FICHE D’INFO – Le cancer du sein, une maladie qui n’épargne pas les hommes

En 2013, l'actrice américaine Angelina Jolie a annoncé avoir fait retirer ses deux seins pour réduire les risques de développer un cancer ayant causé la mort de sa mère. Son annonce a eu un retentissement mondial dans la lutte contre cette maladie qui n'épargne pas les hommes. Selon les estimations d'un observatoire dédié, elle a fait plus 626.000 décès dans le monde en 2018. Cette fiche donne plus de détails.

Deux personnes ont répondu aux questions d’Africa Check pour cet article : Dr Ibrahim Aïdibé, gynécologue-obstétricien sénégalais membre de plusieurs sociétés savantes, et Mansour Niang, secrétaire général de la Ligue sénégalaise contre le cancer (Lisca) qui existe depuis 1985. Tous deux sont basés à Dakar.

"Ensemble, vaincre le cancer" : un des messages de campagne de la Ligue sénégalaise contre le cancer, la Lisca. (Photo : Coumba Sylla)
« Ensemble, vaincre le cancer » : un des messages de campagne de la Ligue sénégalaise contre le cancer, la Lisca. (Photo : Coumba Sylla)

Qu’est-ce que le cancer du sein ?

« Le cancer du sein résulte d’un dérèglement de certaines cellules qui se multiplient de façon anarchique et qui finissent par former une masse appelée tumeur » et il existe plusieurs cancers du sein, « tout dépend du type de cellules qui sont atteintes », affirme Dr Ibrahim Aïdibé, membre de l’Association sénégalaise de gynécologie obstétrique (Asgo) et du Groupe interafricain d’études, de recherche et d’applications sur la fertilité (Gieraf).

Cancer lui-même est un terme général, souligne l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dans un article sur ce sujet mis à jour le 12 septembre 2018 : il « s’applique à un grand groupe de maladies pouvant toucher n’importe quelle partie de l’organisme. On parle aussi de tumeurs malignes ou de néoplasmes ».

Selon Dr Aïdibé, les différents types de cancer du sein « n’évoluent pas de la même manière. Certaines tumeurs sont dites agressives car elles évoluent très rapidement, et d’autres plus lentement ». Les cellules cancéreuses peuvent demeurer dans le sein ou se développer dans le reste du corps et toucher d’autres organes, « on parle alors de métastases ».

Ne concerne-t-il que les femmes ?

Non, les hommes peuvent être concernés car ils ont aussi des seins. Mais chez l’homme, « la glande mammaire est atrophiée, elle est toute petite », indique Mansour Niang de la Lisca. Dr Aïdibé précise que le cancer du sein chez l’homme est cependant rare (« moins de 1 % de tous les cancers du sein »), et que les hommes ne doivent « pas négliger les symptômes ».

« Le cancer du sein est plus fréquemment diagnostiqué chez les hommes de plus de 60 ans », note l’Institut national (français) du cancer (INCa). C’est le cas du Kényan Moses Musonga, 67 ans, qui a appris son statut en 2013, selon son témoignage diffusé par la radio britannique BBC le 30 octobre 2018.

Qu’est-ce qui le cause ?

Jusqu’à présent, « on ne peut pas dire exactement ce qui cause un cancer du sein. Il y a un ensemble de facteurs qui peuvent prédisposer au cancer du sein, ou un certain nombre de facteurs qui vont, ensemble, favoriser sa survenue », répond Mansour Niang.

« On parle de facteurs de risque », poursuit Dr Ibrahim Aïdibé. Il évoque « les facteurs de risque liés à l’âge », ceux « liés à nos modes de vie » comme la consommation d’alcool, de tabac ou le manque d’activités physiques, ceux « liés à certains antécédents médicaux personnels et familiaux » ainsi que « les prédispositions génétiques au cancer du sein ».

Le "défaut d'allaitement" est un des facteurs de risque du cancer du sein. (Image : Pixabay)
Le « défaut d’allaitement » est un des facteurs de risque du cancer du sein. (Image : Pixabay)

Parmi les facteurs de risque, M. Niang cite la puberté précoce, c’est-à-dire « quand la fille voit ses règles très tôt ». Certains lient la puberté à « la pousse des seins, mais la pousse des seins peut être (distincte) du début de la puberté. Chez la femme, la puberté, c’est quand elle commence à voir ses règles ». Pour certaines, cela arrive « à partir de 9 ans », pour d’autres, « à partir de 14 ans ». Un autre facteur de risque est « une ménopause tardive. L’âge moyen des cancers du sein, c’est 55 ans quand on fait le point au niveau mondial », dit-il. Il y a aussi « le défaut d’allaitement ».

Par ailleurs, quand on a dans sa famille une personne ayant eu le cancer du sein, « tant homme que femme », on y est exposé, selon l’INCa, « le risque augmente en fonction du nombre de parents proches concernés par ce cancer ». C’est le facteur « antécédents familiaux ».

« Il y aussi un facteur héréditaire », poursuit Mansour Niang, en lien avec les gènes transmis par les ascendants : parents, grands-parents, arrière-grands-parents…

Comment se manifeste-t-il ?

Plusieurs « anomalies » observées au sein devraient pousser à consulter son médecin, indique Dr Aïdibé : une boule dans le sein ; des ganglions durs au niveau de l’aisselle ; des modifications de la peau du sein et du mamelon, un changement de la taille ou de la forme du sein.

Mais il faut des examens précis pour établir le diagnostic du cancer du sein.

Comment faire pour établir le diagnostic ?

Il faut faire un « bilan initial » comprenant plusieurs examens, dont une consultation avec un spécialiste des cancers du sein, une mammographie et/ou une échographie des seins et des ganglions, dans certains cas un examen IRM (imagerie par résonance magnétique, à l’aide d’un appareil avec un aimant surpuissant) ou encore des biopsies. Une biopsie est un prélèvement chirurgical d’un fragment de tissu ou d’organe, destiné à être analysé lors de ce qu’on appelle un « examen anatomopathologique » (couramment, « examen anapath ») ou « examen histopathologique ».

Toute cette batterie d’examens doit permettre de dire si les symptômes constatés sont les manifestations d’un cancer du sein « et si oui, lequel, à quel stade il est », ajoute Mansour Niang.

Peut-on éviter le cancer du sein ?

« Il n’existe pas de mesures précises permettant d’éviter le cancer du sein. Il est recommandé d’avoir une bonne hygiène de vie, de faire du sport, d’éviter les toxiques classiques (alcool, tabac, etc.) », affirme Dr Aïdibé. Certaines femmes porteuses des gènes BRAC1 et BRAC2 se sont fait retirer les seins « à titre préventif. A titre d’exemple nous pouvons citer la célèbre actrice Angelina Jolie ».

Un « effet Angelina Jolie »

"Mon choix médical" : l'annonce par Angelina Jolie de l'ablation de ses seins pour réduire ses risques de cancer. (Capture d'écran du site du New York Times)
« Mon choix médical » : l’annonce par Angelina Jolie de l’ablation de ses seins pour réduire ses risques de cancer. (Capture d’écran du site du New York Times)

« Ma mère a livré bataille contre le cancer pendant près d’une décennie et est morte à 56 ans » : ainsi commence la tribune de la star hollywoodienne Angelina Jolie, publiée dans le journal américain The New York Times le 14 mai 2013. Dans ce texte, intitulé « Mon choix médical », elle annonce avoir découvert qu’elle est porteuse du gène BRAC1 hérité de sa mère, l’actrice Marcheline Bertrand décédée en janvier 2007.

Citant ses médecins, elle affirme qu’avec ce gène, elle avait 87 % de risque d’avoir un cancer du sein, et 50 % d’avoir un cancer de l’ovaire. Elle révèle qu’elle a fait retirer ses deux seins – une « double mastectomie préventive » – ce qui a fait baisser son risque de cancer du sein « à moins de 5 % », et qu’elle a subi une chirurgie reconstructrice avec des implants mammaires.

Son annonce a poussé de nombreuses femmes à faire un dépistage du cancer du sein, d’après des médias et études rapportés notamment par le magazine Sciences & Avenir le 23 septembre 2014. Une étude canadienne citée dans l’article évoque même un « effet Angelina Jolie » observé au Canada où « le nombre de tests de dépistage a doublé en seulement six mois après l’annonce » de l’actrice.

Le 24 mars 2015, moins de deux ans après sa double mastectomie, Angelina Jolie a annoncé, encore dans The New York Times, l’ablation préventive de ses ovaires, précisant qu’en plus de sa mère, sa grand-mère et une de ses tantes sont mortes de cancer. Elle a reconnu cependant qu’il « n’est pas possible d’éliminer tous les risques ».

Peut-on mourir du cancer du sein ?

« Malheureusement, la survie après un cancer du sein est variable selon le stade d’évolution de la maladie et du type de cancer », déclare Dr Aïdibé.

Peut-on en guérir ?

« Lorsque le diagnostic est fait à un stade précoce, les chances de survie et de guérison sont assez élevées », poursuit Dr Aïdibé. Donc, « oui, le cancer du sein est guérissable » s’il est « diagnostiqué au stade de début ».

Le stade du cancer est son « étendue » et son emplacement dans le corps au moment du premier diagnostic, explique la Société canadienne du cancer. De même source, « dans le cas du cancer du sein, il y a cinq stades, soit le stade 0 suivi des stades 1 à 4. Pour les stades 1 à 4, on utilise souvent les chiffres romains I, II, III et IV. (…). En général, plus le numéro du stade est élevé, plus le cancer s’est propagé ».

Quel est le traitement ?

D’après Dr Aïdibé, il existe « différents types de traitements » selon l’évolution du cancer du sein et la situation de la personne malade. Pour certains, il s’agit de « supprimer la tumeur » ; pour d’autres, de réduire le risque de voir les cellules cancéreuses réapparaître ; de contenir la tumeur ou les métastases.

Ces traitements vont de la chirurgie (pour retirer la tumeur, une partie ou tout le sein) à la chimiothérapie (à base de médicaments), en passant par la radiothérapie (par des rayons qui détruisent les cellules cancéreuses ou stoppent leur développement), l’hormonothérapie (pour réduire ou empêcher l’activité ou la production d’une hormone qui peut favoriser la croissance de la tumeur). Il existe aussi la « thérapie ciblée », visant à bloquer le développement de la cellule cancéreuse. Selon les besoins, il faudrait un seul type de traitement ou une association de plusieurs.

Certaines unités médicales contre le cancer proposent des soins palliatifs pour soulager les malades souffrant de douleurs atroces et leurs proches.

Quels sont les chiffres pour le Sénégal ?

« On ne peut pas vous donner de chiffres exacts » fondés sur des registres nationaux pour le Sénégal, déclare Mansour Niang, « on n’a que des estimations de Globocan », l’Observatoire mondial du cancer. Il s’agit d’une base de données du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, ou IARC en anglais), une agence spécialisée de l’OMS.

Pour 2018, selon des projections de Globocan arrêtées à septembre 2018, les estimations pour le Sénégal sont d’un peu plus de 10.500 nouveaux cas de cancers (36 types de cancers classés), tous âges et sexes confondus. Ce total général inclut près de 1.760 nouveaux cas de cancers du sein, alors que le cancer avec le plus de nouveaux cas est celui du col de l’utérus (près de 1.880 cas).

Les mêmes données font état de plus de 7.500 décès dus à tous les cancers. Avec plus de 830 morts, le cancer du sein est le troisième plus meurtrier pour cette période, derrière ceux du col de l’utérus (plus de 1.360 morts) et du poumon (plus de 1.080 morts).

Succès de la sensibilisation

La Lisca a cependant constaté que de plus en plus de femmes se faisaient dépister du cancer du sein à la faveur des campagnes dites « Octobre rose », organisées chaque année au Sénégal depuis 2010, assure Mansour Niang. L’édition 2018 a été marquée par plusieurs activités à Dakar et dans les régions et par une forte mobilisation.

La sensibilisation sur le cancer du sein pousse de plus en plus de femmes à se faire dépister au Sénégal, selon la Lisca. (Photo : Coumba Sylla)
La sensibilisation sur le cancer du sein pousse de plus en plus de femmes à se faire dépister au Sénégal, selon la Lisca. (Photo : Coumba Sylla)

Auparavant, rapporte-t-il, les femmes avaient du mal à venir se faire dépister », on en comptait « moins de 200 durant une campagne. De nos jours, quand on fait une consultation, il y a 2.000 femmes qui viennent en une journée, ça veut dire qu’il y a un changement », « il y a une prise de conscience ».

Quels sont les chiffres du cancer du sein dans le monde ?

Selon les estimations de Globocan arrêtées à septembre 2018, pour 36 types de cancers étudiés, le monde a enregistré au total plus de 18 millions de nouveaux cas. Ce chiffre comprend plus de 2,08 millions de nouveaux cancers du sein. Quant au nombre de décès pour la même période, il est estimé à plus de 9,5 millions incluant plus de 626.000 morts de cancer du sein.

Dans son article daté du 12 septembre 2018, l’OMS rapporte des chiffres de 2015 : « Le cancer, qui constitue la deuxième cause de décès dans le monde, a fait 8,8 millions de morts en 2015 » dont 571.000 dus au cancer du sein.

Edité par Assane Diagne.

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