FICHE D’INFO – La carie dentaire, une maladie courante pourtant évitable

La carie dentaire est une maladie de la dent qui peut attaquer le reste de la bouche et même d'autres organes du corps si on ne la traite pas. Elle est banalisée par certains mais elle est une des affections bucco-dentaires les plus courantes, selon des spécialistes. Explications dans cette fiche d'info.

La chirurgienne dentiste et universitaire sénégalaise Awa Gaye a répondu aux questions d’Africa Check sur le sujet.

Dr Awa Gaye, dentiste sénégalaise : La dent "n'est pas seulement l'organe dur et blanc qu'on voit dans la bouche". (Photo : Coumba Sylla)
Dr Awa Gaye, dentiste sénégalaise : La dent « n’est pas seulement l’organe dur et blanc qu’on voit dans la bouche ». (Photo : Coumba Sylla)

Dr Gaye est la cheffe du Service bucco-dentaire à l’hôpital de Fann, à Dakar, mais également la cheffe de la Division Santé bucco-dentaire au ministère sénégalais de la Santé. Elle est par ailleurs spécialiste en santé communautaire.

Qu’est-ce qu’une carie dentaire ?

Le mot carie vient du latin caries qui veut dire « pourriture ».

On parle de carie « quand la dent est attaquée par certaines bactéries » et si on ne fait rien, avec le temps, cette attaque fragilise la dent et y fait un trou, indique Dr Gaye. C’est la destruction progressive de la dent. Pour bien comprendre ce que c’est, il faut savoir que la dent « n’est pas seulement l’organe dur et blanc qu’on voit dans la bouche », précise-t-elle.

Une dent est composée de plusieurs couches, détaille-t-elle : « Ce qu’on voit dans la bouche, c’est la couronne, mais il y a une autre partie qui se trouve sous la gencive, c’est la racine. C’est ça qui permet à la dent d’être implantée au niveau de l’os de la mâchoire. C’est comme un arbre », avec une partie externe, visible, et une partie enfouie.

Coupe d'une dent avec les différentes parties et couches. Dessin publié dans Le Petit Larousse illustré 2018. (Photo : Coumba Sylla)
Coupe d’une dent avec les différentes parties et couches. Dessin publié dans Le Petit Larousse illustré 2018. (Photo : Coumba Sylla)

Des « populations de bactéries » dans la bouche

Une dent est composée de plusieurs couches. La première est l’émail qui, selon Dr Gaye, « sert de bouclier, il permet de protéger tout ce qui se trouve après ». Sous l’émail, il y a la dentine, encore appelée l’ivoire.

Sous la dentine, « il y a le paquet vasculo-nerveux », formé d’artères, de veines et de nerfs reliés les uns aux autres. Ces vaisseaux sanguins et nerfs s’unissent dans un tissu central mou, la pulpe, dont dépend la vie de la dent. « Mais on a également une partie de dentine au niveau des racines, qui va protéger le paquet vasculo-nerveux ».

De plus, notre bouche renferme de nombreuses bactéries – certains scientifiques parlent de « flore buccale », d’autres de « populations de bactéries ». Elles se déposent en permanence sur la surface des dents, formant ce qu’on appelle la plaque dentaire ou le biofilm buccal.

Ce qu’on mange et boit, surtout quand c’est sucré, perturbe l’environnement habituel de la bouche. Si on ne fait rien, cette perturbation peut conduire les bactéries à attaquer petit à petit l’émail, puis la dentine, et à la formation d’une carie.

Qu’est-ce qui provoque la carie ?

Les premiers mis en cause sont les aliments quand ils « restent longtemps dans la bouche, surtout ceux composés de sucres », répond Dr Awa Gaye.

Il existe « d’autres facteurs » favorisant la carie, comme « la cigarette, l’alcool ». Si les résidus provenant de tout cela « restent trop longtemps dans la bouche, cela veut dire qu’on a un problème d’hygiène », ajoute-t-elle.

Est-elle contagieuse ?

Dr Awa Gaye : "On ne ressent aucune douleur" au début d'une carie, mais elle peut causer des douleurs atroces à un certain stade. (Photo : Coumba Sylla)
Dr Awa Gaye : « On ne ressent aucune douleur » au début d’une carie, mais elle peut causer des douleurs atroces à un certain stade. (Photo : Coumba Sylla)

Dr Gaye est catégorique : « Non, une carie dentaire n’est pas contagieuse ».

Comment se manifeste-t-elle ?

La carie commence au niveau de l’émail en général mais au début, « on ne ressent aucune douleur, on ne voit rien » à l’oeil nu, selon la chirurgienne-dentiste. On devient un peu plus sensible au chaud et au froid « quand elle commence à progresser au niveau de la dentine ».

Si on la laisse évoluer sans rien faire, poursuit-elle, « on ressent un peu de douleurs quand on prend certains aliments. Plus elle progresse, plus les manifestations douloureuses continuent, jusqu’au moment où elle atteint la pulpe dentaire et là, elle fait énormément mal. Si on ne prend aucune mesure, le processus va continuer et entraîner une infection à la dent », qui peut s’étendre à d’autres organes.

Ces différentes étapes sont résumées dans un épisode de « C’est pas sorcier », une émission pédagogique de la chaîne de télévision française France 3. Cette vidéo a été mise en ligne le 21 novembre 2017.

Peut-on en mourir ?

« Peut-être pas directement », selon Dr Awa Gaye. Mais, avertit-elle, il ne faut pas négliger ou sous-estimer la carie, car elle « peut entraîner beaucoup d’autres maladies qui pourraient être fatales. Certaines complications de caries peuvent entraîner des infections » qui, en touchant d’autres organes, les affecteraient gravement, voire mortellement.

Peut-on la guérir ?

Oui, surtout quand elle est détectée tôt, « c’est pour cela qu’il faut aller consulter régulièrement un dentiste », dit Dr Gaye.

Quel est le traitement ?

Il s’agit de « nettoyer » la partie cariée de la dent « puis combler le trou qui a été formé » en utilisant des produits adéquats, explique Dr Awa Gaye. Dans le cas où la carie est « très avancée, il est possible de faire des traitements à l’intérieur de la dent », pour éviter de l’arracher, « et puis reconstituer la couronne ».

« Si on arrive au stade où on ne peut plus récupérer la dent, on est obligé de l’enlever », avance-t-elle. Dans ce cas, « il faut la remplacer. Il n’y a que les dents de sagesse qu’on ne remplace plus ».

Pour remplacer une dent, il existe différentes sortes de prothèses : certaines sont mobiles, d’autres fixées sur les dents ou sur l’os de la mâchoire, « c’est ce qu’on appelle des implants ».

Peut-on l’éviter ?

Se brosser les dents après les repas et avant d'aller au lit permet d'éviter les caries dentaires. (Photo : Coumba Sylla)
Se brosser les dents après les repas et avant d’aller au lit permet d’éviter les caries dentaires. (Photo : Coumba Sylla)

Oui, avec une « bonne hygiène dentaire », déclare Dr Gaye, « c’est la première des choses ». Cela revient à « éliminer régulièrement la plaque dentaire », sinon les couches de plaque s’accumulent et forment un dépôt solide, le tartre.

Le mieux, c’est de nettoyer régulièrement les dents et la bouche après avoir mangé « car c’est à ce moment qu’il y a le plus de débris en bouche ». « L’idéal, c’est trois fois par jour. Des études ont montré qu’un brossage après le petit déjeuner et avant de se coucher permet d’éviter les problèmes bucco-dentaires », précise-t-elle.

On peut utiliser une brosse à dents avec de la pâte dentifrice ou une fine tige, comme il en existe dans certains pays en Afrique ou au sein de quelques communautés ailleurs dans le monde.

« Sothiou », « gɛsɛ » ou « siwak »

Les "bâtonnets frotte-dents" ou sothiou proviennent de plusieurs espèces d'arbres. (Photo : Coumba Sylla)
Les « bâtonnets frotte-dents » ou sothiou proviennent de plusieurs espèces d’arbres. (Photo : Coumba Sylla)

Cette tige cure-dents est appelée « sothiou » (prononcé « sotchou ») au Sénégal,  » gɛsɛ » (prononcé « guessè ») au Mali. Dans certains pays d’Afrique de l’Est, on dit « miswaki » et dans des communautés arabes ou musulmanes, « siwak ». Ce dernier terme est utilisé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme autre appellation du « bâtonnet frotte-dents » dans un manuel intitulé « Promouvoir la santé bucco-dentaire en Afrique », publié en 2016.

« Le sothiou peut être utilisé très positivement » pour un nettoyage efficace de la bouche et des dents, affirme Dr Awa Gaye, « mais il faut le faire après avoir mangé, le faire régulièrement et surtout avec la bonne technique », tout comme pour la brosse à dents.

Les tiges peuvent provenir de différentes espèces d’arbres. Parmi les essences les plus courantes sur le marché au Sénégal, figurent le tamarinier, l’acacia et le colatier.

Pour leur usage, Dr Gaye recommande de prendre plusieurs choses en compte, notamment éviter de choisir une essence « dont la sève entraînerait des réactions allergiques » et penser à se rincer la bouche après usage, car « le sothiou laisse aussi des débris la plupart du temps ».

Quelle est « la bonne technique » ?

C’est celle qui permet de nettoyer les gencives et les dents, sans blesser les premières et sans laisser ni traces ni débris sur les dents, sans non plus les abraser, les abîmer.

On peut se nettoyer efficacement la bouche avec une brosse ou un bâtonnet frotte-dents si on prend soin de ne pas blesser ses gencives et de ne pas user l'émail en le frottant trop ou en laissant des débris entre les dents. (Photo : Coumba Sylla)
On peut se nettoyer efficacement la bouche avec une brosse ou un bâtonnet frotte-dents si on prend soin de ne pas blesser ses gencives et de ne pas user l’émail en le frottant trop ou en laissant des débris entre les dents. (Photo : Coumba Sylla)

Le plus simple, selon Dr Gaye, c’est « de faire des brossages qui permettent de balayer de la gencive vers la dent – on dit généralement ‘du rouge vers le blanc’ -, et de ne pas faire trop de pression, pour permettre aux poils de la brosse ou du sothiou de pouvoir rentrer entre les dents et enlever le maximum de débris alimentaires. Il faut nettoyer toutes les faces de la dent » ainsi que la langue.

Le mieux, c’est de suivre un schéma en passant « sur toutes les dents : de la face extérieure vers la face intérieure pour les dents du haut, puis la même chose pour les dents du bas, puis les faces qui mâchent. Si on le fait de façon désordonnée, on a tendance à oublier quelques fois ». Un brossage efficace devrait durer entre « deux et trois minutes ». Il est conseillé de remplacer sa brosse à dents trois fois par an.

A-t-on une estimation de l’ampleur des caries au Sénégal ?

La question a été étudiée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) du Sénégal au cours d’une enquête transversale nationale (« enquête STEPS ») menée en 2015 sur « les facteurs de risque des maladies non transmissibles ». Selon les résultats de cette enquête publiés en juin 2016, « pour la santé orale, l’hygiène bucco‐dentaire fait défaut, ce qui explique que plus de 76 % de la population présente ou a présenté une carie dentaire » au Sénégal.

Cette « prévalence à 76 %, c’est beaucoup », regrette Dr Gaye. Elle évoque des efforts faits et en cours par les autorités en faveur de la prévention des affections bucco-dentaires. Ainsi, depuis 2006, le Sénégal forme des infirmiers et sages-femmes pour qu’ils puissent « regarder globalement la bouche et donner les meilleurs conseils nécessaires », selon elle. Ces formations sont devenues plus soutenues « à partir de 2014. Pour l’instant, nous avons pu faire huit régions sur les quatorze » du pays, cela va se poursuivre.

Un chauffeur de taxi dakarois avec un "sothiou". Ce bâtonnet frotte-dents est d'un usage courant par beaucoup au Sénégal. (Photo : Coumba Sylla)
Un chauffeur de taxi dakarois avec un « sothiou ». Ce bâtonnet frotte-dents est d’un usage courant par beaucoup au Sénégal. (Photo : Coumba Sylla)

Cependant, précise-t-elle, « pour le traitement » de la carie et des maladies des dents, « il faut voir le professionnel dentaire : un chirurgien-dentiste ou, suivant les pays, un technicien supérieur en odontologie (médecine dentaire), des infirmiers qui sont spécialisés qui pourront faire des traitements, mais la meilleure personne indiquée qui puisse faire un traitement dentaire, c’est le chirurgien-dentiste ».

Et dans le monde ?

« Les affections bucco‑dentaires sont les maladies non transmissibles les plus courantes et touchent des personnes de tous âges, causant gêne, douleurs, déformations et parfois la mort », déclare l’OMS dans une fiche consacrée à la santé bucco-dentaire actualisée le 24 septembre 2018.

Se fondant sur une étude consacrée au poids de ces maladies dans le monde en 2016, l’agence onusienne estime que 3,58 milliards de personnes souffraient « d’affections bucco‑dentaires, la plus souvent constatée étant la carie des dents définitives ».

Edité par Assane Diagne.

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