l’hydroxychloroquine, une molécule pour traiter les malades du coronavirus.

En France, le gouvernement a autorisé dans un décret, le 26 mars 2020, la chloroquine dans les traitements de la Covid-19.

Qu’est-ce que la chloroquine ?

« C’est une molécule qui est utilisée dans le traitement du paludisme », renseigne le Professeur Bamba Kane, Professeur agrégé de physiologie à la faculté de médecine et pharmacie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Au Sénégal, la chloroquine est commercialisée par le laboratoire Sanofi, sous le nom de Nivaquine.

« C’est le traitement qui a été le plus employé contre le paludisme, en préventif comme en curatif » ajoute Dr Cheikh Sokhna, biologiste, épidémiologiste, directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et également chef d’équipe à l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) de Marseille en France, dirigé par Pr Didier Raoult.

Déjà au XVIIe siècle, raconte Dr Sokhna, l’écorce amère de l’arbre à quinquina, d’où est tiré la chloroquine, était connue pour ses vertus contre la fièvre.

« Mais il faut attendre 1820 pour que Pelletier et Caventou, pharmaciens français, en isolent un alcaloïde fondamental : la quinine. Les deux premiers antipaludéens de synthèse, la chloroquine (Nivaquine) et l’hydroxychloroquine (Plaquenil), sont élaborés dans l’entre-deux-guerres par des chimistes allemands », informe le biologiste.

Toutefois, le médicament est de moins en moins prescrit seul, car il est devenu inefficace du fait de la résistance du parasite, explique Dr Sokhna.

La chloroquine est souvent associée à l’hydroxychloroquine qui en est un dérivé, selon le Professeur Bamba Kane de l’UCAD. Il indique que cette dernière est utilisée dans les mêmes indications que la chloroquine mais aussi dans certaines maladies auto-immunes.

Dans un article publié sur son site, l’Institut Pasteur explique que les maladies auto-immunes sont celles qui sont « dues à un dérèglement du système immunitaire qui se met à attaquer l’organisme qu’il doit normalement protéger ».

Polémique sur l’efficacité de la chloroquine contre Covid-19

Tout est parti d’une vidéo postée le 25 février 2020, sur le site de l’Institut Hospitalo-Universitaire de Marseille, dans laquelle Pr Didier Raoult annonçait que la chloroquine était efficace contre les coronavirus.

Le virologue français cite notamment des chercheurs chinois qui avaient déjà utilisé la chloroquine contre le SRAS (une maladie infectieuse causée par un virus appartenant à la famille des coronavirus qui a causé la mort de 800 personnes dans le monde en 2003). Il s’agit, entre autres, du Pr Zhong Nanshan qui a joué un rôle déterminant dans la lutte contre l’épidémie du SRAS en 2002-2003.

L’annonce du Pr Raoult, largement relayée à travers le monde notamment grâce aux réseaux sociaux, suscite aussitôt la polémique. C’est ainsi qu’au Sénégal, Dr Daouda Ndiaye, chef du service de parasitologie-mycologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar publie sur Facebook une vidéo, qu’il supprimera après, dans laquelle il dit toutes ses réserves et met en garde contre de faux espoirs.

Aux Etats-Unis, le président Donald Trump annonce le recours à la chloroquine avant d’être tempéré par les autorités sanitaires du pays.

En France certains spécialistes appellent à la prudence d’autres critiquent vivement Pr Didier Raoult. L’un des principaux reproches faits au Pr Raoult, c’est sa méthodologie. Mais, il se défend et maintient la pertinence de sa démarche.

Aujourd’hui, plusieurs pays dans le monde ont décidé de recourir à la chloroquine pour traiter les malades de Covid-19.

En revanche en Suède, des hôpitaux qui avaient commencé à utiliser la chloroquine dans le traitement de la maladie ont décidé d’y mettre un terme parce que « les preuves d’efficacité étaient faibles ».

La chloroquine déjà utilisée contre le SRAS

La chloroquine a montré son efficacité contre les coronavirus au début des années 2000, lors de l’épidémie du SRAS ou syndrome respiratoire aigu sévère, relate un article du Virology Journal .

Dans le détail, le SRAS, peut-on lire dans le document, est une maladie émergente qui a été signalée pour la première fois dans la province du Guangdong, en Chine, fin 2002. La maladie s’est rapidement propagée à au moins 30 pays dans les mois suivant sa première apparition, et des efforts concertés dans le monde entier ont permis d’identifier l’agent causal comme coronavirus du SRAS (SARS-CoV), un nouveau membre de la famille des Coronaviridae.

Ainsi, « la chloroquine s’est montrée  efficace pour prévenir la propagation du SRAS CoV en culture cellulaire », observe l’étude. Elle conclut qu’une inhibition favorable de la propagation du virus a été observée lorsque les cellules ont été traitées avec de la chloroquine avant ou après l’infection du SRAS-CoV.

Activités antivirales

Ces médicaments, selon Dr Sokhna, ont montré depuis plusieurs décennies une activité inhibitrice sur la réplication de nombreux virus.

Ainsi, explique-t-il, la chloroquine, un médicament antipaludique, s’est avérée efficace in vitro contre le SRAS-CoV-2 (le virus de Covid-19).

« L’hydroxychloroquine, utilisée dans les maladies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde et le lupus, a également démontré une activité antivirale in vitro contre le SRAS-CoV-2 », soutient-il.

Il ajoute que son action permet d’inhiber la réplication du virus.

Association avec l’azithromycine dans le traitement de Covid-19

La chloroquine est souvent associée avec l’azithromycine dans le cadre du traitement de Covid-19.

L’azythromicine est l’un des antibiotiques les plus utilisés dans les affections respiratoires, précise Dr Mawade Ndiaye, médecin à l’hôpital national de Pikine près de Dakar au Sénégal.

« C’est pour cela que certains praticiens ont jugé nécessaire de l’associer au traitement », dit-il. L’utilisation de l’azythromicine dans le traitement de la Covid-19, s’explique selon Dr Ndiaye, par le fait que la plupart des infections respiratoires dues aux bactéries sont sensibles à l’azythromicine.

Un article publié en 2013 dans Pediatric Child Health, la revue officielle de la Société canadienne de pédiatrie, explique notamment que l’azythromicine est devenue « l’un des antibiotiques les plus prescrits par les pédiatres, notamment pour traiter les infections respiratoires ».

Les autres « traitements » à l’essai

Dans une fiche d’informations publiée le 27 janvier 2020, le Professeur Moussa Seydi, infectiologue et médecin chef du service de référence pour la prise en charge des maladies infectieuses au Sénégal expliquait à Africa Check que le traitement de Covid-19 est symptomatique, « c’est-à-dire qu’il est guidé par les signes cliniques », indique Pr Seydi.

En réalité, il n’y a pas de traitement spécifique de la maladie, comme le souligne ce guide sur le Coronavirus de l’institut Pasteur de France.

Toutefois, en dehors de la chloroquine, d’autres médicaments ont été utilisés pour traiter les malades de Covid-19.

En France par exemple, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a rendu le 23 mars 2020 un avis relatif aux recommandations thérapeutiques dans la prise en charge du Covid-19.

Dans le document, l’HCSP liste, parmi les traitements: les antiviraux Remdesivir et Lopinavir/Ritonavir, l’hydroxychloroquine, les immunomodulateurs, ainsi que les anti-inflammatoires et les molécules à effets anti-inflammatoires.

Au sujet du Remdesivir, deux études aux résultats contradictoires sur son efficacité ont été publiées mercredi 29 avril 2020 après des essais cliniques en Chine et aux Etats-Unis.

En Chine et au Venezuela, des malades ont été traités avec l’interféron alfa-2b, un médicament utilisé contre la dengue, le cancer et les hépatites B et C.

Le président malgache, Andry Rajoelina a présenté Covid-Organics, « un remède à base de plantes médicinales locales » dont l’artemisia, une plante dont est extraite une substance utilisée dans les traitements contre le paludisme. Une annonce qui a suscité quelques mises en garde, même dans le pays.

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