FICHE D’INFO – Focus sur l’insuffisance rénale

Bien que très peu connue l’insuffisance rénale est une maladie qui tue beaucoup. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que, globalement, 5 à 10 millions de personnes meurent d’insuffisance rénale chaque année. Cette fiche d’info fait le point sur cette pathologie qui commence à être connue au Sénégal.

Africa Check a sollicité les explications du Professeur Abdou Niang. Il est spécialiste des maladies rénales et chef du service de néphrologie de l’hôpital Dalal Diam de Guédiawaye.

Qu’est-ce que l’insuffisance rénale ?

Selon l’institut national de la santé et de la recherche médicale en France, INSERM, « l’insuffisance rénale résulte de l’évolution lente de maladies qui conduisent à la destruction des reins ». Le Professeur Abdou Niang, spécialiste des maladies rénales et chef du service de néphrologie de l’hôpital Dalal Diam de Guèdiawaye, précise que « c’est l’incapacité des reins à assurer leurs fonctions d’épuration de l’organisme. On parle d’insuffisance rénale lorsque le taux de créatine qui est le déchet de référence dans le sang est supérieur à la normale ».

« Cette incapacité peut être brutale, temporaire et réversible, en présence d’un traitement précoce et adapté. En ce moment on l’appelle une insuffisance rénale aiguë », ajoute-t-il.

Lorsque « l’incapacité (est) progressive et irréversible, c’est l’insuffisance rénale chronique. Elle apparaît lorsqu’il ne reste plus qu’un tiers des filtres, qu’on appelle les néphrons. Cette destruction peut se faire sur plusieurs semaines voire plusieurs mois », précise le néphrologue.

Le professeur Abdou Niang est spécialiste des maladies rénales et chef du service de néphrologie de l’hôpital Dalal Diam de Guédiawaye.

Quelles sont les  causes ?

« C’est l’hypertension artérielle qui est la première cause d’insuffisance rénale chronique au Sénégal. Et le traitement anti hypertenseur aussi précoce que possible, occupe une place capitale pour freiner la destruction des reins. Il est indispensable de maintenir constantes les valeurs tensionnelles au-dessus de 135-85 », souligne le Professeur Abdou Niang.

« Un élément important pour (éviter) cette hypertension artérielle, c’est la diminution de l’apport en sel dans l’alimentation », conseille-t-il.

Il ajoute que « la deuxième cause, ce sont les infections. En général ça peut être des infections bactériennes, virales ou parasitaires. On les appelle des glomérulonéphrites ».

L’autre cause importante d’insuffisance rénale au Sénégal est « le diabète ».

Actuellement, relève le Professeur Abdou Niang, « c’est une des causes les plus fréquentes d’insuffisance rénale dans les pays développés. Et si le diabète est dépisté précocement et traité correctement, il y a des chances raisonnables pour que les complications rénales, voire cardiaques ou cardiovasculaires s’installent plus tardivement et avec une intensité moindre ».

Hormis le diabète, relève le spécialiste, « une autre cause qui est très fréquente au Sénégal, c’est l’usage des médicaments toxiques traditionnels ».

« Aujourd’hui la pharmacopée traditionnelle est pratiquement utilisée par la grande majorité de la population et le degré de toxicité des produits utilisés est généralement inconnu. Et donc il faudra sensibiliser, mais surtout réglementer cette médecine traditionnelle », conseille-t-il.

Comment se manifeste-t-elle ?

Le néphrologue note que « l’insuffisance rénale est très mal connue des Sénégalais, justement du fait que cette pathologie ne présente pratiquement aucun signe à son stade initial. C’est une maladie qui apparaît dans ses symptômes de façon progressive, et pratiquement  jusqu’à un stade très avancé de la maladie ».

Ainsi, à un stade très avancé de la maladie, « le malade commence à ressentir une fatigue excessive à l’effort, un manque d’appétit, parfois un besoin d’uriner plusieurs fois la nuit. Une hypertension artérielle apparaît ainsi que des œdèmes ».

Pr Abdou Niang indique que « lorsque la maladie arrive au stade terminal, il y a énormément de signes qui apparaissent : une grande fatigue du fait de l’anémie, des troubles digestifs caractérisés par une perte d’appétit, un dégoût pour les viandes, de la nausée et puis le malade commence à vomir. On note un amaigrissement, des crampes au niveau des jambes surtout la nuit, mais aussi le malade commence à se gratter beaucoup. Et ensuite il y a des troubles du sommeil ».

Troubles des règles chez la femme, impuissance sexuelle chez l’homme

« L’insuffisance rénale chronique est une maladie grave parce qu’elle expose à plusieurs complications ».

Selon Pr Abdou Niang, il y a d’abord « des complications cardiaques comme des crises d’angine de poitrine, parfois même un infarctus du myocarde (mort de cellules d’une partie du muscle cardiaque secondaire) surtout chez les fumeurs ».

Ensuite, « l’insuffisance rénale chronique peut conduire à des complications neurologiques. Et souvent, justement au stade terminal, le malade peut se retrouver dans un tableau de coma. Il n’y a pratiquement que la dialyse qui pourra traiter ce type de coma ».

« Il y a aussi des problèmes de saignement parce que l’insuffisance rénale chronique favorise un saignement du fait des troubles de la coagulation qu’elle entraîne. Donc, on peut avoir des hémorragies digestives », prévient Pr Niang.

Cette maladie peut conduire à des troubles des règles chez la femme et à une altération des fonctions sexuelles chez l’homme, pouvant se solder par une impuissance sexuelle, fait savoir le néphrologue.

« La majorité des maladies qui sont à l’origine de l’insuffisance rénale vont détruire les deux reins en même temps. Mais si un seul rein est malade, voire détruit, il n’y a habituellement pas de signe évoquant une insuffisance rénale parce que l’autre rein va compenser le dysfonctionnement. C’est ce qui fait qu’aussi on peut vivre avec un seul rein. C’est pour cela que les gens peuvent donner leur rein », explique-t-il.

Comment traiter la maladie ?

Le Professeur Abdou Niang indique que le traitement de l’insuffisance rénale va dépendre de son type.

« Si elle est aigüe, c’est-à-dire que l’altération de la fonction rénale est transitoire, et qu’on démarre un traitement par la dialyse ou bien par d’autres types de traitement, le rein va récupérer et va redevenir normal ».

« Lorsqu’on arrête l’intoxication et qu’on fait un traitement, effectivement le rein peut récupérer. Mais en cas d’insuffisance rénale chronique, la perte est progressive et définitive. En ce moment, la seule façon pour le malade de vivre, c’est d’être soumis à un traitement par la dialyse ou bien par la transplantation rénale », fait-il savoir.

La dialyse en termes simples

Il existe deux méthodes de dialyse, fait savoir Pr Abdou Niang.

L’hémodialyse qui est la méthode consistant à épurer le sang grâce à des échanges entre le sang et un liquide de dialyse contenant des électrolytes à une concentration voisine de celle du plasma et la dialyse péritonéale qui consiste à introduire deux litres de dialysat (liquide fabriqué par la machine pour nettoyer le sang) dans l’abdomen par l’intermédiaire d’un petit tuyau.

« La dialyse péritonéale et l’hémodialyse sont gratuites dans les hôpitaux publics (sénégalais). Les difficultés d’accès sont dues au fait que la demande est largement supérieure à l’offre, d’où les listes d’attente », selon Abdou Niang.

Y a-t-il des chances de survivre à l’insuffisance rénale ?

« Il y a des malades qui vivent depuis plus de quarante ans en dialyse. (De même) qu’il existe des patients qui vivent depuis plus de quarante ans, voire cinquante ans, avec un rein qu’ils ont reçu de quelqu’un d’autre », assure le néphrologue Abdou Niang.

Des réponses à différentes questions relatives à l’insuffisance rénale, notamment « comment vivre avec une insuffisance rénale ? », et « comment la diagnostiquer ? » sont résumées dans l’émission « Allô Docteurs », de la chaîne de télévision France 5, mise en ligne le 19 décembre 2018.

La situation dans le monde et au Sénégal

Le rapport The Global Burden of Disease 2015 publié par l’OMS estime qu’en 2015, 1,2 millions de personnes sont mortes d’insuffisance rénale. Soit une hausse de 32 % depuis 2005. Le Professeur Abdou Niang ajoute que « la prévalence de la maladie rénale chronique est extrêmement inquiétante. Actuellement on estime à 800 millions le nombre de personnes dans le monde qui souffrent de maladie rénales chroniques ».

Les premiers signes de cette maladie « vont se révéler lorsque la destruction du rein concerne déjà une bonne partie de cet organe. (Au Sénégal), on parle très souvent de ceux qui sont en dialyse : ils représentent souvent moins de 10 % de tous les patients qui souffrent de maladie rénale chronique. C’est la partie visible de l’iceberg », relève Pr Niang.

Il ajoute qu’ « aujourd’hui, au Sénégal, nous avons environ 1000 personnes qui sont traitées par dialyse. Mais il faut noter que chaque année, il y a 1000 à 2000 nouveaux cas de Sénégalais qui auront une insuffisance rénale chronique arrivée au stade terminal et qui auront besoin de dialyse ».

Conseils à suivre pour la prévention

Pour prévenir la maladie rénale chronique, Pr Abdou Niang recommande de « réduire la consommation de sel ».

«Il faut aussi réduire la consommation de sucre et d’huile. Il est recommandé de pratiquer au moins 30 minutes d’exercice physique par jour, 4 jours sur 7 », conseille-t-il.

Le spécialiste ajoute qu’il est nécessaire de « contrôler régulièrement le taux de sucre dans le sang. Au moins une fois tous les 6 mois, au maximum chaque année. Il faut surveiller la pression artérielle au moins une fois tous les 3 à 6 mois. Il faut manger sainement, et en évitant le gras ; ceci permet d’éviter le surpoids et l’obésité ».

Autre recommandation : « éviter l’intoxication au tabac et à l’alcool, éviter l’automédication et l’utilisation des médicaments toxiques traditionnels. Il faut aussi boire 1,5 à 2 litres d’eau par jour, surtout chez les personnes âgées ».

Enfin, il invite les populations à « contrôler l’état de leurs reins, surtout chez les patients qui souffrent d’hypertension artérielle, de diabète ou de surpoids ».

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