Des propos sur l’effet anti-maladie du lavage des mains passés à la loupe

Peut-on éviter la diarrhée et la fièvre juste en se lavant régulièrement les mains? Quelle est la prévalence de la diarrhée chez les jeunes ?

Quand on parle de la propagation des maladies, la toux et l’éternuement viennent immédiatement à l’esprit. L’un des principaux moyens de propagation des maladies est le contact avec un objet précédemment touché par une personne malade ou quand on touche directement les mains de celle-ci.

Pour promouvoir le lavage des mains, la marque d’hygiène Dettol a fait le tour des écoles en octobre 2017 afin d’apprendre aux enfants l’importance d’une bonne hygiène des mains.

IOL a traité le communiqué de presse de Dettol dans un article intitulé: « comment la mauvaise hygiène touche les enfants en Afrique du Sud ».

L’article comporte beaucoup de déclarations sur la prévalence de la diarrhée et nous en avons tiré deux. Elles sont toutes les deux attribuées à la page Hygiène liée à l’eau du Centre américain de surveillance des maladies (CDC).

AFFIRMATION VERDICT
« Le lavage des mains peut réduire les risques de maladies infectieuses de 59% » EXAGERE

 

Les maladies transmissibles constituent une catégorie large dont les infections qui peuvent être transmises d’une personne à une autre, soit directement soit indirectement. Dans ce lot, on retrouve la diarrhée et certaines maladies infectieuses telles que la pneumonie ou la fièvre. (Note : certaines maladies de cette catégorie n’ont rien à voir avec l’hygiène individuelle. C’est le cas du paludisme qui est transmis par le moustique).

La page du CDC citée par Dettol comme source ne contient pas la déclaration en question. Elle dit que «le lavage des mains avec du savon et de l’eau réduit les maladies diarrhéiques liées à la mort de 50%» et qu’il « peut réduire les risques d’infections respiratoires de 16% ».

Africa Check a demandé la citation correcte à la société responsable de relations publiques de Dettol, mais attend toujours la réaction de Brenda Sono d’Ogilvy d’Afrique du Sud.

Quand on ne s’intéresse qu’aux maladies diarrhéiques, un récent sondage de 22 études avec 54.006 répondants à travers le monde effectué par Cochrane Group a révélé une réduction plus modeste de 30% (au moins durant la période de promotion active du lavage des mains).

“Le niveau de réduction d’infection obtenu à travers l’hygiène des mains dépend du type de maladie infectieuse, de la transmission de la maladie et du contexte”, a dit à Africa Check le Professeur Didier Pittet, directeur du département hygiène des hôpitaux universitaires de Genève.

“Dans les structures sanitaires, les études sur la réduction des infections indiquent entre 30% et 100% de réduction, selon le type d’intervention et le produit utilisé pour le lavage des mains’, a-t-il précisé.

Toutefois, la qualité de la recherche sur les communautés en général n’est pas aussi rigoureuse. La conséquence est que toute donnée sur la réduction d’un risque d’infection dépend de la maladie spécifique étudiée, mais aussi du contexte dans lequel l’analyse est faite.

De plus, le type de lavage des mains nécessaire pour faire la différence implique plus qu’un lavage rapide. Le  guide du Centre pour la surveillance des maladies explique qu’il faut rincer pendant au moins 20 secondes avec du savon et de l’eau pendant et après la manipulation des germes : par exemple avant de préparer la nourriture et après avoir joué avec des animaux.

AFFIRMATION VERDICT
«Les maladies diarrhéiques tuent plus d’enfants par jour que le sida, le paludisme et la rougeole combinés» CORRECT

 Le communiqué de presse de Dettol prétend que cette statistique provient d’une étude de 2015 intitulée « Making Common Infections Uncommon Study » par le Global Hygiene Council, un groupe de plaidoyer et de recherche financé par la société mère de Dettols, Reckitt Benckiser.

Africa Check n’a pas pu obtenir, en ligne, une copie de cette étude. Mais Ogilvy a promis de la retrouver. Nous attendons toujours ce document.

Cependant, la même information apparaît sur la page Global Diarrhea Burden du CDC, citant un article publié en 2012 dans le journal médical The Lancet. Dans le cadre de cette étude, les statistiques mondiales sur les décès d’enfants de moins de cinq ans ont été examinées. Les données ont été tirées des estimations de 2010, et les lacunes ont été comblées en extrapolant les tendances existantes à partir de 2000.

Toutefois, les données de 2010 contredisent l’affirmation. Sur les 7,6 millions de décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde en 2010, près des deux tiers (64%) étaient dus à des causes infectieuses. Parmi ceux-ci, la diarrhée a été responsable de 801 000 décès. Le paludisme (564 000), le sida (159 000) et la rougeole (114 000) ayant fait plus de victimes avec 837 000 décès.

« Bien que vous ayez raison de dire que la déclaration n’est pas correcte en utilisant les données de 2010, cette référence est très obsolète », a déclaré à Africa Check l’un des co-auteurs de l’étude, le professeur Robert Black . Il est professeur de santé internationale à l’école de santé publique Johns Hopkins Bloomberg aux États-Unis.

Selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé (2015), les décès dus à la diarrhée conduisent à 526 000 décès d’enfants ; les trois autres causes de décès d’enfants, paludisme (306 000), sida (86 000) et rougeole (74 000), constituaient 466 000 décès

Qu’en est-il de l’Afrique du Sud, où l’article est apparu?

Ici la déclaration n’est pas valable. Les chiffres les plus récents du South African Medical Research Council montrent que le VIH à lui seul était responsable de 20,1% des décès chez les enfants de moins de 5 ans (9 600 décès) en 2012, tandis que les maladies diarrhéiques représentaient 16,5% (7 880).

Traduit de l’anglais. Consultez la version originale.

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