Afrique : 35 milliards de dollars par an pour importer des vivres ?

L’Afrique débourse 35 milliards de dollars par an pour importer des produits alimentaires, selon le président de la Banque africaine de développement (BAD). Est-ce correct ?

A l’occasion de la célébration du 50e anniversaire de l’Institut international pour l’agriculture tropicale, le 28 juillet 2017, le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a relevé que «l’Afrique dépense actuellement 35 milliards de dollars par an pour l’importation de la nourriture».

«Ces 35 milliards de dollars devraient être conservés sur le continent africain. Il s’agit d’un marché que les jeunes africains peuvent exploiter pour créer plus de richesses chaque année», a-t-il dit.

A cet égard, M. Adesina a annoncé que la BAD, dans le cadre de son programme Feed Africa, va investir  24 milliards de dollars dans l’agriculture en Afrique, afin de renverser cette tendance.

Africa Check a examiné cette affirmation.

Sur quoi se fonde le patron de la BAD ?

Africa Check a saisi le département communication de la BAD dont le siège se trouve à Abidjan.  Celui-ci a répondu que l’institution financière s’est basée sur des données obtenues de la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement  (UNCTAD, en anglais) et de la FAO. Par ailleurs, il a partagé avec Africa Check un lien qui renvoie au nouveau plan stratégique de la BAD.

Sur la base des explications obtenues des experts de la BAD, le département communication souligne que ce phénomène est dû « à la croissance démographique générale en Afrique, à la faible productivité de l’agriculture africaine et à la faible transformation des produits agricoles».

En outre, «l’urbanisation tire la demande de denrées alimentaires de haute qualité (telles que le riz), qui ne sont pas fournies par des producteurs africains».

Les rapports annuels sur «le commerce et le développement » produits par l’UNCTAD renseignent sur le volume global des importations et exportations par région, tous biens et services confondus, puis les échanges de produits alimentaires au niveau mondial et non pas par région.

En Afrique par exemple, les importations de marchandises ont augmenté de 5,7% en 2014 et de 1,5% en 2015, selon le rapport 2016 de cette organisation onusienne.

Les importations de vivres augmentent-elles en Afrique ?

Des fruits et légumes considérés comme impropres à la consaommation exposés lors de la journée nationale d’action contre le gaspillage de nourriture en octobre 2016 à Paris. Photo AFP.
Des fruits et légumes considérés comme impropres à la consaommation exposés lors de la journée nationale d’action contre le gaspillage de nourriture en octobre 2016 à Paris. Photo AFP.

Dans le cadre d’un suivi des tendances du marché des produits agricoles aux niveaux mondial et régional, la FAO publie chaque semestre Perspectives alimentaires, un rapport  sur la situation de l’alimentation et le commerce des produits de consommation dans les différentes régions du monde.

«Les marchés des produits alimentaires mondiaux demeurent bien équilibrés, grâce notamment à des stocks abondants de blé et de maïs et au rebond de la production de produits protéagineux. La facture mondiale des importations alimentaires va au-delà des 1.300 milliards de dollars cette année, soit une hausse de 10,6% depuis 2016 », renseigne l’édition de juin 2017.

Rien qu’en Afrique au Sud du Sahara, la valeur des importations de nourriture a dépassé 35 milliards de dollars.

Evolution des importations de vivres de 2012 à 2017

 

Quels sont les produits les plus importés ?

En Afrique subsaharienne, la facture des importations évaluée en juin 2017 concerne particulièrement les  céréales, les huiles  végétales et le sucre d’après la FAO.

 

Pourquoi la facture gonfle?

Adam Prakash, économiste à la Division Commodities and Trade de la FAO et contributeur pour les rapports Perspectives alimentaires, a dit à Africa Check que «ces dernières années, l’Afrique subsaharienne importe des quantités de riz, de sucre et d’huiles végétales de plus en plus importantes, alors que les importations d’autres produits ont été relativement stables ».

«Cela explique l’augmentation des coûts à partir de 2013. La raison est simple. Il existe  une demande pour ces produits que les pays africains ne peuvent pas satisfaire ou ne peuvent pas produire de manière compétitive. Ce qui signifie que le prix à l’importation est inférieur au prix  de production domestique», selon lui.

Cependant, a précisé l’économiste, «quand on parle de facture des importations, ce n’est pas uniquement le prix du produit».

«Il faut y intégrer les coûts du fret. Ceux-ci ont connu des hausses importantes ces dernières années, surtout en 2017. La fluctuation du dollar peut  également avoir un effet sur l’ardoise », a-t-il ajouté.

Conclusion : la facture est sous-estimée

Le président de la Banque africaine de développement (BAD,) Akinwumi Adesina, évalue à 35 milliards de dollars la facture des importations de produits alimentaires en Afrique.

Rien que l’Afrique subsaharienne dépasse la barre des 35 milliards de dollars par an, selon les statistiques de la FAO. Celle-ci a consacré en effet entre 37 et 49 milliards de dollars par an à l’importation de produits alimentaires entre 2012 et 2017.

Parmi les produits les plus achetés à l’extérieur, les céréales arrivent en tête. La tendance est à la hausse du fait de la demande alimentaire croissante en Afrique, a confié à Africa Check Adam Prakash, économiste à la FAO.

En conséquence, la déclaration du président de la BAD sous-estime le montant consacré annuellement par le continent à l’importation de produits alimentaires.

Edité par Assane Diagne

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