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FICHE D’INFO : Pourquoi l’Afrique est le principal réservoir du paludisme

Par Hyppolite Valdez Onanina

Dans son Rapport 2015 sur le paludisme dans le monde réalisé en collaboration avec ses bureaux nationaux et régionaux, les ministères de la Santé des pays endémiques et des partenaires, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) renseigne qu’ au niveau mondial, la baisse du nombre de cas de paludisme est estimée à 18 % entre 2000 (262 millions de cas) et 2015.

En 2015, 214 millions de nouveaux cas de paludisme et 438 000 décès dus à cette maladie ont été recensés à travers le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé.

D’ailleurs, l’OMS annonce, dans un communiqué de presse diffusé le 9 décembre 2015, « une augmentation importante du nombre de pays désormais sur la voie de l’élimination du paludisme ». Elle avance même que « 57 des 106 pays où la maladie sévissait en 2000 ont réussi, en 2015, à réduire d’au moins 75% les nouveaux cas de paludisme ».

Entre 2001 et 2015, 1,2 milliard  de cas de paludisme et 6,2 millions de décès liés à cette maladie ont été évités, rapporte l’OMS.

Comment s’explique la réduction du nombre de malades ?

L'utilisation des moustiquaires imprégnées a contribué à faire baisser le nombre de paludéens. Ici, des malades à l'hôpital Port-Bouet à Abidjan,en avril 2015. Photo AFP

L’utilisation des moustiquaires imprégnées a contribué à faire baisser le nombre de paludéens. Ici, des malades à l’hôpital Port-Bouet à Abidjan,en avril 2015. Photo AFP

La distribution de moustiquaires imprégnées, les tests de diagnostic rapide (TDR), le recours aux combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) et les campagnes de pulvérisation d’insecticides à l’intérieur des habitations ont permis à l’OMS, appuyée par des Organisations non-gouvernementales et des Fondations philanthropes qui se sont investies dans la lutte contre le paludisme, de réaliser des avancées considérables dans la lutte antipaludique à travers le monde.

Au Sénégal, par exemple, les autorités annoncent la distribution de plus de 8 millions de moustiquaires imprégnées  aux populations d’ici la fin de l’année. Et dans le même temps, un nouveau test de diagnostic, « 80.000 fois plus sensible que les options actuelles », vient d’être mis sur le marché par un chercheur sénégalais.

En outre, un vaccin contre le paludisme est en gestation au Centre de recherches médicales de Lambaréné au Gabon et n’attendrait plus que l’aval de l’OMS pour être commercialisé. Il faut toutefois souligner qu’à ce jour, faute de résultats satisfaisants, aucun vaccin antipaludique n’a encore été officialisé en dépit des multiples projets de recherches initiés de par le monde.

L’Afrique paie le plus lourd tribut  

Une mère au chevet de son enfant malade du paludisme au Centre hospitalier universitaire de Malakal, au Soudan du Sud. Photo AFP

Une mère au chevet de son enfant malade du paludisme au Centre hospitalier universitaire de Malakal, au Soudan du Sud. Photo AFP

En Afrique subsaharienne, « la réduction du nombre de cas de paludisme pouvant être attribuée aux activités de lutte contre la maladie a permis d’épargner environ 900 millions de dollars américains sur le coût de la prise en charge des cas dans la région entre 2001 et 2014 »,  renseigne l’OMS.

Depuis le début du siècle, le taux de mortalité par paludisme a chuté de 66% dans la région Afrique de l’OMS qui arrive derrière la région OMS  des Amériques (72%) et devant les régions OMS du Pacifique occidental (65%) et de la Méditerranée orientale (64%).

Mais malgré les progrès notés à l’échelle mondiale et particulièrement en Afrique, le continent continue de  payer le plus lourd tribut à la maladie avec « 88% des cas de paludisme et 90% des décès dus à cette maladie en 2015 ».

Des disparités géographiques

Mais ces chiffres cachent des disparités liées à la fois à la géographie, au sexe et à l’âge des personnes. A titre d’illustration, le Nigeria et la République Démocratique du Congo ont totalisé à eux seuls « plus de 35% des décès mondiaux dus au paludisme l’an dernier », révèle l’institution onusienne, dans son rapport.

Au Kenya, une étude réalisée sur des adultes du comté de Kisumu et publiée l’an dernier dans le Malaria Journal a révélé que les femmes sont plus exposées à la maladie que les hommes.

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) indique que le paludisme « touche principalement les pauvres qui vivent généralement dans des zones rurales où (la maladie) existe à l’état endémique, dans des logements mal construits qui n’offrent que peu ou pas de protection contre les moustiques ».

Mais dans l’ensemble, les études et les spécialistes s’accordent sur le fait que ce sont les enfants et les femmes enceintes qui sont les plus enclins à contracter le paludisme en Afrique subsaharienne où cette maladie demeure l’une des principales causes de mortalité infantile, « tuant un enfant toutes les deux minutes ».

Depuis plusieurs années, des chercheurs ont décelé chez les moustiques une certaine capacité à résister aux insecticides, un frein supplémentaire aux efforts de prévention de la maladie.

L’Afrique, principal réservoir de la maladie

Des eaux stagnantes dans une rue de Lagos, au Nigeria. La mauvaise gestion de l'environnement est la principale cause de la prolifération des moustiques. Photo AFP

Des eaux stagnantes dans une rue de Lagos, au Nigeria. La mauvaise gestion de l’environnement est la principale cause de la prolifération des moustiques. Photo AFP

Pour le Professeur Daouda Ndiaye, le chef de l’unité de Parasitologie-Mycologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Aristide Le Dantec de Dakar, contacté par Africa Check, « le problème qui se pose est lié à la gestion de l’environnement car, si le paludisme n’existe plus en Europe ou aux Etats unis, c’est parce qu’ils ont pu maîtriser leur environnement ».

« En Afrique, il y a beaucoup d’eaux stagnantes, on vit dans la promiscuité, il y a peu d’infrastructures qui souvent ne sont pas de bonne qualité », souligne le Professeur Ndiaye.

Il estime que la résistance de certains moustiques aux insecticides, considérée comme un autre facteur, qui vient ralentir les efforts de prévention et de lutte contre la maladie, est une problématique qui reste minime. « Il y a des parasites et des moustiques qui résistent aux insecticides. C’est vrai, mais ce n’est pas réellement là que se trouve le problème, tout est dans l’approche de prévention », précise-t-il.

Selon lui, ne pas être touché par le paludisme, « il faut éviter les piqûres de moustique c’est aussi simple que ça, mais on ne parviendra pas à cela dans ces conditions ».

« Aussi, nous devons changer de comportement, car, au lieu d’aller vers un médecin tel qu’il est recommandé, les gens restent chez eux ou décident souvent de se soigner eux-mêmes : c’est extrêmement difficile si les gens ne suivent pas les recommandations », prévient le spécialiste. D’ailleurs le Professeur Ndiaye juge insuffisants  les financements destinés à la lutte contre le paludisme en Afrique.

Une nouvelle stratégie mondiale de lutte

Il faut que « l’investissement mondial dans la lutte contre la maladie soit triplé, pour passer de 2,7 milliards de dollars (US) de financement annuel disponible aujourd’hui à 8,7 milliards de dollars (US) d’ici à 2030 », avait souhaité l’OMS lors de la 68e Assemblée mondiale de la santé qui s’est tenue en mai 2015 à Genève, en Suisse.

Les Etats membres de l’OMS avaient adopté une nouvelle stratégie qui va régir la lutte antipaludique jusqu’en 2030.

L’OMS et ses partenaires veulent ainsi réduire d’au moins 90%, à l’échelle mondiale, l’incidence du paludisme et de la mortalité due à la maladie et l’éliminer dans 35 pays au moins, tout en prévenant toute résurgence dans l’ensemble des pays désormais exempts.

Edité par Assane Diagne

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