Nos articles par flux RSS

Sénégal : les investissements sous Macky Sall dans le supérieur font-ils plus du double de ceux des 50 dernières années ?

Les investissements dans l’enseignement supérieur de 2012 à 2018 dépassent le double de ce qui a été fait de 1960 à 2012, a dit le président Macky Sall. Est-ce vrai ?

Par Birame Faye

« Ce que j’ai fait depuis 2012 [pour l’enseignement supérieur] dépasse de deux fois la somme de tous les investissements antérieurs pendant les 50 dernières années », a-t-il souligné.

Macky Sall présidait la cérémonie de présentation du Tome 1 de son ouvrage « Institutions, Gouvernance, Paix et Sécurité et Développement », le 25 mai 2018.

Nous avons cherché les preuves de cette comparaison.

D’où tient-on une telle affirmation ?

Africa Check a contacté le coordonnateur du pôle de communication de la présidence de la République, El hadji Hamidou Kassé. Il nous a mis en rapport avec Boubacar Sy, conseiller technique en charge de l’Education à la présidence de la République.

M. Sy, à son tour, nous a renvoyés vers Malick Sow, le secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

« Toutes les informations souhaitées sont disponibles » sur le site du ministère, a dit M. Sow, avant de nous renvoyer vers Nouhou Diaby, conseiller technique audit ministère, pour des « informations complémentaires ».

Africa Check a contacté M. Diaby, pour disposer des éléments sur l’évolution du volume financier des dépenses dans le supérieur entre 1960 et 2012. « Je ne connais pas un document qui peut vous renseigner sur cela. En tous cas, je n’en dispose pas à mon niveau », a-t-il répondu.

Combien l’Etat a-t-il investi dans l’enseignement supérieur depuis 2012 ?

Africa Check a consulté le rapport de suivi des décisions présidentielles du 14 août 2013 publié par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Ce document renseigne que les investissements déjà réalisés et les projets non exécutés entre 2012 et 2017 sont budgétisés à 424, 388 milliards F CFA. Cette évaluation prend en compte le coût de construction de l’université du Sine Saloum El hadji Ibrahima Niasse.

Le rapport comporte aussi le coût de construction de l’université Amadou Mahtar Mbow de Diamniadio encore en chantier pour ne citer que ces projets. Chacune des universités doit coûter 65 milliards F CFA, selon le ministère de l’Enseignement supérieur.

Dans la préface d’une étude sur le « financement public et extérieur de l’éducation au Sénégal » réalisée en 2016 par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) dans le cadre de la production de « comptes nationaux de l’éducation », le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Mary Teuw Niane, a écrit que « plus de 300 milliards (de F CFA) sont investis en infrastructures et équipements en cinq ans, de 2012 à 2017, contre moins de la moitié en plus de cinquante ans, de 1960 à 2012 ».

L’organisation onusienne reconnait « des investissements considérables en infrastructures pour l’enseignement supérieur » depuis 2013.

Des étudiants du département de géographie de l'UCAD, dans un amphithéâtre qui a fait le plein. Capture d'écran YouTube.

Des étudiants du département de géographie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Capture d’écran YouTube.

Quid de la période 1960-2012 ?

Africa Check a cherché des chiffres relatifs aux investissements dans l’enseignement supérieur de 1960 à 2012. Le rapport sur la situation de l’éducation au Sénégal de 2014 ne prend en compte que l’enseignement primaire, moyen et secondaire.

A travers une étude intitulée « Financement et politique éducative : le cas du Sénégal » entre 1960 et 1969, l’UNESCO a en effet été confrontée à ce manque de données financières en rapport avec l’enseignement supérieur contrairement aux cycles primaires et secondaires.

 « Pas de statistiques sur la période 1960-2012 »

Africa Check a saisi l’expert en éducation Cheikh Touré qui a participé à l’élaboration du Plan décennal de l’éducation et de la formation 2003-2013. « Globalement, les dépenses orientées vers le secteur de l’éducation ont toujours représenté un pourcentage considérable par rapport au budget du moment ».

Il a indiqué que « pour le moment, on ne connaît pas un document qui revient sur tous les investissements réalisés dans l’enseignement supérieur de 1960 à 2012 », même si, selon lui, « le ministre [de l’Enseignement supérieur] en a parlé à maintes reprises ».

« Ne disposant pas de statistiques sur toute la période 1960-2012, il est donc difficile de dire que le pouvoir actuel a investi le double de ce qui a été fait en 50 ans. Je ne dis pas qu’un document n’existe pas mais, pas à ma connaissance et je suis dans le secteur depuis plus de 40 ans », a-t-il ajouté.

Conclusion : il n’y a pas de preuves qui autorisent une comparaison

La président sénégalais Macky Sall affirme que ses investissements dans l’enseignement supérieur depuis 2012 dans le pays dépassent « de deux fois la somme de tous les investissements antérieurs pendant les 50 dernières années ».

Les données du ministère de l’Enseignement supérieur montrent un accroissement des investissements dans le secteur entre 2012 et 2017, une tendance à la hausse confirmée par une étude de l’UNESCO.

Toutefois, les mêmes sources officielles reconnaissent le manque de données complètes sur la part des dépenses publiques dans l’enseignement supérieur entre 1960 et 2012.

En raison de l’absence de données sur la période 1960-2012, la comparaison est donc impossible.

 

© Copyright Africa Check 2018. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org".

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Africa Check encourage une discussion franche, ouverte et inclusive sur les sujets évoqués sur son site. Pour nous assurer que la discussion est en conformité avec des objectifs, nous avons mis en place un réglements pour ces contributions

Les contributions doivent:

  • Etre en rapport
  • Etre rédigées en français

Les contributions ne peuvent pas:

  • Etre diffamatoires, obcènes, abusives, menacer veis et faites dans un langage menaçant
  • Encourager ou constituer une conduite illégale
  • Véhiculer des informations personnelles sur vous sur les autres, susceptibles de mettre quelqu'un en danger
  • Contenir un URL inadapté
  • Constituer un courrier indésirable ou non autorisé
  • Etre soumise plusieurs fois sur le même sujet et le même article

En faisant une contribution, you acceptez que, en plus de Règlement intérieur, vous êtes lié à l'ensembel des termes et conditions d'Africa Check accessible sur le site web.

*