FICHE D’INFO – La dépression et ses différents contours

La dépression est une maladie mentale qui fait partie des troubles de l’humeur. Elle est en tête des causes de morbidité dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au Sénégal, une étude menée en 2013 montre que 72 % des cas de dépression concernent les femmes.

Pour réaliser cette fiche d’info, Africa Check s’est basé sur les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais aussi, sur l’expertise du Professeur Lamine Fall, pédopsychiatre au Centre hospitalier national universitaire (CHNU) de Fann à Dakar et du Docteur Ibra Diagne, psychiatre et chercheur en système de santé également au CHNU de Fann.

Qu’est-ce que la dépression ?

Selon l’OMS, la dépression constitue un trouble mental courant, caractérisé par la tristesse, le sentiment de culpabilité ou de faible estime de soi, les troubles du sommeil ou de l’appétit, la sensation de fatigue, le manque de concentration, ainsi que la perte d’intérêt ou de plaisir.

La dépression est également une affection courante dans le monde et touche 300 millions de personnes, explique Dr Ibra Diagne.

Cette maladie, explique le médecin psychiatre et chercheur en système de santé au CHNU de Fann, diffère des sautes d’humeur habituelles et des réactions émotionnelles passagères face aux problèmes du quotidien.

Pour le Professeur Lamine Fall, pédopsychiatre au CHNU de Fann, on parle de dépression lorsque sur le plan psychologique, le sujet n’arrive plus à gérer les conflits psychiques.

Il explique : « les conflits psychiques existent chez tout le monde et concernent nos désirs et les interdits. Quand on arrive à gérer ces conflits, ça passe. Mais, lorsque ces conflits psychiques impactent dans notre efficacité, notre fonctionnement personnel, individuel, relationnel, scolaire, professionnel, là, il devient un trouble ».

Dans une description plus imagée, il compare la personne dépressive à un ballon qui se dégonfle. « Quand un ballon est bien gonflé, il tient bien. Mais quand on ouvre une sortie, le ballon va déprimer et s’affaisser. Chez une personne c’est exactement la même chose ».

Un trouble qui peut toucher n’importe qui

« La dépression touche les personnes de tous âges, de tous les horizons et de tous les pays », indique une fiche d’information de l’OMS réalisée en 2017 à l’occasion de la journée mondiale de la maladie mentale.

« Nous passons tous par les mêmes processus. Il y a toujours une possibilité de faire une dépression, quelle que soit la personne. Qu’on soit blanc, noir ou jaune », renchérit Pr Fall.

Les femmes sont plus touchées au Sénégal

Une étude menée en 2013 au Centre hospitalier national psychiatrique de Thiaroye a démontré que la dépression occupe le 4ème rang des consultations, selon Dr Ibra Diagne et que toutes les tranches d’âge sont touchées avec un pic entre 45 et 55 ans.

« On y retrouve une prédominance féminine estimée à plus de 72 %. Parmi ces cas de dépression, plus de 20 % des patients ont des idées suicidaires et 6 % ont tenté de se suicider », renseigne-t-il.

La dépression infantile, un trouble sournois

Les enfants (de 0 jusqu’à l’adolescence) sont également sujets à la dépression. Avec, cependant, des symptômes plus sournois qui vont parfois à l’opposé de ceux que l’on retrouve chez les adultes. D’où toute la difficulté de la détecter, selon Pr Lamine Fall.

« Un bébé, quand il est tout petit, il a besoin d’une continuité dans les soins. Si pendant un bout de temps il commence à s’habituer à une personne et que brusquement il y a une rupture, les changements qu’il va vivre vont être tellement traumatisants que ça peut faire qu’il va entrer dans un processus dépressif qui va être marqué dans les trois mois qui suivent. Avec malheureusement des signes trompeurs », explique à Africa Check le Professeur Fall.

Ces signes se déclinent, selon lui, sous forme de dermatose ou des troubles digestifs. Mais aussi, des infections, des insomnies ou des troubles alimentaires.

« Cela peut être tout et n’importe quoi. Et si rien n’est fait cela peut aller jusqu’à à la mort », prévient-t-il.

« Les signes de la dépression infantile sont différents par rapport à l’âge de l’enfant en souffrance. Les enfants un peu plus âgés, présentent des signes d’irritabilité et sont parfois maladroits. Un peu plus tard à l’école, « ils deviennent inattentifs, ils perturbent la classe. C’est comme s’ils cherchaient à se faire punir », analyse-t-il.

Comme traitement, le pédopsychiatre prescrit l’écoute. Il conseille : « ces enfants sont en souffrance, au lieu de les châtier, il faut plutôt les écouter, leur offrir une porte de sortie et leur permettre de reprendre confiance en eux ».

Un trouble lié à la « perte »

Généralement, la dépression découle d’une perte, explique le Pr Lamine Fall : « On relie très souvent dépression et perte : comme lorsque vous perdez espoir ou que vous perdiez quelque chose qui vous est chère et que vous avez l’impression de ne plus avoir ce qui pourrait vous permettre de tenir. Comme le travail, une épouse, un enfant ».

Autrement dit, selon Dr Ibra Diagne, la dépression résulte d’une interaction complexe entre des facteurs sociaux, psychologiques et biologiques.

« Il existe une interdépendance entre la dépression et la santé physique. Par exemple, une maladie cardio-vasculaire peut entraîner une dépression et vice versa », rajoute-t-il.

Les symptômes de la dépression

Les symptômes de la dépression sont nombreux et non spécifiques. Ils diffèrent d’une personne à l’autre, selon l’âge, mais aussi du type de dépression.

Mais, de façon générale, les symptômes de la dépression incluent la majorité des signes suivants, ressentis presque tous les jours pendant au moins deux semaines : « un sentiment persistant de solitude ou de tristesse », indique le Dr Diagne.

Ces signes majeurs de la dépression peuvent cependant être masqués chez certaines personnes dépressives, précise le Pr Lamine Fall qui révèle qu’il y a des personnes qui luttent contre la dépression et qui donnent l’impression de ne pas être tristes. « Ce sont souvent ces personnes qui vous disent « je souris, mais au fond de moi, ça ne va pas », explique-t-il.

A la tristesse, énumère Dr Diagne, s’ajoute un manque d’énergie, un sentiment de désespoir. Des troubles du sommeil ou de l’alimentation (trop ou trop peu). Une difficulté de se concentrer, la perte totale d’intérêt pour les activités agréables ou la socialisation, ainsi que des sentiments de culpabilité ou d’inutilité accompagnés d’idées de mort ou de suicide.

Toutefois, la plupart des gens qui se sentent déprimés n’éprouvent pas tous les symptômes et leur présentation varie en degré et en intensité d’une personne à l’autre, précise le médecin.

Les différents types de dépressions

Selon le nombre et la gravité des symptômes, explique le Docteur Ibra Diagne, un épisode dépressif peut être considéré comme léger, modéré ou sévère.

« Durant un épisode dépressif léger : la personne éprouvera quelques difficultés à poursuivre ses activités professionnelles et sociales courantes. Mais elle ne cessera probablement pas de fonctionner complètement ».

Lors d’un épisode dépressif sévère, il est improbable que le malade soit en mesure de poursuivre ses activités sociales, professionnelles ou privées, sauf de façon très limitée.

« En ce qui concerne les troubles affectifs bipolaires : ce type de dépression se caractérise par des épisodes maniaco-dépressifs entrecoupés de périodes d’humeur normale. Les épisodes maniaques correspondent à une période où l’humeur est élevée, irritable, à une hyperactivité, un important débit de paroles, une estime de soi exagérée et une diminution des besoins de sommeil ».

Des catégories de personnes plus exposées que d’autres

Globalement, explique le Professeur Lamine Fall, la dépression est une pathologie qu’on considère parfois comme familiale. Elle fait partie selon lui, des maladies mentales parfois transmises génétiquement.

« Lorsqu’une personne appartient à une famille maniaco-dépressive, les risques sont plus importants qu’elle fasse aussi des dépressions », souligne le spécialiste.

Sur le plan physiologique, les femmes (2 femmes/1 homme) sont plus exposées à cette maladie du fait de plusieurs facteurs comme, par exemple, les violences conjugales qui sont devenues de plus en plus fréquentes. Mais aussi, les hormones féminines qui sont incriminées dans la genèse de la dépression, révèle Dr Ibra Diagne.

Au niveau de l’âge, les jeunes sont également exposés, « surtout les adolescents chez qui le suicide est la 2ème cause de mortalité après les accidents de la route ».

Les seniors basculent eux aussi à causes de plusieurs facteurs, comme les modifications neurobiophysiologiques de la vieillesse, la solitude, la perte de l’autonomie », précise-t-il.

A ces personnes s’ajoutent celles qui prennent certains produits psychostimulants comme les corticostéroïdes et les anabolisants, ainsi que les personnes présentant des pathologies chroniques comme le cancer, l’insuffisance rénale, le diabète…

Peut-on guérir d’une dépression et quels sont les traitements ?

Une guérison sans séquelles est effective chez certains patients. Par contre d’autres « guérissent » en gardant un signe résiduel, confie Dr Ibra Diagne.

Pour aider les patients à remonter la pente et retrouver les mécanismes de défense nécessaire pour reprendre le dessus, il faut de l’écoute, préconise Pr Lamine Fall, qui reconnait, toutefois, que « parfois cela ne suffit pas ».

« Soit parce que la dépression est tellement profonde qu’il faut nécessairement prescrire des médicaments, quelque fois même en urgence, ou hospitaliser le patient parce qu’il y a des risques importants de passage à l’acte », dit-il.

Dr Diagne explique que des interventions destinées aux parents d’enfants présentant des problèmes de comportement pourront peut-être amoindrir les symptômes de dépression parentale et améliorer l’état des enfants en question.

Comment prévenir la dépression ?

« Si c’est dans une famille où il y a des risques de transmission, il faut être vigilant, à la limite l’attendre et pouvoir réagir au quart de tour », suggère Pr Lamine Fall.

« Sinon, il faut également être à l’écoute des personnes, savoir ce qui va et ce qui ne va pas et essayer de réduire les sentiments de perte et de découragement. Il faut aller vers elles, ne pas attendre qu’elles vous disent ce qui ne va pas », conseille le Professeur Fall.

Toujours dans le cadre de la prévention, les approches communautaires efficaces en la matière comprennent des programmes scolaires de prévention tendant à renforcer chez l’enfant et l’adolescent un modèle de pensées positives, renseigne le Docteur Diagne.

« Des programmes d’exercices à l’intention des personnes âgées peuvent aussi être efficaces pour prévenir la dépression », conclut-il.

Edité par Samba Dialimpa Badji

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