Riziculture : la production a-t-elle augmenté dans les proportions annoncées par le livre blanc?

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La production de riz enregistrée durant la campagne agricole 2016-2017 a connu une hausse 71% par rapport à la moyenne ces cinq dernières années. C’est ce que révèle le livre blanc du gouvernement du Sénégal. Est-ce juste ?

«En 2016, les résultats provisoires donnent une production de 950 770 tonnes de riz, soit une hausse de 5% rapport à la campagne 2015-2016, de 71% par rapport à la moyenne des cinq dernières années », renseigne le livre blanc.

Ce document repertorie les réalisations du gouvernement entre 2012 et 2017. Il a été présenté à la veille du démarrage de la campagne des élections législatives du 30 juillet 2017.

La production a-t-elle augmenté dans les proportions annoncées ? Africa Check a vérifié.

D’où vient le chiffre ?

Africa Check a contacté le ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural. Le service de communication nous a renvoyés à la dépêche de l’Agence de presse sénégalaise (APS) sur le communiqué du Conseil interministériel du 21 février 2017, consacré à la filière riz.

Quel est l’objectif du gouvernement ?

L'agriculture génère des emplois et de la nourriture. Photo ROPPA
L’agriculture génère des emplois et de la nourriture. Photo ROPPA

Africa Check a consulté le communiqué  officiel issu de ce Conseil des ministres consacré à la commercialisation du riz local.

Le Programme national d’autosuffisance en riz (PNAR) entre dans le cadre de l’axe 1 du Plan Sénégal Emergeant (PSE).

«Il s’est fixé un objectif de 1 080 000 tonnes de riz blanc pour couvrir entièrement, à l’horizon 2017, les besoins nationaux, et réduire en même temps le déficit de la balance commerciale », indique le document.

Entre 2014 et 2016, le PNAR « a fait passer la production nationale de riz de 559 021 tonnes à 950 779 tonnes, soit une augmentation de l’ordre de 41 % en deux ans», relève le gouvernement.

Comment évalue-t-on la production ?

La méthodologie d’évaluation de la production consiste à prendre un échantillon de parcelles de riz comme carré de rendement et à appliquer la production à la surface cultivée.

Le président de la  Fédération des périmètres autogérés (FPA), Alioune Guèye, une organisation paysanne qui regroupe 16 000 membres dans la vallée du fleuve Sénégal, a confié à Africa Check que les techniciens descendent dans les parcelles « lorsque le riz est mûr ».

«Ils en choisissent un échantillon parmi les meilleurs casiers et procèdent à l’évaluation de la production en généralisant la production constatée à toutes les parcelles. Il peut y avoir beaucoup de pertes selon qu’on a utilisé la méthode artisanale ou des moissonneuses batteuses pendant la récolte », explique-t-il.

« Or pour nous, ajoute-t-il, le riz  produit réellement  est celui qui est dans les sacs. Et il n’y a encore pas une structure autre que l’Etat  qui fait une évaluation des productions de riz ».

Oumar Baldé, vice-président de la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Sud du Sénégal), a confié à Africa Check que la même méthode de calcul est appliquée.

«Aussi bien dans les vallées que dans les plateaux (riz pluvial), c’est le résultat du carré de rendement multiplié avec la surface de riz cultivée. Dans le bassin de l’Anambé, la Société de développement de l’agriculture industrielle (SODAGRI) fait ce travail. Elle communique les chiffres aux différents partenaires et à la Direction régionale du développement rurale. Donc, c’est l’Etat qui le fait ».

La production a-t-elle augmenté ?

Africa Check a obtenu de la Direction de l’analyse, des prévisions et des statistiques agricoles (DAPSA), un document sur les performances agricoles définitives de 2016 comparées aux  années précédentes. La DAPSA est le seul organe public habilité à donner les données agricoles à l’échelle nationale.

Ce rapport a été présenté aux acteurs lors de la «Revue conjointe du secteur agricole 2016», le 21 juillet 2017.

D’après les données de la DAPSA, la production a augmenté de «61%»  par rapport à la moyenne des cinq dernières années (2011-2015), laquelle est estimée à près de « 550 000 tonnes».

Selon nos propres calculs basés sur ces données, par rapport à la production de l’année précédente, en 2016, il y a une augmentation de près de 5%.

En outre, la moyenne de la production de riz paddy entre 2011 et 2015 est plus de 550 000 tonnes, la production de 2016 a atteint près 70%.

Par contre, si c’est la fourchette 2012-2016  qui est prise en compte, la moyenne est plus de 650 000 tonnes. Par conséquent, l’augmentation est de moins de 50%.

Conclusion : l’affirmation est vraie

Dans un livre blanc sur ses réalisations entre 2012 et 2017, le gouvernement du Sénégal signale une augmentation de la production de riz.

Les données de la Direction de l’analyse, des prévisions et des statistiques agricoles (DAPSA) et de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) font apparaître une hausse de 5% de la production de riz en 2016 par rapport à la campagne précédente. Elles indiquent une augmentation d’environ 71% par rapport aux cinq dernières années.

Il faut toutefois signaler que le document ne précise pas s’il s’agit de riz blanc ou de paddy (non décortiqué).

En outre, les acteurs se contentent des données livrées par les services de l’Etat car il n’existe pas encore une structure non-étatique qui suit les performances de la filière rizicole.

Edité par Assane Diagne

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