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FICHE D’INFO – Fièvre de Lassa : ce qu’il faut savoir sur cette maladie et son virus

Par Coumba Sylla

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé l’existence d’une épidémie de fièvre de Lassa en Afrique de l’Ouest depuis janvier 2018, le Nigeria étant le plus affecté. Cette fiche d’information renseigne sur cette maladie et fait l’état de la situation à fin février 2018, selon les derniers bilans communiqués par l’agence onusienne et les autorités nigérianes.

Qu’est-ce que la fièvre de Lassa ?

Les premiers cas de fièvre de Lassa ont été enregistrés au Nigeria. Capture d'écran Channels TV/Youtube.

Les premiers cas de fièvre de Lassa ont été enregistrés au Nigeria. Capture d’écran Channels TV/Youtube.

C’est une fièvre hémorragique causée par un virus appelé virus de Lassa, du nom d’une ville au Nigeria, dans l’Etat de Borno (nord-est). C’est là que les premiers cas ont été identifiés en 1969, a expliqué à Africa Check Dr Ousmane Faye, responsable du département de virologie de l’Institut Pasteur de Dakar.

Existe-t-elle partout dans le monde ?

Elle est une endémie en Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire qu’elle existe en permanence dans cette région.

Depuis qu’elle a été identifiée, des cas ont été enregistrés dans plusieurs pays ouest-africains, en plus du Nigeria (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Bénin notamment), mais également en Afrique centrale (Congo, Centrafrique).

Sur son site, le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) affirme que « le nombre annuel de cas d’infections au virus de Lassa en Afrique de l’Ouest est estimé à entre 100.000 et 300.000, avec près de 5.000 décès ».

Comment l’attrape-t-on ?

Selon les scientifiques, le réservoir naturel du virus Lassa est un rongeur appelé « rat à mamelles multiples » ou « rat plurimammaire » (son nom scientifique est Mastomys natalensis), qu’on trouve en Afrique au sud du Sahara, en savane ou en forêt, autour des domiciles mais aussi dans les maisons.

Le virus Lassa se transmet à l’humain par contact avec l’urine ou les crottes de cet animal infecté : quand on touche aux objets souillés, quand on mange des aliments contaminés ou le rat lui-même, qui est consommé par certaines communautés. Ce virus peut ensuite se transmettre d’humain à humain par les liquides contenus dans le corps, notamment le sang, le sperme, les larmes…

« On n’attrape pas la fièvre de Lassa en faisant des accolades, en se serrant la main ou en étant assis auprès d’une autre personne », souligne l’OMS dans une fiche de sensibilisation élaborée en 2016.

 

Extrait d’une fiche de sensibilisation de l’OMS sur la fièvre de Lassa. (c) OMS

Comment se manifeste-t-elle ?

Les symptômes de la fièvre de Lassa apparaissent entre une et trois semaines après l’entrée en contact avec le virus : la température monte, on se sent faible, on a mal au thorax ou encore aux muscles. On peut aussi avoir des maux de tête et de gorge, des nausées, des vomissements et, dans des cas très graves, faire des hémorragies : le sang peut s’écouler de la bouche, du nez ou, chez les femmes, du vagin.

Peut-on en guérir ?

Le traitement disponible contre la fièvre hémorragique de Lassa est la ribavirine. C’est un médicament antiviral utilisé également pour traiter d’autres virus et qui, selon l’OMS, peut être efficace s’il est pris tôt, dès les premiers symptômes.

« Malheureusement, ce traitement ne représente pas une solution satisfaisante au problème que pose la fièvre de Lassa dans les pays endémiques (…) Et la ribavirine, dans les rares cas où elle est disponible sur le terrain, est le plus souvent administrée trop tardivement pour être efficace », précise l’Institut Pasteur basé à Paris.

Est-ce qu’il y a des séquelles ?

Ceux qui sont traités avec succès peuvent être fatigués ou avoir une sensation de vertige pendant plusieurs semaines. Les guéris de la fièvre de Lassa peuvent également éprouver des difficultés à entendre, ou devenir sourds (d’une oreille ou des deux), de manière temporaire ou définitive.

« Différents degrés de surdité se produisent dans environ un tiers des infections et, dans de nombreux cas, la perte auditive est permanente », selon le CDC. Les survivants de fièvre de Lassa peuvent aussi développer une inflammation du myocarde, le muscle cardiaque. Cette affection est appelée « myocardite ».

Comment peut-on s’en protéger ?

Le meilleur moyen de se protéger de la fièvre de Lassa est d’avoir une bonne hygiène et d’éviter les contacts avec les rats qui transmettent son virus : notamment se laver régulièrement les mains au savon, éloigner les ordures des maisons, ne pas consommer ces rongeurs, mettre la nourriture à l’abri d’eux (les récipients qui ferment bien et résistent aux rongeurs sont particulièrement conseillés par l’OMS), et bien cuire les aliments qui peuvent être cuits.

Si on est en présence d’un humain contaminé, il faudrait éviter d’entrer en contact avec ses sécrétions. Si on pense être soi-même contaminé, il faut éviter les contacts avec d’autres personnes et alerter ou faire alerter les personnels de santé.

Il n’y a pas encore de vaccin contre la fièvre de Lassa, mais des recherches sont en cours. Cependant, l’espoir d’en « trouver un rapidement reste encore faible », a dit Dr Ousmane Faye.

Extrait d’une fiche de sensibilisation de l’OMS sur la fièvre de Lassa. (c) OMS

Est-ce que le virus Lassa pourrait être éradiqué un jour ?

« Parler d’éradication me paraît très précoce à ce stade », a estimé Dr Faye. Selon lui, il reste encore des zones d’ombre sur les mécanismes qui permettent au virus d’apparaître et de se maintenir.

Qui travaille sur le virus Lassa ?

Le virus Lassa, comme ceux qui causent les fièvres hémorragique Ebola ou Marburg, fait partie des microorganismes (microbes, virus, bactéries) dits « pathogènes de classe 4 » ou « agents de classe 4 », considérés comme très dangereux, qui peuvent causer beaucoup de morts ou dont on n’a pas encore trouvé de vaccin ou traitement.

Ils doivent être manipulés par des scientifiques dans des laboratoires hautement sécurisés, appelés « laboratoires de classe 4 » ou « P4 ». Dans le classement des laboratoires, les P4 sont la catégorie en haut de l’échelle.

A l’Institut Pasteur de Dakar, « notre travail consiste à ce jour à disposer d’un diagnostic efficace pour identifier tout cas suspect » de fièvre de Lassa, étudier le virus et « participer avec d’autres groupes à la mise au point d’un vaccin », entre autres tâches, a expliqué Dr Ousmane Faye.

Selon lui, quelques laboratoires du même type existent en Afrique, mais « certains sont souvent confrontés à des difficultés en termes d’équipement et d’approvisionnement en réactifs », les produits chimiques nécessaires pour leurs travaux. Il existe un « Réseau international des Instituts Pasteur » regroupant 33 de ces établissements à travers le monde, dont dix en Afrique, selon leur direction internationale.

Bilans de l’épidémie actuelle en Afrique de l’Ouest

Le 28 février 2018, un communiqué de l’OMS au Nigeria a fait état de 72 morts parmi 317 cas confirmés par des analyses en laboratoire recensés par le Centre nigérian de contrôle des maladies (NCDC). Ce total a été décompté depuis le 1er janvier 2018, précise le texte, parlant d’un bilan « record » pour le pays : bien qu’elle y soit endémique, « la fièvre de Lassa n’a jamais atteint ce nombre de cas au Nigeria auparavant ».

Des décès ont également été dénombrés au Bénin voisin (huit morts sur 22 cas entre le 8 janvier et le 15 février 2018), en Sierra Leone (deux morts sur huit cas entre le 1er janvier et le 11 février), d’après des chiffres transmis à Africa Check par un porte-parole de l’OMS à Genève, Tarik Jasarevic, le 23 février 2018.

Au Liberia, sur 91 cas suspects dénombrés du 1er au 23 janvier 2018, 33 ont été confirmés par des tests en laboratoire, dont 15 sont décédés, selon un autre communiqué de l’OMS.

« Au Sénégal, aucun cas humain n’a encore été enregistré » à ce jour, a précisé Dr Ousmane Faye à Africa Check.

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