Vaccins : deux affirmations sur la tuberculose aux Etats-Unis examinées

Affirmations

« Aux États-Unis la tuberculose a disparu sans vaccin ».

Source: Sylvie Simon (Chaîne Youtube Words and Health)

checked

Verdict

La première affirmation est incorrecte, la deuxième est globalement correcte.

  • « Aux États-Unis la tuberculose a disparu sans vaccin » (Sylvie Simon, essayiste française).
  • « La baisse du taux de contamination à la tuberculose aux États-Unis ne suffit pas pour qu’on assiste à une élimination de la tuberculose au cours de ce siècle » (CDC).
  • « Le BCG n'est généralement pas recommandé aux États-Unis » (CDC).


Dans une vidéo datée du 21 février 2013, l’écrivaine française Sylvie Simon (décédée en novembre 2013) affirme que la tuberculose a disparu aux Etats-Unis sans que le pays ait recours à la vaccination.

Madame Simon est notamment l’auteure de Vaccins, mensonge et propagande, livre dans lequel elle décrit « comment l’industrie pharmaceutique, les médias et les gouvernements nous manipulent dès lors qu’il est question de vaccin ».

La version complète de la vidéo se trouve sur YouTube, où elle a été publiée le 21 février 2013 par la chaîne « Words and Health ». C’était dans l’émission « Des maux et des mots ».

Un internaute a contacté Africa Check pour vérifier.

 

Affirmation

La tuberculose a disparu aux Etats-Unis

Verdict

incorrect

« En 2013, un total de 9 588 nouveaux cas de tuberculose ont été signalés aux États-Unis, avec un taux d’incidence de 3,0 cas pour 100 000 habitants, soit une baisse de 4,2 % par rapport à 2012 ».

C’est ce qu’indique le rapport de 2013 sur la Tuberculose aux Etats-Unis publié en mars 2014 par les CDC, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, qui forment la principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique.

Le rapport résume les données « provisoires » de surveillance de la tuberculose communiquées aux CDC en 2013. Les CDC soulignaient alors que « bien que le nombre de cas et les taux d’incidence continuent de diminuer, certaines populations sont touchées de manière disproportionnée ».

Les Etats Unis n’ont pas éradiqué la tuberculose

Nous avons contacté les CDC, qui nous ont fait savoir qu’ « il existe encore des cas de tuberculose aux Etats-Unis », avant de nous faire parvenir ce graphique qui rapporte les « cas (définitifs) de tuberculose signalés et les taux de tuberculose aux États-Unis, de 1993-2019 ».

En 2013, le graphique indique que 9 551 cas ont été signalés. En 2019, il y avait 8 920 cas (il s’agit d’un chiffre provisoire).

Encore aujourd’hui, sur le site des CDC, il est indiqué que « la baisse du taux de contamination à la tuberculose aux États-Unis ne suffit pas pour qu’on assiste à une élimination de la tuberculose au cours de ce siècle ».

« L’élimination de la tuberculose nécessitera l’interruption de la transmission de la maladie ainsi que d’importants efforts pour lutter contre l’infection tuberculeuse latente ».

Cette thèse arguant qu’une élimination définitive de la tuberculose n’est pas encore atteinte est corroborée par l’étude Epidémiologie de la Tuberculose aux Etats Unis, publiée sur le site de la National Center for Biotechnology Information, qui fait partie de la Bibliothèque américaine de médecine appartenant aux Instituts américains de la santé (NIH).

Et selon cette étude, « bien que des progrès considérables ont été accomplis dans la réduction de l’incidence de la tuberculose aux États-Unis, l’objectif d’éliminer la maladie des États-Unis reste irréalisable ».

Le rapport de 2019 sur la Tuberculose aux Etats-Unis, publié le 20 mars 2020 par les CDC, donne plus de détails. Il indique que « le taux de tuberculose aux États-Unis en 2019 a chuté jusqu’à 2,7 cas pour 100 000 personnes, le niveau le plus bas jamais enregistré ».

« Cependant, précise le rapport, le rythme annuel de déclin (−1,6 % par rapport à 2018) reste lent, en particulier parmi les cas de tuberculose attribués à la réactivation d’une infection tuberculeuse latente (ITL) ».

Toujours selon l’étude, afin d’« éliminer la tuberculose, les États-Unis doivent étendre les tests et le traitement des ITL tout en continuant à prévenir la transmission de la tuberculose ».

Confirmation d’un expert

Africa Check a interrogé Dr Christopher Olsen, Professeur émérite et spécialiste en santé globale à l’École de médecine et de santé publique de l’Université de Wisconsin-Madison, aux Etats-Unis.

Il explique que « la tuberculose n’a pas été éliminée des États-Unis ». « Comme l’indique le rapport TB 2019, brièvement, vous verrez que nous avons un programme d’élimination officiel aux États-Unis depuis 1989, mais qu’il y avait encore 8 920 cas en 2019 », souligne-t-il.

Dr Olsen argue qu’« il s’agit de cas d’infection tuberculeuse active. Environ 80 % d’entre eux sont dus à la réactivation d’une infection tuberculeuse latente – infection qui avait été acquise potentiellement des années auparavant, mais qui était inactive dans le corps ».

En outre, poursuit le Dr Christopher Olsen, « environ 70 % des cas de tuberculose aux États-Unis se produisent désormais chez des personnes nées hors des États-Unis, laissant environ 30 % parmi les personnes nées aux États-Unis ».

Les explications de Dr Olsen sont conformes aux données des CDC.

Affirmation

Pas de recours au vaccin contre la tuberculose aux Etats-Unis

Verdict

mostly-correct

En déclarant que la tuberculose a disparu aux Etats-Unis, Sylvie Simon a affirmé que cela s’est fait « sans vaccin ».

Le docteur Olsen confirme que les Etats-Unis n’ont pas recours au vaccin « car le contrôle américain de la tuberculose est basé sur le dépistage, l’identification des cas et le traitement de leur infection; et aussi (sur le fait de) suivre et tester les contacts secondaires pour essayer de limiter la propagation ».

Africa Check a également contacté le Professeur James H. Conway, membre de l’Académie Américaine de Pédiatrie (American Academy of Pediatrics) et en même temps Professeur à École de médecine et de santé publique de l’Université de Wisconsin-Madison. Il indique que « les États-Unis n’utilisent plus le vaccin BCG ».

« Nous l’avons utilisé (le BCG) de façon limitée pendant un certain temps dans des situations à haut risque, mais il a été déterminé que son utilisation posait plus de problèmes qu’il n’en valait la peine », précise-t-il. Il explique que « tout d’abord, c’est une bactérie vivante qui peut provoquer des infections chez les personnes immunodéprimées ou lorsque les lots sont mal standardisés et permettent à des bactéries plus virulentes de persister dans le vaccin ».

(Note: l’immunidépression est la réduction des réactions immunitaires d’un organisme contre un antigène. Vous pouvez en savoir plus ici).

En outre, poursuit James Conway, « il (le vaccin BCG) semble affecter les tests cutanés (pour détecter si une personne est infectée) et a donné de faux résultats positifs, ce qui a eu un impact sur notre approche principale de la santé publique ». Ce qu’attestent les CDC dans cet article publié sur leur site.

Tous les cas identifiés sont isolés et traités

« De plus, tous les cas de tuberculose identifiés sont traités et isolés, et un suivi des contacts est effectué pour déterminer à la fois où ils peuvent avoir contracté l’infection et qui pourrait avoir été infecté », indique le Pr James Conway. « Contrairement à la plupart des pays du monde, nous traitons tous les cas de tuberculose latente en plus de la tuberculose active », conclut-il.

Les explications des deux spécialistes s’accordent avec le contenu de cette fiche d’information des CDC portant sur le BCG.

La fiche soutient qu’à la différence de plusieurs de pays du monde, « le BCG n’est généralement pas recommandé aux États-Unis en raison du faible risque d’infection par le bacille de koch (bactérie responsable de la tuberculose), de l’efficacité variable ou incertaine du vaccin contre la tuberculose pulmonaire adulte et de l’interférence potentielle du vaccin avec la réactivité du test cutané à la tuberculine ».

Par conséquent, « le vaccin BCG ne doit être envisagé que pour des personnes très sélectionnées répondant à des critères spécifiques et en consultation avec un expert de la tuberculose», développe la fiche d’information.

Ces observations sont similaires à celles qui figurent dans cette étude des Instituts américains de la santé (NIH) sur l’usage restreint du BCG aux Etats Unis, qui dit qu’aux États-Unis, l’utilisation de la vaccination par le BCG est réservée aux personnes sélectionnées qui répondent à des critères spécifiques.

L’histoire du BCG est aussi détaillée dans cet article.

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