Oui, le Sénégal est parmi les 5 pays africains à « risque faible de surendettement »

Affirmation

Le Sénégal fait partie des 5 pays africains à risque faible de surendettement.

Source: Abdoulaye Daouda Diallo, ministre sénégalais des Finances et du Budget.

correct

Verdict

Explication: Les données du Fonds monétaire international (FMI) consultées par Africa Check montrent que le Sénégal fait partie des 5 pays africains à risque faible de surendettement et que c'est le seul de la Cedeao dans cette situation.

  • « Sur les 55 pays de l’Union Africaine, le Sénégal fait partie des 5 pays à risque de surendettement faible. Et parmi les pays membres de la Cedeao, le seul à risque de surendettement faible » (Abdoulaye Daouda Diallo).
  • Le Sénégal parmi 4 pays africains à « risque de surendettement faible ». Les autres pays étant l’Ouganda, la Tanzanie et le  Rwanda (FMI).
  • Le changement d’année de base de ses comptes nationaux, la faisant passer de 1999 à 2014 a permis au Sénégal de rester dans le « faible risque de surendettement » (Mady Cissé, économiste).


Face aux députés, le 30 juin 2019, le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Abdoulaye Daouda Diallo, a affirmé que « sur les 55 pays de l’Union Africaine, le Sénégal fait partie des 5 pays à risque de surendettement faible. Et parmi les pays membres de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), le seul  à risque  de surendettement faible ».

Le ministre donnait  ainsi, les raisons qui, à ses yeux, font que le Sénégal est à l’abri d’un autre programme d’ajustement structurel du fait « d’une bonne maîtrise de l’économie ».

Quelles sont les sources du ministre ?

Nous avons joint le service de communication du ministère des Finances et du Budget.

Celui-ci a mis à la disposition d’Africa Check un lien qui renvoie à un extrait d’un document du Fonds monétaire international (FMI)  portant sur l’analyse du degré d’endettement tolérable des pays éligibles au fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (RPC).

Celui-ci classe le Sénégal parmi 4 pays africains à « risque de surendettement faible ». Les autres pays étant l’Ouganda, la Tanzanie et le  Rwanda.

On constate que dans la liste, le Sénégal est le seul pays de la Cedeao à être crédité d’un « risque faible de surendettement ».

Selon le FMI, un pays qui présente un risque élevé de surendettement est un pays qui est dans « l’incapacité à assurer le service de la dette publique ».

5 pays à « risque faible de surendettement »

Dans son rapport portant sur les « perspectives économiques  régionales » en Afrique subsaharienne, publié en avril 2019, le FMI présente, à la page 7, un graphique qui indique le nombre de pays par niveau d’endettement.

En 2018, 5 pays présentaient un risque faible de surendettement mais le graphique ne précise pas lesquels.

« Le FMI a travaillé sur un échantillon de 35 pays dans son graphique », précise l’économiste Mady Cissé.

A l’analyse du document, on constate que le Sénégal ne fait pas partie des « seize pays d’Afrique subsaharienne considérés comme présentant un risque élevé de surendettement (Burundi, Cameroun, Cabo Verde, Éthiopie, Ghana, République centrafricaine, Sierra Leone, Tchad et Zambie) ou comme surendettés (Érythrée, Gambie, Mozambique, République du Congo, Sao Tomé-et-Príncipe, Soudan du Sud et Zimbabwe) ».

Le Sénégal se trouve dans le lot des dix-neuf qui sont « peu à moyennement exposés à l’endettement ».

Toutefois, dans un autre document du FMI, intitulé Évaluation de la transparence des finances publiques, publié en janvier 2019, il est indiqué, à propos du Sénégal que « bien que le risque de surendettement soit jugé faible, si la croissance et le déficit primaire revenaient à leurs moyennes historiques, la dette dépasserait le seuil communautaire de 70 % du PIB d’ici une quinzaine d’années ».

Le dernier Rapport semestriel d’exécution de la surveillance multilatérale de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) publié en juin 2019, indique que l’encours de la dette publique du Sénégal « est passé de 5 848,5 milliards de francs CFA en 2017 à 7 039,6  milliards de francs CFA à fin 2018 ». Ce qui, selon toujours ce document, a fait passer le ratio dette/produit intérieur brut de 48,1 % à 54 % sur la même période.

Le rapport Situation économique et financière 2018 et perspectives 2019, quant à lui, prévoyait que « l’encours de la dette publique totale devrait s’établir à 6467,6 milliards au terme de l’année 2018 ».

Ce qu’en dit la Commission économique sur l’Afrique

Selon l’édition 2019 du rapport économique sur l’Afrique, publiée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et intitulée « La Politique budgétaire au service du financement du développement durable », le Sénégal est, aux côtés du Kenya, du Lesotho, de l’Ouganda,  du Rwanda, et de la Tanzanie, l’un des pays africains qui avaient un « faible risque » de surendettement en 2018.

Le rapport place le Sénégal dans la même situation aussi bien en 2017 (Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie), qu’en 2014 (Bénin, Cameroun, Congo, Éthiopie, Liberia, Madagascar, Rwanda, Ouganda, Sénégal, Tanzanie, Zambie).

Ce rapport de la CEA  fait ainsi un classement des pays de l’Afrique au sud du Sahara pour les années 2014, 2017 et 2018 à la page 149.

Pour l’année 2018, l’échantillon a été de 34 pays dont 6 pays à faible risque de surendettement.

La CEA précise par ailleurs avoir utilisé des données du FMI.

A l’origine de ce risque faible de « surendettement »…

En mai 2018, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) annonçait que le Sénégal avait procédé à un changement d’année de base de ses comptes nationaux, la faisant passer de 1999 à 2014.

Ce changement d’année de base « est un facteur clé, car une réévaluation de 30 % du PIB a permis de baisser les indicateurs rapportés au PIB, notamment la dette », explique l’économiste Mady Cissé qui confirme que c’est bien  ce « rebasage » qui a permis au Sénégal de rester dans le « faible risque de surendettement ».

Le « rebasage » explique l’économiste Cheikh Ahmed Bamba Diagne, directeur scientifique du Laboratoire de Recherche économique et monétaire (LAREM), c’est le fait de « revoir le mode de calcul du produit intérieur brut ».

Toutefois, dans un entretien à Africa Check en septembre 2018, Malick Diop, ingénieur statisticien et économiste à l’ANSD, expliquait qu’ « une comparaison du PIB élaboré sur la base de 1999 et sur la base de 2014 est inappropriée, et que l’ANSD travaille à ramener toutes les données du PIB depuis 1980 à la base 2014 afin que la comparaison sur l’évolution de l’activité économique au Sénégal soit cohérente ».

Conclusion : l’affirmation est correcte selon les données disponibles

Selon le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Abdoulaye Daouda Diallo, « sur les 55 pays de l’Union Africaine, le Sénégal fait partie des 5 pays à risque de surendettement faible. Et parmi les pays membres de la Cedeao, le seul  à risque  de surendettement faible ».

Le rapport 2019 de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) classe le Sénégal parmi les pays africains « à risque faible de surendettement », à côté du Kenya, du  Lesotho, de l’Ouganda,  du Rwanda et de la Tanzanie. Il est le seul pays de la Cedeao à faire partie de ce lot.

Africa Check a consulté le document portant sur l’Analyse du degré d’endettement tolérable du Fonds monétaire international, daté du 16 juillet 2019. Et selon ce document, le Sénégal est parmi les 4 pays africains à « risque de surendettement faible ».

Toutefois, selon les économistes Cheikh Bamba Diagne et Mady Cissé, le changement par le Sénégal de l’année de base de calcul de son PIB  est le principal facteur du « faible risque de surendettement » du pays.

Par conséquent la déclaration du ministre sénégalais des Finances et du Budget est correcte eu égard aux données actuelles.

Edité par Samba Dialimpa Badji

 

© Copyright Africa Check 2019. Vous pouvez reproduire cet article totalement ou partiellement dans le cadre d’un reportage et /ou d’une discussion sur l’information et l’actualité, à condition d’en attribuer le crédit à “Africa Check, une organisation non partisane qui encourage la précision dans le débat public et dans les médias. Twitter @AfricaCheck_FR et fr.africacheck.org”.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Africa Check encourage une discussion franche, ouverte et inclusive sur les sujets abordés sur son site Web. Pour que la discussion réponde à ces objectifs, nous avons établi un règlement intérieur simple pour les contributions.

Les contributions doivent:

  • Etre en relation avec le sujet de l’artcle ou de la publication
  • Être écrit en francais

Les contributions ne peuvent pas:

  • Etre dans un langage ou contenir des informations diffamatoires, obscènes, abusives, relever de la menace ou du harcèlement;
  • Encourager ou constituer un comportement illégal
  • Véhiculer un message à l’égard duquel une autre partie détient les droits, lorsque vous n’avez pas acquis ces droits;
  • Contenir des informations personnelles sur vous ou d’autres personnes qui pourraient mettre quelqu’un en danger;
  • Contenir des URL inappropriées;
  • Constituer du courrier indésirable ou de la publicité non autorisée;
  • Être soumis à plusieurs reprises comme commentaires sur le même article ou post;

En faisant une contribution, vous acceptez qu’en plus de ce règlement intérieur, vous soyez lié par les . Les conditions générales d’Africa Check peuvent être consultées sur le site Web.

*