L’Afrique importe-t-elle 24 millions de tonnes de riz par an ?

Commentaires 3

Affirmation

« Malgré une hausse de la production rizicole, l’Afrique importe chaque année près de 24 millions de tonnes (…) d’un coût de 7 milliards de dollars ».

Source: Harold Roy-Macauley (directeur général AfricaRice)

incorrect

Verdict

Explication: Selon les statistiques disponibles produites par la FAO, le volume des importations de riz n’a pas atteint 16 millions de tonnes par an depuis 2013.

  • Des médias ont attribué au directeur général d'AfricaRice, Harold Roy-Macauley, les propos selon lesquels  l’Afrique importe chaque année près de 24 millions de tonnes (…) d’un coût de 7 milliards de dollars.
  • AfricaRice explique que son directeur général parlait des chiffres de la consommation du riz, en Afrique sub-saharienne, que la presse a cités incorrectement en les confondant avec le volume des importations de riz.
  • Selon la FAO, les importations de riz n’ont pas atteint 16 millions de tonnes par an depuis 2013.


À la suite de la publication de ce fact-check, le site Jeune Afrique a rectifié son article. Dans sa correction "Non, l’Afrique ne dépense pas 7 milliards de dollars par an pour ses importations de riz ! "  , le média a également notifié que le continent importe du riz en quantité, "mais pas les 24 millions de tonnes annoncées par erreur fin mai".

« Malgré une hausse de la production rizicole, l’Afrique importe chaque année près de 24 millions de tonnes (…) d’un coût de 7 milliards de dollars », a dit Harold Roy-Macauley, devant un panel d’experts le 30 mai 2018.

Ces propos ont été repris par plusieurs médias sénégalais et internationaux comme Jeune Afrique, Le Monde et Afrik Mag.

Mais l’Afrique importe-t-elle autant de tonnes de riz chaque année ?

 D’où tire-t-on ce volume de riz importé ?

Africa Check a contacté la direction d’Africa Rice à Abidjan. La chargée des relations médias, Savitri Mohaptra, a précisé « qu’Africa Rice suit les statistiques produites par le ministère de l’Agriculture de Etats-Unis et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ».

Mme Mohaptra a également partagé avec Africa Check une étude intitulée « Realizing Africa’s rice promise ». Le centre de recherche y souligne que la production de riz en Afrique était estimée à « 24,8 millions de tonnes » en 2010.

« Notre directeur général, Harold Roy-Macauley, m’a expliqué qu’il avait utilisé des chiffres de la consommation du riz, en Afrique sub-saharienne, que la presse a cités incorrectement en les confondant avec le volume des importations de riz. En ce qui concerne, la valeur d’importation du riz, le livre (l’étude) d’Africa Rice cite plus de 5 milliards de dollars US en 2009 », a-t-elle expliqué.

Combien de tonnes de riz ont été importées ?

La FAO collecte et publie les seules statistiques sur les productions et les importations alimentaires à travers une publication biannuelle appelée Food Outlook.

La FAO y fait état du volume des importations alimentaires africaines dont le riz.

 

Combien coûte le riz importé en Afrique ?

Le rapport de mise à jour des prix du riz de la FAO est un bulletin mensuel qui revient sur les cours du riz dans les principaux pays exportateurs. Le riz thaïlandais a le prix le plus bas et est très exporté vers l’Afrique.

« Dans le cadre de notre surveillance du marché du riz et de nos publications, nous suivons le commerce du riz en termes de volume, c’est-à-dire en termes de poids (en tonnes) et non en termes de valeur », a précisé à Africa Check Mustafa Shirley, économiste à la Division des Marchés et du Commerce (Trade and Markets) de la FAO. Cette division est chargée de suivre l’évolution de la situation des marchés alimentaires dans le monde.

Conclusion : l’information est erronée

Le directeur général d’Africa Rice, dans des propos que lui a attribués la presse, a dit que l’Afrique importe chaque année 24 millions de tonnes de riz. Contacté par Africa Check, il a nié avoir tenu ces propos.

Selon les statistiques disponibles produites par la FAO, le volume des importations de riz n’a pas atteint 16 millions de tonnes par an depuis 2013.

Les statistiques n’édifient cependant pas sur la facture des importations de riz. Ainsi, les 7 milliards de dollars annoncés par certains médias comme étant le coût des importations de riz n’engagent ni la FAO, ni Africa Rice.

En conséquence, l’information est erronée.

Edité par Assane Diagne

© Copyright Africa Check 2018. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org”.

Commenter cet article

Commentaires 3
  1. Par Gazeleau

    C’est excellent de fournir les sources avec l’article, merci.

    Mais du coup on peut y voir que les importations semblent sensiblement augmenter depuis 2013.
    Donc la problématique reste la même: Comment réduire ces importations (augmenter la production continentale ou proposer des produits alternatifs locaux) ?
    Ou bien ces importations sont ou seront-elles compensées par plus d’exportation, et quelles exportations ?

    Répondre
  2. Par Byz

    Merci pour ces chiffres.
    Il est navrant de voir ce contient aux terres si riches importer du riz pour la consommation de ses habitants…
    Les pouvoirs publics dans ces pays africains font en sorte que cette situation perdure en s’enrichissant sur les importations des denrées alimentaires

    Répondre
  3. Par Michel Merlin

    L’Afrique sub-tropicale a cessé vers 1960 d’être alimentairement auto-suffisante
    La production agricole n’a cessé d’y croître, mais la population n’a pas non plus cessé de croître, et à une vitesse plus grande ; les 2 courbes, production et population, se sont croisées vers 1960.
    Il ne faudrait pas y voir de rapport avec la décolonisation, qui par coïncidence s’est aussi produite autour de 1960 ; il y a peu d’interaction entre ces 2 grands phénomènes, essentiellement économique pour l’un et politique pour l’autre, la décolonisation aurait pu avoir lieu 50 ans plus tôt (1910) ou plus tard (2010) cela n’aurait pas changé grand chose aux 2 courbes, qui se seraient toujours croisées vers 1960.
    Plus de détails dans Espoir pour l’Afrique Noire, Pierre Merlin (feu mon père), éd Présence Africaine, préface 1ère édition Jacques Delors (« Ce livre est un trésor »), préface 2ème éd Jacques Diouf (alors DG de la très concernée FAO)
    Versailles, Tue 19 Jun 2018 14:55:00 +0200

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Africa Check encourage une discussion franche, ouverte et inclusive sur les sujets abordés sur son site Web. Pour que la discussion réponde à ces objectifs, nous avons établi un règlement intérieur simple pour les contributions.

Les contributions doivent:

  • Etre en relation avec le sujet de l’artcle ou de la publication
  • Être écrit en francais

Les contributions ne peuvent pas:

  • Etre dans un langage ou contenir des informations diffamatoires, obscènes, abusives, relever de la menace ou du harcèlement;
  • Encourager ou constituer un comportement illégal
  • Véhiculer un message à l’égard duquel une autre partie détient les droits, lorsque vous n’avez pas acquis ces droits;
  • Contenir des informations personnelles sur vous ou d’autres personnes qui pourraient mettre quelqu’un en danger;
  • Contenir des URL inappropriées;
  • Constituer du courrier indésirable ou de la publicité non autorisée;
  • Être soumis à plusieurs reprises comme commentaires sur le même article ou post;

En faisant une contribution, vous acceptez qu’en plus de ce règlement intérieur, vous soyez lié par les . Les conditions générales d’Africa Check peuvent être consultées sur le site Web.

*