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Sénégal : les parts de marché de la France ne sont pas passées de 25 à 15 % en 10 ans, mais de 24,3 à 15,9 % (actualisé)

« Les parts de marché de la France sont passées de 25 %, il y a dix ans, à 15 % », a déclaré l’ambassadeur de France au Sénégal. Les chiffres sont inexacts.

Par Samba Dialimpa Badji

Un lecteur nous a signalé une erreur mathématique qui nous a amené à écrire que la déclaration de l'ambassadeur de France selon laquelle "la part des marchés pour la France est passée de 25%, il y a dix ans, à 15%" signifiait une baisse de 10% de parts de marché. Il nous a précisé que les écarts de pourcentages s'expriment en points et non en pourcentage. Ce qui nous a été confirmé par le comptable Mody Sylla. Par conséquent, nous réactualisons cet article en changeant légèrement la conclusion.

 

Le débat sur le poids de la France dans l’économie sénégalaise est devenu récurrent. Le dernier épisode c’est la polémique sur le contrat passé entre l’Etat du Sénégal et l’entreprise Eiffage pour la gestion de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio.

Dans ce contexte, répondant récemment à une question relative à la présence des entreprises françaises au Sénégal, l’ambassadeur de France au Sénégal, Christophe Bigot a soutenu que son pays « avait 25 % des parts de marché au Sénégal, il y a 10 ans. Aujourd’hui, ses parts de marché sont passées de 25 à 15 % ».

M. Bigot s’exprimait dans un entretien avec la Radio Futurs Média et reprise par L’Observateur le 11 mai 2018.

Les parts de marché de la France au Sénégal ont-elles chuté à ce point ?

Quelles sont les preuves de Christophe Bigot ?

Africa Check a contacté par courriel le service de presse et de communication de l’ambassade de France au Sénégal pour connaître la source des données utilisées par le diplomate. Un membre de ce service nous a expliqué que « les parts de marchés à l’importation sont calculées sur la base des publications annuelles de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) du Sénégal ».

L’ANSD a fait savoir à Africa Check qu’il fallait plutôt se tourner vers la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), puisque « les informations demandées sont relatives aux investissements directs étrangers (IDE) et elles sont produites par le service de la balance des paiements de la BCEAO ».

Que disent les données de la BCEAO ?

La BCEAO a mis en ligne les données de la balance des paiements de 2002 à 2016. Les données concernant l’année 2016 étant les dernières – et donc les plus récentes –  publiées par l’institution.

Africa Check a pu consulter les données de la balance des paiements sur la période 2002-2016. Celles-ci montrent qu’entre 2006 et 2016, les parts de marché de la France dans les importations du Sénégal ont effectivement baissé. Elles sont passées de 24,3 % à 15,9 %.

Si on remonte à 2002 (il y a quinze ans), les chiffres montrent que les parts de marché de la France sont passées de 25,2 % à 15,9 % en fin 2016.

Par contre, les parts de marché de la Chine, par exemple, sont passées de 2,7 % en 2003 à 10,3 % en 2016.

Les parts de marché d’importations, seule mesure du poids de la France ?

Pour l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembélé, contacté dans le cadre de l’émission Arrêt sur Info, diffusée en partenariat avec la West Africa Democracy Radio, le poids de la France dans l’économie sénégalaise doit se mesurer au-delà de ses parts de marchés dans les importations.

La SONATEL, opératrice historique des télécoms au Sénégal, est détenue par France-Télécom à hauteur de 42 %. Photo Africa Check.

La SONATEL, opératrice historique des télécoms au Sénégal, est détenue par France-Télécom à hauteur de 42 %. Photo Africa Check.

M. Dembélé a souligné que « les secteurs clés de l’économie sénégalaise sont contrôlés par des entreprises françaises ». Il a cité l’exemple des télécommunications où l’opérateur historique Sonatel est contrôlé par Orange.

Une note du service économique de l’ambassade de France au Sénégal publiée le 24 mars 2017 indique que « la présence française concerne tous les secteurs d’activités ».

La note explique par ailleurs que « les trois dernières années ont été marquées par un certain regain d’intérêt des investisseurs français pour le Sénégal ».

Elle mentionne, entre autres, l’entrée en production en 2014 de la mine de sables titanifères détenue à 50% par le groupe Eramet, l’attribution des concessions au port de Dakar du terminal roulier à Bolloré en 2013 et du terminal vraquier à Necotrans en 2014.

Le document cite également « la réalisation des travaux du TER (Train Express Régional) – 57 km – entre Dakar et le pôle urbain de Diamniadio puis l’aéroport AIBD ».

La note du trésor français renseigne que « les filiales d’entreprises françaises, plus d’une centaine et entités de droit sénégalais détenues par des ressortissants français, représentent plus du quart du PIB et des recettes fiscales au Sénégal ».

Conclusion : la baisse est effective mais les chiffres sont erronés

L’ambassadeur de France au Sénégal, Christophe Bigot, déclaré en mai 2018, que « les parts de marché de la France au Sénégal sont passées de 25 à 15 % en 10 ans ».

Les données les plus récentes de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sur les investissements directs étrangers (IDE) s’étendent de 2002 à 2016. Ainsi, les statistiques de la BCEAO montrent qu’en 2006, les parts de marché de la France au Sénégal étaient de 24,3 % et qu’elles sont tombées à 15,9 % en 2016 soit une baisse de 8,4 points.  Et même, en 2002, les parts de marché de la France étaient de 25,2 % ce qui représente exactement une baisse est de 9,3 points par rapport à 2016.

Par conséquent, la déclaration selon laquelle les parts de marché de la France au Sénégal ont baissé de 25 à 15 % en 10 ans n’est pas correcte. Même si la baisse des parts de marché pour la France est effective sur la période de 2006-2016, les chiffres donnés par le diplomate français sont erronés.

Edité par Assane Diagne

Sur le même sujet : La France est-elle le premier partenaire du Sénégal?

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