Lutte contre le paludisme : le Sénégal parmi les cinq pays les plus performants en Afrique ?

Le Sénégal fait partie des cinq pays "les plus avancés en matière de lutte contre le paludisme" en Afrique, a rapporté l'Agence de presse sénégalaise (APS, officielle), citant le président sénégalais Macky Sall. Africa Check a fait le diagnostic.

« Les résultats encourageants obtenus dans la lutte contre le paludisme confèrent au Sénégal sa place parmi les cinq pays les plus avancés en matière de lutte contre le paludisme, a souligné dimanche [le 15 avril 2018, NDLR] le chef de l’Etat Macky Sall », rapporte l’APS dans une dépêche diffusée le 15 avril 2018 et reprise par plusieurs médias et sites, sans toutefois mettre de guillemets à cette partie de sa déclaration.

L’agence a précisé que le président Sall s’exprimait à l’ouverture de la 7e conférence de l’Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM, pour « Multilateral Initiative on Malaria »), qui s’est tenue du 15 au 20 avril à Diamniadio, près de Dakar.

Selon elle, M. Sall a expliqué ces bons résultats par les efforts du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), « qui a permis au Sénégal d’enregistrer entre 2013 et 2017 une réduction significative de la morbidité proportionnelle palustre de 40 % mais aussi une réduction de la mortalité de 77 % ».

La place attribuée au Sénégal dans la lutte contre le paludisme est-elle correcte?

D’où viennent les chiffres ?

Contactée, la présidence sénégalaise a renvoyé Africa Check vers le ministère de la Santé qui, à son tour, l’a redirigée vers le PNLP. Sollicité, ce programme a fourni le « bulletin épidémiologique annuel 2017 du paludisme au Sénégal », rendu public en mars 2018, contenant les chiffres rapportés par l’APS.

« Sur les cinq dernières années, 2013-2017, le Sénégal a enregistré une réduction significative de la morbidité et de la mortalité palustres : la morbidité proportionnelle palustre est passée de 5,40 % en 2013 à 3,26 % en 2017 soit une réduction de 40 %, la mortalité proportionnelle palustre de 7,50 % en 2013 à 1,73 % en 2017 soit une réduction de 77 % », est-il écrit dans ce bulletin.

La responsable de la communication du PNLP, Oulèye Bèye, a invité Africa Check à se référer également au rapport mondial sur le paludisme 2017 publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en novembre 2017.

Joint par Africa Check à propos du classement du Sénégal parmi les pays d’Afrique les plus avancés dans la lutte contre le paludisme, un chargé de communication de l’OMS, Edward Mishaud, a renvoyé vers le même rapport mondial.

Ce document, précise l’OMS, « fournit un état des lieux complet des progrès réalisés au niveau mondial en matière de lutte contre le paludisme jusqu’à fin 2016 ». Il renseigne notamment sur l’évolution de la situation dans « les 91 pays ayant rapporté des cas de paludisme indigène en 2016 » par rapport à l’année précédente.

Lire aussi : FICHE D’INFO – Lutte contre le paludisme au Sénégal : les acteurs et le financement

Baisse effective du nombre de cas de paludisme

Pendant que le Rwanda et le Nigeria partagent la première place avec plus de 800.000 nouveaux cas de paludisme enregistrés en 2016, le Sénégal voit son nombre de cas baisser au même titre que quatre autres pays africains (Madagascar, Zimbabwe, Ethiopie, Gambie), d’après le rapport 2017.

Nombre de décès dus au paludisme en baisse

Selon des bulletins épidémiologiques du PLNP compilant des données de 2014 à 2017, le nombre de décès dus au paludisme a effectivement baissé au Sénégal dans cette période : il est passé de 500 en 2014 à 284 en 2017.


En 2013, le Sénégal a enregistré 815 décès, selon le rapport 2017 de l’OMS. Ce chiffre est le plus élevé décompté entre 2010 et 2014, d’après le même document.

 

Prix d’excellence de l’ALMA

Le Sénégal a par ailleurs été distingué en 2018 pour ses efforts dans la lutte anti-paludique par l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA, pour « African Leaders Malaria Alliance ») pour avoir notamment réussi à « réduire le nombre de cas de paludisme dans le pays de plus de 20 % entre 2015 et 2016 ».

A l’ouverture de la 7e conférence MIM, le président Macky Sall a reçu le « Prix d’excellence 2018 » de l’ALMA, remis par Joy Phumaphi, secrétaire exécutive de cette coalition de chefs d’Etat et de gouvernement créée en 2009 avec pour mission d’éliminer cette maladie « d’ici à 2030 ».

Ce prix a été attribué dans le passé à cinq autres pays (Algérie, Comores, Madagascar, Gambie et Zimbabwe). Ses lauréats sont choisis par un comité de sélection indépendant qui rassemble des représentants de l’OMS, d’organisations internationales ou inter-Etats, du secteur privé, de la société civile et de scientifiques engagés contre le paludisme, d’après ALMA.

Conclusion : la déclaration est fondée

L’Agence de presse sénégalaise (APS) a rapporté récemment que le Sénégal figurait parmi les cinq pays  « plus avancés en matière de lutte contre le paludisme » en Afrique, en citant le président Macky Sall. M. Sall a évoqué les efforts au plan national qui ont permis de faire baisser fortement les nombres de cas et de décès dus à cette maladie entre 2013 et 2017.

Ces baisses sont confirmées par des statistiques du PNLP, le programme national anti-paludisme, et le rapport mondial sur le paludisme 2017 de l’OMS. Une coalition de dirigeants africains visant à éliminer cette maladie sur le continent d’ici à 2030 a attribué un « prix d’excellence » en 2018 au Sénégal pour saluer ses bons résultats en la matière, notamment pour avoir réussi à faire baisser le nombre de cas de paludisme.

Au regard de toutes ces données, la déclaration est correcte.

Edité par Coumba Sylla

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