La Côte d’Ivoire, pays africain qui connaît moins de coupures d’électricité ? Pas de preuve

Affirmation

"Sur les 54 pays africains, la Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus faible taux de coupures d’électricité par an, mieux que l’Afrique du Sud qui a une centrale nucléaire pour produire de l’électricité".

Source: Alassane Ouattara (Président de la République de Côte d'Ivoire)

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Verdict

Explication: La distribution d'électricité en Côte d'Ivoire a une bonne réputation, selon Jean-Pierre Fevennec, président de l’Association pour le développement de l'énergie en Afrique. Mais il n'existe pas de données qui permettent de confirmer la déclaration du président Alassane Ouattara.

  • La Côte d'Ivoire est le pays qui a le plus faible taux de coupures d'électricité par an, selon le président ivoirien Alassane Ouattara.
  • La Compagnie ivoirienne d’électricité affirme que le temps moyen de coupures est inférieur à 3 heures par mois, soit moins de 46 heures par an.
  • Pas suffisamment de données pour comparer avec tous les autres pays africains.


«Sur les 54 pays africains, la Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus faible taux de coupures d’électricité par an, mieux que l’Afrique du Sud qui a une centrale nucléaire pour produire de l’électricité », a affirmé le président ivoirien Alassane Ouattara dans une déclaration diffusée au journal télévisé de la RTI du 1er mai 2018. (Note : à partir de 12 minutes 57 secondes dans la vidéo.)

La Côte d’Ivoire est-elle vraiment le pays africain qui connaît le moins de coupures d’électricité ? Un lecteur nous a demandé de vérifier.

Sur quelles données se fonde le président Ouattara ?

Nous avons contacté le service de communication de la présidence ivoirienne pour savoir l’origine des données évoquées par le président Ouattara. Il nous a recommandé de nous diriger vers le ministère ivoirien des Mines et de l’Energie.

Notre courriel envoyé au service de communication dudit ministère est resté sans suite.

Existe-il un classement des pays africains ?

Nous n’avons pas trouvé des données d’un classement des pays africains sur le nombre moyen annuel de coupures d’électricité.

Toutefois, dans un article de l’hebdomadaire Jeune Afrique présentant des données compilées de la Banque mondiale, de l’Association des sociétés d’électricité d’Afrique, de l’Agence française de développement (AFD) et des sociétés nationales de cinq pays, la Côte d’Ivoire présentait le plus faible chiffre en termes de temps moyen de coupures d’électricité par mois en 2014.

De son côté, l‘Autorité nationale de régulation du secteur de l’électricité en Côte d’Ivoire (ANARE-CI) fixe à 40,2 heures le temps moyen de coupures d’électricité en Côte d’Ivoire en 2014.

Sur la même période, l’Afrique du Sud enregistrait 52 heures de coupures d’électricité à en croire une déclaration du ministre ivoirien du Pétrole et de l’Energie d’alors, Adama Toungara, rapportée par l’agence de presse privée ivoirienne Alerte Info.

Selon la Compagnie ivoirienne d’électricité, le temps moyen de coupures est inférieur à 3 heures par mois, soit moins de 46 heures par an.

Interrogé par Africa Check, Jean-Pierre Fevennec, président de l’Association pour le développement de l’énergie en Afrique relève que « la distribution d’électricité en Côte d’Ivoire a une bonne réputation, alors qu’il peut arriver qu’il y ait des coupures en Afrique du Sud pendant la période chaude (janvier-février) ».

Africa Check a contacté l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui a indiqué, à travers son service de presse, qu’elle ne disposait pas de classement faisant de la Côte d’Ivoire le pays avec le moins de coupures d’électricité en Afrique.

Des mineurs qui vivent dans des cabanes sans électricité, en 28 août 2012 à Marikana. AFP : AFP
Des mineurs qui vivent dans des cabanes sans électricité, en 28 août 2012 à Marikana. Photo : AFP.

Deux paramètres internationalement reconnus

En outre, dans son rapport « Making power affordable for Africa and viable for its utilities » publié en 2016, la Banque mondiale rend compte d’une enquête auprès des ménages dans sept pays : Ethiopie, Madagascar, Malawi, Mali, Niger, Nigeria et Sénégal. Les enquêteurs ont posé des questions sur la fréquence, la durée des pannes d’électricité ou les deux.

Le document signale que « malgré la gravité des interruptions de service, très peu de services publics de la région semblent mesurer la qualité du service selon les deux paramètres internationalement reconnus : l’Indice de durée d’interruption moyenne du système (SAIDI) et l’Indice d’interruption moyenne du système (SAIFI) ».

Il souligne que sur les 39 pays ayant des rapports annuels sur les services publics de l’électricité, « seuls 16 ont signalé des interruptions du système. Parmi ceux-ci, seuls le Cameroun, le Liberia, le Mozambique et l’Afrique du Sud ont effectué des rapports aux normes SAIDI et SAIFI ».

« Difficile d’évaluer la performance des services publics »

« Les services d’électricité des 12 pays restant (sur les 16 ayant signalé des interruptions du système, NDLR) ont indiqué la durée moyenne d’une panne, le nombre total d’heures de panne ou le nombre total d’interruptions du système (par exemple, la Guinée a signalé 1 962 arrêts dus à des pannes par an) », ajoute le rapport de la Banque mondiale.

« La mesure la plus couramment citée pour la fiabilité était la durée moyenne des coupures. Les services d’utilité publique dans cinq pays (sur les 12 évoqués) ont indiqué des cas de panne tels que les lignes à moyenne tension en Mauritanie et en Sierra Leone et le réseau de transport au Zimbabwe, tandis que les sept autres n’ont fourni aucune autre information ».

Même les quatre pays ayant déclaré des SAIDI et SAIFI ont cité des statistiques nationales mais pas les mesures dans les segments à basse tension au niveau de l’utilisateur final. Sans connaître la durée et la fréquence des interruptions de service pour les clients individuels, il est difficile d’évaluer la performance des services publics.

« L’absence généralisée de mesure de SAIDI et de SAIFI est elle-même une indication de ce qu’il reste à faire pour s’attaquer à un manque de fiabilité. Sans un suivi systématique, il sera difficile de mesurer les progrès et l’efficacité des mesures prises pour améliorer la fiabilité », selon le rapport de la Banque mondiale.

Conclusion : l’affirmation n’est pas prouvée

Le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, a récemment déclaré que son pays a le plus faible taux de coupures d’électricité par an sur le continent.

Dans un article de Jeune Afrique, la Côte d’Ivoire présentait le meilleur score en termes de temps moyen de coupures d’électricité par mois en 2014.

Par ailleurs, Jean-Pierre Fevennec, président de l’Association pour le développement de l’énergie en Afrique, a dit à Africa Check que « la distribution d’électricité en Côte d’Ivoire a une bonne réputation ».

Mais dans un rapport de 2016, la Banque mondiale fait état de l’existence de deux paramètres internationalement reconnus (SAIDI et SAIFI) pour évaluer le service public de l’électricité. Seuls quatre pays d’Afrique subsaharienne respectent ces critères, et la Côte d’Ivoire n’en fait pas partie.

A la lumière de ces données, on ne peut pas dire quel est le pays africain qui a le moins de coupures de courant.

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